{"id":83789,"date":"2025-12-15T09:00:06","date_gmt":"2025-12-15T08:00:06","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=83789"},"modified":"2025-12-15T09:54:14","modified_gmt":"2025-12-15T08:54:14","slug":"reponse-critique-a-linterview-de-madame-mireille-pierre-louis-dans-antilla-par-jean-marie-nol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/reponse-critique-a-linterview-de-madame-mireille-pierre-louis-dans-antilla-par-jean-marie-nol\/","title":{"rendered":"R\u00e9ponse critique \u00e0 l&rsquo;interview de Madame Mireille Pierre &#8211; Louis dans Antilla. Par Jean Marie Nol\u00a0"},"content":{"rendered":"<h3 dir=\"auto\">Le travail d&rsquo;introspection de Mireille Pierre-Louis pr\u00e9sente d\u2019embl\u00e9e une qualit\u00e9 ind\u00e9niable : il repose sur une ma\u00eetrise r\u00e9elle des finances publiques locales, sur des donn\u00e9es chiffr\u00e9es pr\u00e9cises et sur une connaissance intime des m\u00e9canismes budg\u00e9taires qui affectent les territoires ultramarins. Son diagnostic du d\u00e9sengagement progressif de l\u2019\u00c9tat, de l\u2019asphyxie financi\u00e8re des collectivit\u00e9s antillaises et de la fragilisation sociale qui en d\u00e9coule touche des r\u00e9alit\u00e9s tangibles, largement d\u00e9j\u00e0 document\u00e9es. \u00c0 ce titre, son alerte m\u00e9rite d\u2019\u00eatre entendue. Toutefois, la grille de lecture qu\u2019elle adopte, centr\u00e9e quasi exclusivement sur la notion d\u2019\u00ab ultralib\u00e9ralisme \u00bb, pose probl\u00e8me tant sur le plan conceptuel que sur celui de l\u2019analyse \u00e9conomique et politique.<\/h3>\n<div dir=\"auto\">Le premier point de fragilit\u00e9 tient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019usage du terme \u00ab ultralib\u00e9ralisme \u00bb. Mireille Pierre-Louis reconna\u00eet elle-m\u00eame le caract\u00e8re partisan et contraint de ce concept, mais elle en fait n\u00e9anmoins la cl\u00e9 explicative principale de l\u2019ensemble des maux ultramarins. Or, comme le rappellent de nombreux \u00e9conomistes et philosophes politiques, ce terme ne correspond \u00e0 aucune \u00e9cole de pens\u00e9e structur\u00e9e. Il fonctionne davantage comme un signifiant pol\u00e9mique que comme un outil analytique rigoureux. En cela, son usage tend \u00e0 simplifier \u00e0 l\u2019extr\u00eame des dynamiques complexes, o\u00f9 se m\u00ealent contraintes europ\u00e9ennes, choix budg\u00e9taires nationaux, rigidit\u00e9s administratives fran\u00e7aises et faiblesses structurelles propres aux \u00e9conomies antillaises.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Contrairement \u00e0 ce que sugg\u00e8re l\u2019interview, la France ne correspond en rien \u00e0 un mod\u00e8le ultralib\u00e9ral, ni dans l\u2019Hexagone ni outre-mer. Il serait pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;utiliser dans le contexte actuel le terme plus explicite de n\u00e9o- lib\u00e9ralisme. Le poids de la d\u00e9pense publique, la place centrale de l\u2019\u00c9tat dans la redistribution, la r\u00e9gulation extr\u00eamement dense du march\u00e9 du travail, des prix, du cr\u00e9dit et des \u00e9changes, ainsi que l\u2019omnipr\u00e9sence des subventions et des dispositifs d\u00e9rogatoires contredisent frontalement l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00abUltra- lib\u00e9ralisme responsable du d\u00e9sengagement absolu \u00bb de l\u2019\u00c9tat. Aux Antilles en particulier, o\u00f9 pr\u00e8s de 80 % du PIB est issu de la d\u00e9pense publique, la r\u00e9alit\u00e9 observable est moins celle d\u2019un exc\u00e8s de lib\u00e9ralisme que celle d\u2019une hyper-d\u00e9pendance \u00e0 la commande publique h\u00e9ritage du syst\u00e8me colonial , qui rend le tissu \u00e9conomique vuln\u00e9rable \u00e0 la moindre contraction budg\u00e9taire.