{"id":84934,"date":"2026-01-09T06:10:31","date_gmt":"2026-01-09T10:10:31","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=84934"},"modified":"2026-01-09T06:10:31","modified_gmt":"2026-01-09T10:10:31","slug":"leconomie-dominante-est-elle-une-impasse-pour-nos-territoires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/leconomie-dominante-est-elle-une-impasse-pour-nos-territoires\/","title":{"rendered":"Is the dominant economic model a dead end for our regions?"},"content":{"rendered":"<h2 data-start=\"126\" data-end=\"925\">Pr\u00e9sent\u00e9e comme neutre, scientifique et indiscutable, l\u2019\u00e9conomie dominante fa\u00e7onne pourtant nos politiques publiques, nos choix collectifs et notre mani\u00e8re de penser le d\u00e9veloppement. Mais que vaut r\u00e9ellement ce mod\u00e8le lorsqu\u2019il est appliqu\u00e9 \u00e0 des territoires comme la Guyane, aux r\u00e9alit\u00e9s sociales, historiques et \u00e9conomiques singuli\u00e8res ?<br data-start=\"466\" data-end=\"469\" \/>Dans cette tribune argument\u00e9e, <strong data-start=\"503\" data-end=\"520\">Nestor Radjou<\/strong>, math\u00e9maticien et \u00e9conomiste, propose une lecture critique de l\u2019\u00e9conomie mainstream d\u2019inspiration n\u00e9olib\u00e9rale. Il en d\u00e9monte les fondements id\u00e9ologiques, en interroge la validit\u00e9 scientifique et en r\u00e9v\u00e8le les impasses sociales. Une contribution exigeante, destin\u00e9e \u00e0 celles et ceux qui refusent les dogmes tout faits et souhaitent repenser l\u2019\u00e9conomie comme un v\u00e9ritable projet de soci\u00e9t\u00e9.<\/h2>\n<hr \/>\n<h1><span style=\"color: #800000\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>L\u2019imposture id\u00e9ologique et m\u00e9thodologique de l\u2019\u00e9conomie mainstream<\/strong><\/span><\/h1>\n<p>Alors qu\u2019il est indispensable de d\u00e9velopper en Guyane l&rsquo;esprit rationnel et critique, l&rsquo;enseignement acad\u00e9mique et les m\u00e9dias fran\u00e7ais imposent et enferment la pens\u00e9e populaire guyanaise dans la vision dogmatique de l&rsquo;\u00e9conomie mainstream, d\u2019inspiration n\u00e9olib\u00e9rale (<em>le mod\u00e8le standard actuel en Occident<\/em>). Pourtant, il existe d&rsquo;autres approches de l\u2019\u00e9conomie, que cette th\u00e9orisation de l\u2019\u00e9conomie au service du capitalisme lib\u00e9ral, dont le principal corollaire est la politique de l&rsquo;offre et de la croissance. Or, pour industrialiser et d\u00e9velopper la Guyane, il nous faut absolument changer nos grilles d\u2019analyse et les adapter \u00e0 notre contexte r\u00e9gional. Nous ne pouvons pas assimiler la production occidentale des connaissances sans nous questionner sur leurs fondements et leur adaptabilit\u00e9 \u00e0 notre environnement. Dans cette perspective, et au vu des \u00e9go\u00efsmes, des in\u00e9galit\u00e9s et des ins\u00e9curit\u00e9s que nourrissent les politiques lib\u00e9rales mises en \u0153uvre, nous ne pouvons pas nous dispenser d&rsquo;une r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale et ses alternatives.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, l\u2019\u00e9conomie nous concerne tous et nous en sommes les principaux acteurs. Elle impr\u00e8gne notre vie quotidienne et nous implique en tant que producteur, consommateur, salari\u00e9\u00a0\u2026 et m\u00eame comme \u00e9lecteur, puisqu\u2019il s\u2019agit toujours d&rsquo;un choix de soci\u00e9t\u00e9, dont l\u2019\u00e9conomie est le substrat. En effet, dans toute soci\u00e9t\u00e9, l\u2019objet de l\u2019\u00e9conomie est la production et la r\u00e9partition des \u00ab\u00a0richesses\u00a0\u00bb n\u00e9cessaires \u00e0 la satisfaction des besoins individuels et collectifs. Aussi, toute r\u00e9flexion \u00e9conomique et sociale doit donc reposer sur le constat suivant\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Nous avons des besoins et pour les satisfaire nous vivons en soci\u00e9t\u00e9, laquelle organise le vivre ensemble \u00e0 partir de la transformation et la r\u00e9partition de ressources naturelles\u00a0;<\/li>\n<li>La production et la r\u00e9partition n\u00e9cessitent une source d\u2019\u00e9nergie et une organisation du travail associ\u00e9e \u00e0 un complexe technico-culturel (<em>outils, savoir-faire \u2026<\/em>).