{"id":84366,"date":"2025-12-26T10:30:17","date_gmt":"2025-12-26T09:30:17","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=84366"},"modified":"2025-12-26T10:41:37","modified_gmt":"2025-12-26T09:41:37","slug":"linvestissement-nest-pas-un-acte-identitaire-la-rationalite-economique-prime-sur-lattachement-au-territoire-une-tribune-de-jm-nol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/linvestissement-nest-pas-un-acte-identitaire-la-rationalite-economique-prime-sur-lattachement-au-territoire-une-tribune-de-jm-nol\/","title":{"rendered":"Investment is not a matter of identity: economic rationality takes precedence over attachment to the region. An op-ed by JM. NOL.\u00a0"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019absence quasi totale d\u2019investissement aux Antilles de la part de personnalit\u00e9s millionnaires originaires de Guadeloupe et de Martinique, install\u00e9es durablement en France hexagonale ou \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, constitue aujourd\u2019hui un angle mort du d\u00e9bat public, rarement abord\u00e9 frontalement tant il met en tension les discours identitaires, la responsabilit\u00e9 individuelle des \u00e9lites \u00e9conomiques et les failles structurelles du mod\u00e8le de d\u00e9veloppement antillais. Cette question d\u00e9range, car elle oblige \u00e0 d\u00e9passer l\u2019explication confortable d\u2019un territoire pr\u00e9tendument \u00ab peu attractif \u00bb pour interroger un ph\u00e9nom\u00e8ne plus profond : celui d\u2019un d\u00e9sengagement volontaire, rationnel et assum\u00e9, de celles et ceux qui disposent pourtant du capital financier, symbolique et relationnel susceptible de transformer durablement l\u2019\u00e9conomie locale.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019attractivit\u00e9 d\u2019un territoire se mesure d\u2019abord \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 capter des investissements durables, et notamment des investissements directs, entendus comme des prises de participation significatives dans le capital d\u2019entreprises locales permettant d\u2019influer sur leur gouvernance et leur strat\u00e9gie. Investir n\u2019est jamais un acte neutre : c\u2019est un pari sur la stabilit\u00e9 institutionnelle, la lisibilit\u00e9 des r\u00e8gles, la qualit\u00e9 du capital humain et la profondeur des march\u00e9s. \u00c0 cet \u00e9gard, investir en France hexagonale ou dans les grandes m\u00e9tropoles mondiales reste pour de nombreux Antillais exil\u00e9s un choix de s\u00e9curit\u00e9. M\u00eame \u00e9loign\u00e9s g\u00e9ographiquement, ils \u00e9voluent dans un environnement juridique, culturel et \u00e9conomique qu\u2019ils ma\u00eetrisent, o\u00f9 les r\u00e8gles sont connues, les r\u00e9seaux accessibles et les perspectives de valorisation du capital plus lisibles. \u00c0 l\u2019inverse, investir aux Antilles, pourtant terre natale et espace affectif, est per\u00e7u comme un saut dans l\u2019incertitude, aggrav\u00e9 par la complexit\u00e9 administrative, l\u2019instabilit\u00e9 sociale r\u00e9currente avec des gr\u00e8ves et \u00e9meutes \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, la faible profondeur du tissu \u00e9conomique et la difficult\u00e9 \u00e0 s\u00e9curiser des projets \u00e0 long terme.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un \u00e9cosyst\u00e8me \u00e9conomique trop \u00e9troit pour absorber des capitaux d\u2019envergure<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour autant, ces arguments, souvent avanc\u00e9s pour expliquer le recul global des investissements, ne suffisent pas \u00e0 justifier l\u2019absence totale d\u2019initiatives structurantes de la part de figures antillaises millionnaires mondialement reconnues. Que des personnalit\u00e9s comme Thierry Henry, Lilian Thuram ou Teddy Riner n\u2019aient jamais engag\u00e9 de projets \u00e9conomiques et financiers d\u2019envergure en Guadeloupe ou en Martinique interroge moins leur patriotisme que la r\u00e9alit\u00e9 du cadre \u00e9conomique local. Et puis, que penser de l\u2019attitude et de l\u2019absence criante, en tant qu\u2019investisseur aux Antilles, du Martiniquais le plus riche du monde apr\u00e8s Bernard Hayot ? On parle ici de Thierry Doux, prodige de la finance, dont la fortune est estim\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de 600 millions de dollars et dont le fonds d\u2019investissement g\u00e8re plus de 20 milliards d\u2019actifs.