<\/div>\n<div dir=\"auto\">C\u2019est ici que le raisonnement de Mireille Pierre-Louis prend une tournure id\u00e9ologique et devient discutable. Elle postule que toute r\u00e9duction de la d\u00e9pense publique ne peut qu\u2019entra\u00eener m\u00e9caniquement l\u2019effondrement du secteur priv\u00e9, car celui-ci serait structurellement incapable de prendre le relais. Cette affirmation, bien que compr\u00e9hensible au regard de la situation actuelle, enferme les Antilles dans une forme de fatalisme \u00e9conomique. Elle \u00e9vacue toute r\u00e9flexion sur les causes profondes de cette d\u00e9pendance : \u00e9troitesse des march\u00e9s, co\u00fbts de production \u00e9lev\u00e9s, normes import\u00e9es de l\u2019Hexagone, fiscalit\u00e9 complexe, barri\u00e8res \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, monopoles de fait et capitalisme de rente d\u00e9coulant du pass\u00e9 colonial . Autrement dit, ce n\u2019est pas le \u00ab trop de lib\u00e9ralisme \u00bb qui \u00e9touffe l\u2019\u00e9conomie antillaise, mais souvent l\u2019absence de v\u00e9ritables conditions de march\u00e9 concurrentiel.<\/div>\n<div dir=\"auto\">De ce point de vue, la critique lib\u00e9rale inverse le raisonnement : le probl\u00e8me n\u2019est pas que l\u2019\u00c9tat se retire trop, mais qu\u2019il intervienne mal, de fa\u00e7on asym\u00e9trique et souvent au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019acteurs d\u00e9j\u00e0 dominants. Les exon\u00e9rations cibl\u00e9es, les dispositifs complexes comme la LODEOM, les aides sectorielles mal calibr\u00e9es et le maintien de rentes historiques peuvent produire l\u2019effet inverse de celui recherch\u00e9, en d\u00e9courageant l\u2019initiative, en figeant les structures \u00e9conomiques et en renfor\u00e7ant le capitalisme de connivence que Mireille Pierre-Louis d\u00e9nonce par ailleurs implicitement. Mais que dire alors du r\u00f4le d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de la question de l&rsquo;assistanat ?<\/div>\n<div dir=\"auto\">L\u2019analogie qu\u2019elle \u00e9tablit entre la situation antillaise et les ajustements structurels du FMI en Afrique m\u00e9rite \u00e9galement d\u2019\u00eatre nuanc\u00e9e. Les Antilles ne sont ni des \u00e9conomies ouvertes livr\u00e9es \u00e0 une concurrence mondiale sans filet, ni des \u00c9tats priv\u00e9s de souverainet\u00e9 mon\u00e9taire et budg\u00e9taire. Elles b\u00e9n\u00e9ficient au contraire d\u2019un niveau de transferts sociaux, de protection juridique et d\u2019infrastructures sans commune mesure avec les pays soumis \u00e0 la contrainte de l&rsquo;aide internationale et aux programmes d\u2019ajustement comme par exemple dans la r\u00e9gion cara\u00efbe . Assimiler les r\u00e9formes budg\u00e9taires fran\u00e7aises \u00e0 un ultralib\u00e9ralisme destructeur comparable \u00e0 celui impos\u00e9 dans les pays du Sud rel\u00e8ve davantage d\u2019un registre id\u00e9ologique militant que d\u2019une comparaison \u00e9conomique rigoureuse.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Cela \u00e9tant dit, la force du propos de Mireille Pierre-Louis r\u00e9side ailleurs : dans la d\u00e9nonciation d\u2019un traitement diff\u00e9renci\u00e9 et politiquement assum\u00e9 des territoires ultramarins, utilis\u00e9s comme variables d\u2019ajustement budg\u00e9taire. Sur ce point, la critique est difficilement contestable. Les \u00e9carts de trajectoires budg\u00e9taires entre la R\u00e9union, la Guyane, Mayotte et les Antilles r\u00e9v\u00e8lent des arbitrages politiques clairs, qui ne rel\u00e8vent pas du lib\u00e9ralisme mais d\u2019une logique de strat\u00e9gie politique et technocratique centralis\u00e9e \u00e0 des fins inavouables . Ce ne sont pas les march\u00e9s financiers qui d\u00e9cident de ces priorit\u00e9s territoriales, et de l&rsquo;orientation des politiques publiques mais bien l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais lui-m\u00eame et accessoirement les \u00e9lus locaux.