<\/li>\n<\/ul>\n<p>A cette fin, la science \u00e9conomique se pr\u00e9sente comme un ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de doctrines et de th\u00e9ories qui tentent d\u2019expliquer comment les individus vivant en soci\u00e9t\u00e9 s\u2019organisent pour satisfaire leurs besoins, \u00e0 partir d\u2019une gestion des ressources disponibles et accessibles de leur environnement. Elle s\u2019int\u00e9resse de fait \u00e0 l\u2019activit\u00e9 humaine, aux rapports entre les hommes et \u00e0 l\u2019analyse de leurs comportements, individuels et collectifs, dans le cadre des activit\u00e9s de production, d\u2019\u00e9change, de r\u00e9partition et d\u2019accumulation des richesses. Mais, dans son \u00e9tat actuel, elle ne peut pas pr\u00e9tendre \u00e0 un statut de science, car, contrairement aux sciences de la nature, ses lois sont conventionnelles, variables et ne sont pas toujours en ad\u00e9quation avec la r\u00e9alit\u00e9. Elle est donc impr\u00e9gn\u00e9e d\u2019id\u00e9ologie, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une conception du monde, de la soci\u00e9t\u00e9 et de l\u2019individu. Ses questions essentielles, qui doivent notamment en Guyane nous pr\u00e9occuper, sont\u00a0: Que produire\u00a0? Pour qui\u00a0? Comment\u00a0? Pour qui et comment r\u00e9partir\u00a0?<\/p>\n<p>A toutes ces questions, deux visions oppos\u00e9es essaient de r\u00e9pondre. L\u2019une, l\u2019\u00e9conomie socialiste, lorsqu\u2019elle n\u2019est pas d\u00e9voy\u00e9e, postule le primat de la soci\u00e9t\u00e9 en consid\u00e9rant que l\u2019\u00e9conomie doit \u00eatre au service de la satisfaction des besoins individuels et collectifs, et non pas du profit individuel. L\u2019autre, l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale contemporaine, affirme le primat de l\u2019individu sur la soci\u00e9t\u00e9, avec l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel comme finalit\u00e9. L\u2019\u00e9conomie keyn\u00e9sienne contemporaine \u00e9tant, pour sa part, et de notre point de vue, une incarnation de l\u2019une ou de l\u2019autre, selon qu\u2019elle se pr\u00e9sente en tant que nouvelle \u00e9conomie keyn\u00e9sienne (<em>r\u00e9cup\u00e9ration lib\u00e9rale<\/em>) ou postkeyn\u00e9sienne. Ce sont deux conceptions oppos\u00e9es de l\u2019individu et de la soci\u00e9t\u00e9, dont les th\u00e9ories se diff\u00e9rencient par leurs a <u>priori id\u00e9ologiques<\/u> (<em>trop souvent occult\u00e9s<\/em>), <u>leur finalit\u00e9<\/u> (<em>profit ou satisfaction des besoins<\/em>), leur <u>approche analytique (<em>individu ou soci\u00e9t\u00e9<\/em>)<\/u>, leur mode de <u>r\u00e9gulation<\/u> de l\u2019\u00e9conomie (<em>march\u00e9 ou Etat<\/em>) et leur hi\u00e9rarchie des espaces de libert\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>En Occident, et tout particuli\u00e8rement dans l\u2019Union europ\u00e9enne et en France, l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale retient la th\u00e9orie n\u00e9oclassique comme mod\u00e8le standard de l\u2019\u00e9conomie. Elle s\u2019efforce de r\u00e9cup\u00e9rer le keyn\u00e9sianisme et rejette syst\u00e9matiquement toute autre vision, telle que celle du socialisme et des postkeyn\u00e9siens.