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9ussite de toutes ces personnes s\u2019est construite dans des \u00e9cosyst\u00e8mes fond\u00e9s sur la performance, la pr\u00e9visibilit\u00e9 et la mise en r\u00e9seau internationale. Or, les \u00e9conomies antillaises demeurent largement organis\u00e9es autour de la consommation import\u00e9e, de la rente publique et d\u2019un march\u00e9 \u00e9troit, peu propice \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de projets innovants capables d\u2019absorber des capitaux importants sans risque excessif.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le mythe du \u201cretour au pays\u201d face \u00e0 l\u2019absence de transformation structurelle<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 ce constat, les \u00e9lus et les politiques publiques ont privil\u00e9gi\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es une r\u00e9ponse centr\u00e9e sur le retour au pays des expatri\u00e9s, incarn\u00e9e par les initiatives Al\u00e9 Vir\u00e9 en Martinique et Al\u00e9 Vini en Guadeloupe. Cette vell\u00e9it\u00e9 de retour au pays semble \u00e0 premi\u00e8re vue salutaire, mais force est de souligner que, dans l\u2019absolu, elle reste inop\u00e9rante en termes de croissance et de cr\u00e9ation de richesses.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces dispositifs, port\u00e9s par une sinc\u00e8re volont\u00e9 citoyenne et soutenus par les collectivit\u00e9s, visent \u00e0 enrayer le d\u00e9peuplement et la fuite des comp\u00e9tences en accompagnant les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s dans leur retour. Les chiffres t\u00e9moignent d\u2019un certain succ\u00e8s op\u00e9rationnel : aides au logement, primes d\u2019installation, accompagnement administratif, insertion professionnelle. Mais derri\u00e8re ces r\u00e9sultats se cache une confusion majeure entre deux probl\u00e9matiques distinctes : la lutte contre le d\u00e9clin d\u00e9mographique et la reconstruction d\u2019un tissu \u00e9conomique capable de cr\u00e9er de la valeur.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En cherchant \u00e0 faire revenir des talents d\u00e9j\u00e0 partis sans avoir pr\u00e9alablement transform\u00e9 les conditions structurelles de l\u2019\u00e9conomie locale, ces politiques inversent le raisonnement. Le v\u00e9ritable enjeu n\u2019est pas seulement de faire revenir, mais de donner des raisons cr\u00e9dibles de rester. Or, tant que les jeunes form\u00e9s en France hexagonale et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 des Antilles continueront de percevoir leur avenir comme plus prometteur ailleurs, les dispositifs de retour resteront marginaux et co\u00fbteux, sans effet d\u2019entra\u00eenement durable. Les profils qui rentrent aujourd\u2019hui le font majoritairement pour occuper des postes salari\u00e9s, rarement pour cr\u00e9er des entreprises innovantes, et encore moins pour structurer de nouvelles fili\u00e8res.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>De la nostalgie au capital strat\u00e9gique : \u00e0 quelles conditions la diaspora pourrait redevenir un levier de d\u00e9veloppement<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette r\u00e9alit\u00e9 explique aussi le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat des grandes fortunes antillaises expatri\u00e9es. L\u2019investissement productif ne suit pas l\u2019\u00e9motion, la qu\u00eate identitaire ou la nostalgie, mais la perspective d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me capable d\u2019absorber l\u2019innovation, de valoriser le capital et de s\u2019inscrire dans les grandes mutations \u00e9conomiques mondiales. Or, la Guadeloupe et la Martinique abordent un tournant historique marqu\u00e9 par l\u2019irruption de l\u2019intelligence artificielle, la robotisation, la transition \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019\u00e9conomie circulaire et la destruction cr\u00e9atrice qui en d\u00e9coule.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces mutations vont bouleverser les mod\u00e8les existants, fragiliser les secteurs traditionnels fond\u00e9s sur la surconsommation et ouvrir des opportunit\u00e9s in\u00e9dites pour ceux qui sauront s\u2019y positionner. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette phase de recomposition, et non avant, que le r\u00f4le des cadres et investisseurs antillais expatri\u00e9s deviendra strat\u00e9gique. Leur exp\u00e9rience internationale, leurs r\u00e9seaux et leur capacit\u00e9 \u00e0 penser l\u2019\u00e9conomie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale seront indispensables pour accompagner la transformation du tissu productif local.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais cela suppose un changement de paradigme : cesser de plaquer des dispositifs de retour d\u00e9connect\u00e9s des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques futures, et construire une v\u00e9ritable politique d\u2019attractivit\u00e9 fond\u00e9e sur l\u2019anticipation, la formation continue, le d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences li\u00e9es aux secteurs \u00e9mergents et la mise en r\u00e9seau internationale des talents.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019absence volontaire d\u2019investissement des millionnaires antillais n\u2019est donc pas une trahison au sens moral du terme, mais le sympt\u00f4me d\u2019un d\u00e9calage profond entre les discours politiques et la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique. Tant que les Antilles n\u2019offriront pas un cadre propice \u00e0 l\u2019innovation, \u00e0 la stabilit\u00e9 et \u00e0 la projection \u00e0 long terme dans un nouveau mod\u00e8le \u00e9conomique, ni les capitaux locaux expatri\u00e9s ni les talents les plus qualifi\u00e9s ne s\u2019engageront durablement.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question n\u2019est plus de savoir pourquoi ils ne reviennent pas, mais \u00e0 quelles conditions ils pourraient, le moment venu, contribuer \u00e0 prot\u00e9ger et reconstruire une \u00e9conomie antillaise en pleine mutation. En sus de ce d\u00e9veloppement sur l\u2019investissement aux Antilles, et dans le prolongement de la r\u00e9flexion sur la d\u00e9construction de la cha\u00eene mentale \u00e9conomique et mon\u00e9taire du Guadeloup\u00e9en et du Martiniquais, il appara\u00eet indispensable d\u2019installer dans toutes les communes de Guadeloupe et de Martinique un office de l\u2019entrepreneuriat local, assorti d\u2019un recensement syst\u00e9matique des personnalit\u00e9s du monde artistique et \u00e9conomique de la diaspora natives de chaque commune.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e0 ce prix que l\u2019investissement de l\u2019entrepreneuriat antillais pourra enfin sortir de la marge et devenir un pilier central du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social du territoire. Comme le rappelle le proverbe cr\u00e9ole, \u00ab D\u00e8pi ou bril\u00e9 bwa, fo ou f\u00e8 chabon \u00bb : lorsque le bois br\u00fble, il faut savoir transformer la destruction en ressource. C\u2019est \u00e0 cette condition seulement que le capital antillais, o\u00f9 qu\u2019il se trouve aujourd\u2019hui, trouvera enfin des raisons rationnelles d\u2019investir au pays.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jean-Marie Nol<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c9conomiste et juriste en droit public.\u00a0<\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; L\u2019absence quasi totale d\u2019investissement aux Antilles de la part de personnalit\u00e9s millionnaires originaires de Guadeloupe et de Martinique, install\u00e9es durablement en France hexagonale ou \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, constitue aujourd\u2019hui un angle mort du d\u00e9bat public, rarement abord\u00e9 frontalement tant il met en tension les discours identitaires, la responsabilit\u00e9 individuelle des \u00e9lites \u00e9conomiques et les failles<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":84369,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-84366","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84366","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=84366"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84366\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/84369"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=84366"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=84366"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=84366"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}