<\/div>\n<div dir=\"auto\">En d\u00e9finitive, le d\u00e9saccord fondamental ne porte pas tant sur le constat que sur l\u2019interpr\u00e9tation. L\u00e0 o\u00f9 Mireille Pierre-Louis voit la main invisible d\u2019un ultralib\u00e9ralisme d\u00e9vastateur, une lecture alternative y voit surtout les effets d\u2019un \u00c9tat jacobin sur-r\u00e9glementeur, h\u00e9ritage du colonialisme pour ce qui concerne surtout la situation aux Antilles, contraint par ses propres choix budg\u00e9taires, mais incapable de penser un nouveau mod\u00e8le \u00e9conomique sp\u00e9cifique et soutenable pour les Antilles. En brandissant l\u2019\u00e9pouvantail de l\u2019ultralib\u00e9ralisme, le risque est de d\u00e9tourner le d\u00e9bat des v\u00e9ritables enjeux : la r\u00e9forme de la gouvernance \u00e9conomique locale, la lutte contre les rentes et l&rsquo;assistanat , l\u2019ouverture r\u00e9elle \u00e0 la concurrence, l\u2019adaptation des normes, et la construction d\u2019un secteur priv\u00e9 plus orient\u00e9 vers la production et moins d\u00e9pendant de la d\u00e9pense publique.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Ainsi, si l\u2019alerte de Mireille Pierre-Louis est salutaire et n\u00e9cessaire, elle gagnerait en force et en cr\u00e9dibilit\u00e9 en se lib\u00e9rant d\u2019un cadre id\u00e9ologique trop rigide. Le danger n\u2019est peut-\u00eatre pas tant un ultralib\u00e9ralisme fantasm\u00e9 que la persistance d\u2019un mod\u00e8le hybride, ni vraiment lib\u00e9ral, ni r\u00e9ellement protecteur, qui condamne les Antilles \u00e0 l&rsquo;asphyxie financi\u00e8re et \u00e0 l\u2019assistanat budg\u00e9taire sans leur offrir les moyens d\u2019une autonomie \u00e9conomique r\u00e9elle.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><b><span style=\"color: #2196f3\">Dlo pas\u00e9 farin !<\/span><\/b><\/div>\n<div dir=\"auto\"><b>Jean Marie Nol \u00e9conomiste et juriste en droit public\u00a0<\/b><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le travail d&rsquo;introspection de Mireille Pierre-Louis pr\u00e9sente d\u2019embl\u00e9e une qualit\u00e9 ind\u00e9niable : il repose sur une ma\u00eetrise r\u00e9elle des finances publiques locales, sur des donn\u00e9es chiffr\u00e9es pr\u00e9cises et sur une connaissance intime des m\u00e9canismes budg\u00e9taires qui affectent les territoires ultramarins. Son diagnostic du d\u00e9sengagement progressif de l\u2019\u00c9tat, de l\u2019asphyxie financi\u00e8re des collectivit\u00e9s antillaises et de<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":83790,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[3055],"tags":[],"class_list":["post-83789","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-droit-de-reponse"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/83789","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=83789"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/83789\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/83790"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=83789"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=83789"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=83789"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}