<\/p>\n<p><u>L\u2019\u00e9conomie socialiste<\/u> (<em>courant marxiste, socialisme non social-d\u00e9mocrate\u2026<\/em>), nait au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle en r\u00e9action aux abus du capitalisme lib\u00e9ral. Ces abus sont visibles avant m\u00eame 1850 et se manifestent par l&rsquo;amplification des in\u00e9galit\u00e9s et l&rsquo;affirmation des monopoles, de sorte que l&rsquo;on est d\u00e9j\u00e0 en pr\u00e9sence d&rsquo;un capitalisme monopolistique et de l&rsquo;affrontement de deux classes sociales antagonistes, la classe ouvri\u00e8re et la classe capitaliste, des aristocrates et des bourgeois fortun\u00e9s conservateurs. Une situation initi\u00e9e par toute une l\u00e9gislation d\u2019une gouvernance lib\u00e9rale qui justifie, d\u00e8s ses origines, les emplois \u00e0 bas salaire, le travail des enfants et qui subordonne le travail des salari\u00e9s \u00e0 celui de la machine, qui, d\u00e8s lors, devient un objet d&rsquo;appropriation. Alors que les patrons disposent des moyens de maximiser leur profit et sacrifient les besoins fondamentaux au b\u00e9n\u00e9fice des besoins solvables (<em>payables<\/em>), les salari\u00e9s sont isol\u00e9s, toute association de travailleurs est interdite, et sont contraints d&rsquo;accepter, pour survivre, des conditions de travail scandaleuses. M\u00eame des enfants de cinq ans travaillent plus de 12 heures au fond des mines,\u00a0&#8230;<\/p>\n<p>Mais, la connaissance \u00e9tant devenue accessible au peuple, de nouveaux th\u00e9oriciens de la soci\u00e9t\u00e9 entrent en sc\u00e8ne pour combattre les injustices et d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des travailleurs. Ils contestent l&rsquo;universalit\u00e9 des lois lib\u00e9rales, condamnent le syst\u00e8me capitaliste et r\u00e9clament un changement radical de l&rsquo;organisation \u00e9conomique et sociale pour mettre fin aux in\u00e9galit\u00e9s et aux injustices. Pour eux, l&rsquo;intervention de l&rsquo;Etat est indispensable dans l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique et sociale. Son r\u00f4le est de prot\u00e9ger les citoyens, de leur assurer la s\u00e9curit\u00e9 publique et une formation, de leur garantir du travail, de corriger les in\u00e9galit\u00e9s sociales et les injustices, et, \u00e9galement, d&rsquo;offrir des d\u00e9bouch\u00e9s \u00e0 l&rsquo;industrie. Ainsi, ils ont cr\u00e9\u00e9 une id\u00e9ologie d&rsquo;opposition qui est \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;interventionnisme de l&rsquo;Etat et de la l\u00e9gislation en faveur des masses populaires. A l&rsquo;instar des intellectuels de la Gr\u00e8ce antique, et contrairement aux lib\u00e9raux, ils pensent qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019ordre hi\u00e9rarchique naturel, mais que la soci\u00e9t\u00e9 ob\u00e9it \u00e0 des lois produites par les hommes. Son id\u00e9al est de renforcer les solidarit\u00e9s en r\u00e9alisant pour tous la libert\u00e9, la justice et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, le capitalisme est confront\u00e9 \u00e0 une id\u00e9ologie socialiste organis\u00e9e qui d\u00e9nonce ses carences &#8211; surproduction, ch\u00f4mage, injustice, mis\u00e8re, \u2026- et qui offre aux manifestations ouvri\u00e8res de nouvelles perspectives soci\u00e9tales. Sous cette pression des masses populaires et des conflits sociaux, la gouvernance lib\u00e9rale s\u2019est trouv\u00e9e de plus en plus contrainte d&rsquo;intervenir pour sauver l&rsquo;ordre lib\u00e9ral, sans pour autant renoncer \u00e0 son id\u00e9ologie. Celle-ci, ayant \u00e9t\u00e9 remis en cause sur le plan th\u00e9orique, une r\u00e9vision de l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale classique s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e indispensable et elle a \u00e9t\u00e9 entreprise d\u00e8s 1870 par les n\u00e9o-classiques, avec l&rsquo;\u00e9cole de Vienne et l&rsquo;\u00e9cole de Lausanne, qui r\u00e9novent l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale en la pr\u00e9sentant sous forme n\u00e9oclassique.<\/p>\n<p>Depuis, l\u2019\u00e9conomie socialiste et les \u00e9conomistes h\u00e9t\u00e9rodoxes s\u2019opposent au capitalisme lib\u00e9ral de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, qu\u2019ils con\u00e7oivent comme un syst\u00e8me d\u2019appropriation des richesses et de domination des salari\u00e9s. Pour le socialisme, l\u2019\u00e9conomie ne doit pas \u00eatre au service de l\u2019offre et du capital, mais de la demande et de la satisfaction des besoins de tous. Or, faute de moyens de traitement technique des grandes masses, la planification de la production et de la r\u00e9partition se heurte \u00e0 des difficult\u00e9s qui conduisent \u00e0 des perversions du syst\u00e8me, telle que la centralisation des pouvoirs. Toutefois, la 3<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00e9volution industrielle en cours ouvre des perspectives de solutions du traitement des grands nombres et de l\u2019automatisation de la production individualis\u00e9e de masse, que laissent entrevoir l\u2019imprimante 3D, l\u2019ordinateur quantique, l\u2019intelligence artificielle\u2026<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-84937\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Jan-9-2026-06_07_59-AM.png\" alt=\"\" width=\"533\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Jan-9-2026-06_07_59-AM.png 533w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Jan-9-2026-06_07_59-AM-150x225.png 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Jan-9-2026-06_07_59-AM-450x675.png 450w\" sizes=\"(max-width: 533px) 100vw, 533px\" \/><\/p>\n<h2><a name=\"_Toc202881103\"><\/a><u>L\u2019\u00e9conomie keyn\u00e9sienne <\/u><\/h2>\n<p>Bien qu\u2019inimaginable pour les th\u00e9ories n\u00e9oclassiques, un krach boursier se produit aux USA en 1929 et installe une profonde crise \u00e9conomique et sociale mondiale, que caract\u00e9rise un effondrement spectaculaire des capitaux, de la production et de la consommation. Menac\u00e9s par l\u2019amplification du ch\u00f4mage de masse, de la mis\u00e8re et du populisme, les Etats sont contraints d\u2019intervenir pour tenter de juguler cette \u00ab\u00a0Grande D\u00e9pression\u00a0\u00bb, alors m\u00eame que l\u2019analyse n\u00e9olib\u00e9rale est incapable de l\u2019expliquer et de proposer des solutions. Aussi, le besoin d\u2019un renouvellement de la pens\u00e9e \u00e9conomique s\u2019impose et une nouvelle approche macro\u00e9conomique est propos\u00e9e en 1936 par l\u2019\u00e9conomiste anglais John Maynard Keynes, avec son trait\u00e9 \u00ab\u00a0Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019emploi, de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de la monnaie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sans n\u00e9cessairement renoncer au capitalisme et \u00e0 la philosophie lib\u00e9rale, Keynes rompt avec la d\u00e9marche analytique de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs (<em>micro\u00e9conomique, th\u00e9orie de la valeur<\/em>\u2026) et r\u00e9fute les fondements de la vision n\u00e9oclassique (<em>loi de Say, auto-r\u00e9gulation du march\u00e9, flexibilit\u00e9 des prix et salaires, neutralit\u00e9 de la monnaie et non intervention des Etats<\/em>). Il leur oppose une approche globale, macro\u00e9conomique, du fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 partir de la demande et de l\u2019anticipation de celle-ci par les entreprises (<em>demande effective<\/em>) comme moteur de la production, de l\u2019investissement et de l\u2019emploi. De plus, contrairement \u00e0 la loi de Say qui justifie la neutralit\u00e9 de la monnaie dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, il consid\u00e8re que la monnaie est active, car elle intervient pour les \u00e9changes, pour la sp\u00e9culation et th\u00e9sauris\u00e9e par pr\u00e9caution, de sorte que les revenus per\u00e7us ne sont pas totalement r\u00e9investis dans l\u2019\u00e9conomie. Il en r\u00e9sulte selon lui l\u2019existence de divers d\u00e9s\u00e9quilibres qui n\u00e9cessitent l\u2019intervention de l\u2019Etat pour les corriger. Il se diff\u00e9rencie des \u00e9conomistes lib\u00e9raux \u00e9galement en int\u00e9grant des variables extra-\u00e9conomiques (<em>sp\u00e9culation, asym\u00e9trie de l\u2019information\u2026<\/em>) et en proclamant l\u2019existence de d\u00e9s\u00e9quilibres inh\u00e9rents au march\u00e9, qu\u2019il appartient aux autorit\u00e9s publiques de corriger. A cette fin, il introduit de nouveaux instruments de politiques publiques, par la demande\u00a0: politiques de relance, de grands travaux, mon\u00e9taire, budg\u00e9taire, fiscale et de redistribution, lesquelles sont aujourd\u2019hui tr\u00e8s encadr\u00e9es<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><sup>[i]<\/sup><\/a>, voire impossibles \u00e0 mener dans les pays de l\u2019Union europ\u00e9enne et en France en particulier.<\/p>\n<p>La vision keyn\u00e9sienne est une r\u00e9volution conceptuelle, laquelle con\u00e7oit la macro\u00e9conomie en tant que telle et qui ob\u00e9it \u00e0 ses propres lois, et non pas d\u00e9pendante de la micro\u00e9conomie. Cependant, elle va se scinder, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, en deux \u00e9coles antinomiques\u00a0; le \u00ab\u00a0Post-keyn\u00e9sianisme\u00a0\u00bb qui reste syst\u00e9matiquement oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019analyse n\u00e9oclassique et la \u00ab\u00a0Nouvelle \u00e9conomie keyn\u00e9sienne\u00a0\u00bb qui pour sa part \u0153uvre \u00e0 un rapprochement avec le n\u00e9olib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>De la fin des ann\u00e9es 1930 aux ann\u00e9es 70, la vision keyn\u00e9sienne s\u2019impose en Occident, se substitue \u00e0 la pens\u00e9e n\u00e9oclassique et fait de l\u2019Etat un strat\u00e8ge \u00e0 charge de corriger les anomalies du fonctionnement du syst\u00e8me. Il oriente l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 par la mise en \u0153uvre de politiques mon\u00e9taires, budg\u00e9taires, fiscale et de redistribution par, le cas \u00e9ch\u00e9ant, d\u2019\u00e9diction de lois. Les Trente glorieuses (1945 -1973) en constituent la p\u00e9riode faste, avec notamment le plan Marshall, la reconstruction des pays de l\u2019Europe occidentale d\u00e9vast\u00e9s par la guerre. Il en r\u00e9sultera une forte croissance et d\u2019importants progr\u00e8s sociaux. Mais des difficult\u00e9s apparaissent aux d\u00e9buts des ann\u00e9es 1970, avec la fin de Bretton Woods, qui ouvre l\u2019\u00e8re de l\u2019instabilit\u00e9 du change, les deux chocs p\u00e9troliers (1973 et 1979), marqu\u00e9s par un prix \u00e9lev\u00e9 du p\u00e9trole, et la stagflation en contradiction avec le mod\u00e8le IS-LM (<em>traduction n\u00e9oclassique du mod\u00e8le keyn\u00e9sien<\/em>). Mais, ce mod\u00e8le keyn\u00e9sien \u00e9tant incapable d\u2019expliquer la stagflation et la r\u00e9cession de 1973-1975, le n\u00e9olib\u00e9ralisme se pr\u00e9sente alors comme une alternative en diffusant les nouvelles id\u00e9es lib\u00e9rales de Milton FRIEDMAN, chantre de la th\u00e9orie mon\u00e9taire, et de Robert LUCAS qui propose la th\u00e9orie des anticipations rationnelles. Tous deux condamnent l\u2019interventionnisme des Etats et d\u00e9fendent le laisser-faire d\u00e9brid\u00e9 d\u2019un march\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 de toutes ses contraintes. Aussi, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, les critiques de Friedman (<em>conseill\u00e9 du Pr\u00e9sident am\u00e9ricain Richard Nixon<\/em>) et de R. Lucas atteignent leur but et la doctrine de l\u2019\u00e9conomie politique occidentale bascule d\u2019un lib\u00e9ralisme sous-tutelle, de type keyn\u00e9sien, \u00e0 un lib\u00e9ralisme excessif, le n\u00e9olib\u00e9ralisme. Depuis, les ex\u00e9cutifs occidentaux adh\u00e8rent \u00e0 cette vision ultralib\u00e9rale, qui ne croit qu\u2019aux vertus du seul march\u00e9 et qui surfe sur les notions de libert\u00e9 individuelle, d\u2019initiative priv\u00e9e, de libre concurrence et de libre-\u00e9change\u2026<\/p>\n<p>En occupant des postes prestigieux, qui assurent leur notori\u00e9t\u00e9, les \u00e9conomistes lib\u00e9raux issus des \u00e9coles n\u00e9oclassique et n\u00e9okeyn\u00e9sienne ont fait de leur vision de la science \u00e9conomique une orthodoxie, l\u2019<em>\u00e9conomie mainstream <\/em>qui depuis ne cesse de fa\u00e7onner la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine et les pens\u00e9es populaires. Une \u00e9conomie mainstream qui se pr\u00e9sente comme la seule issue \u00e0 la r\u00e9alisation du bien-\u00eatre des populations, alors m\u00eame que ne cessent de s\u2019amplifier les discriminations, les in\u00e9galit\u00e9s, la pr\u00e9carit\u00e9 et la pauvret\u00e9. Au vu de ces r\u00e9alit\u00e9s et de la n\u00e9cessit\u00e9 de les corriger, des \u00e9conomistes de divers horizons (<em>postkeyn\u00e9siens, institutionnalistes, r\u00e9gulationnistes, schump\u00e9t\u00e9riens, marxistes<\/em>, \u2026), qualifi\u00e9s d\u2019h\u00e9t\u00e9rodoxes, contestent le bien-fond\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie mainstream. Ils pensent, contrairement aux orthodoxes, que l\u2019\u00e9conomie ne peut pas \u00eatre dissoci\u00e9e des sciences humaines, que l\u2019\u00e9conomie n\u2019est pas r\u00e9gie (<em>\u00e0 l\u2019instar des sciences naturelle<\/em>s) par des lois naturelles immuables, que l\u2019\u00eatre humain n\u2019est pas totalement rationnel et, par cons\u00e9quent, que l\u2019on ne peut pas r\u00e9duire les d\u00e9terminants du comportement des acteurs \u00e9conomiques aux seuls prix et revenus, ni la macro\u00e9conomie \u00e0 la micro\u00e9conomie (<em>agr\u00e9gat des comportements individuels<\/em>)\u00a0\u2026<\/p>\n<p>Bien que fortement marginalis\u00e9s et sans influence politique, les h\u00e9t\u00e9rodoxes soul\u00e8vent des enjeux existentiels\u00a0: concilier l\u2019\u00e9conomie et le social, le r\u00f4le des institutions\u2026 Toutefois, la crise de 2008 et les difficult\u00e9s actuelles (<em>crise, ch\u00f4mage de masse<\/em>, \u2026), que l\u2019\u00e9conomie mainstream ne peut ni juguler, ni expliquer, \u00e9branlent les convictions, conduisent certains \u00e9conomistes de l\u2019orthodoxie \u00e0 s\u2019interroger et confortent l\u2019h\u00e9t\u00e9rodoxie dans sa recherche d\u2019alternatives \u00e0 l\u2019\u00e9conomie mainstream. Ces \u00e9conomistes introduisent de nouveaux concepts, utilisent d\u2019autres outils d\u2019analyse et proposent des mod\u00e8les alternatifs \u00e0 ceux du courant dominant, dont les principaux marqueurs de ce d\u00e9but du 21<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle sont ceux de l\u2019innovation comme moteur du capitalisme (<em>Schumpeter, Navi Radjou\u00a0<\/em>\u2026)\u00a0; de la redistribution et la r\u00e9ciprocit\u00e9 l\u2019\u00e9change (<em>Polanyi,<\/em> \u2026) pour plus de justice sociale\u00a0; du r\u00f4le de la monnaie comme lien social\u00a0; de la r\u00e9int\u00e9gration de l\u2019\u00e9conomie dans le champ du social,\u00a0\u2026<\/p>\n<p>Finalement, vu l\u2019importance des in\u00e9galit\u00e9s que produit le syst\u00e8me capitaliste lib\u00e9ral, on ne peut que s\u2019interroger sur la nature et les finalit\u00e9s de la science \u00e9conomique actuelle, domin\u00e9e par l\u2019orthodoxie lib\u00e9rale, qui impose sa vision du vivre ensemble dans les relations internationales. En adh\u00e9rant \u00e0 l\u2019existence d\u2019un ordre social naturel (<em>voulu par Dieu<\/em>), en subordonnant le travail au capital et la demande \u00e0 l\u2019offre, la science \u00e9conomique mainstream ne contribue-t-elle pas \u00e0 masquer la loi du plus fort et ses m\u00e9canismes d\u2019appropriation des \u00ab\u00a0richesses\u00a0\u00bb\u00a0? Ne d\u00e9fend-t-elle pas les int\u00e9r\u00eats de l\u2019oligarchie du capital ou d\u2019un \u00ab\u00a0socialisme d\u00e9voy\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? Une simple analyse des fondements de cette orthodoxie suffit \u00e0 mettre en \u00e9vidence sa mystification id\u00e9ologique et m\u00e9thodologique.<\/p>\n<p><u>L\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale contemporaine<\/u>, v\u00e9ritable dogme de l\u2019\u00e9conomie mainstream et des principaux m\u00e9dias, n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019une formalisation du capitalisme lib\u00e9ral d\u00e9brid\u00e9, dont la finalit\u00e9 est la recherche du profit et l\u2019accumulation des \u00ab\u00a0richesses\u00a0\u00bb. Tous deux, capitalisme et \u00e9conomie lib\u00e9rale<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[ii]<\/a>, reposent sur le m\u00eame syst\u00e8me de trois axiomes id\u00e9ologiques de libert\u00e9s \u00e9conomiques individuelles (<em>des initiatives, des choix, des \u00e9changes, de la concurrence<\/em>\u2026)\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>D\u2019abord, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e du capital dont la finalit\u00e9 est la maximisation du profit (<em>axiome<\/em> 1)\u00a0;<\/li>\n<li>Puis, une d\u00e9marche analytique de comportement d\u2019individus libres, rationnels, inform\u00e9s et motiv\u00e9s par l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel (<em>axiome<\/em> 2)\u00a0;<\/li>\n<li>Enfin, l\u2019existence d\u2019un ordre naturel de r\u00e9gulation des activit\u00e9s, que r\u00e9git les loi du march\u00e9 (<em>axiome<\/em> 3).<\/li>\n<\/ul>\n<table style=\"height: 334px\" width=\"695\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"604\">\n<h3>Sch\u00e9ma th\u00e9orique de l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale capitaliste<\/h3>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"160\"><strong>Axiomes<\/strong><\/td>\n<td width=\"170\"><strong>March\u00e9 autor\u00e9gul\u00e9<\/strong><\/td>\n<td width=\"132\"><strong>L\u2019objectif, l\u2019\u00e9quilibre<\/strong><\/td>\n<td width=\"142\"><strong>Cons\u00e9quences<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"160\">*\u00a0 Propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9 du capital<\/p>\n<p>*\u00a0 L\u2019int\u00e9r\u00eat personnel<\/td>\n<td width=\"170\">Libre concurrence, r\u00e9gie par la loi de Say et l\u2019ordre naturel<\/td>\n<td width=\"132\">Assure le bien-\u00eatre et la satisfaction de tous.<\/td>\n<td width=\"142\">*\u00a0 La monnaie est neutre<\/p>\n<p>*\u00a0 Action Etat sans objet<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"604\">De sorte que toute gouvernance lib\u00e9rale subordonne le travail au capital, la demande \u00e0 l\u2019offre \u2026<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>A partir de ces 3 axiomes, l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale se d\u00e9ploie et se pr\u00e9sente comme un ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de divers courants et \u00e9coles, mais qui adh\u00e8rent tous au m\u00eame corpus id\u00e9ologique, d\u2019inspiration n\u00e9oclassique, celle de la vision de la Th\u00e9orie de l\u2019Equilibre G\u00e9n\u00e9ral (TEG). Et, pour se donner un statut de v\u00e9rit\u00e9, ses \u00e9tudes se rev\u00eatent presque toujours d\u2019un habillage math\u00e9matique. Ses auteurs en font souvent un usage excessif des math\u00e9matiques\u00a0; certains l&rsquo;utilisent pour se rendre cr\u00e9dibles, d&rsquo;autres pour donner un caract\u00e8re scientifique \u00e0 leurs pr\u00e9suppos\u00e9s id\u00e9ologiques. Mais, attention, ces habillages math\u00e9matiques ne sont pas synonymes de v\u00e9rit\u00e9. La v\u00e9rit\u00e9 math\u00e9matique est abstraite et relative, car elle d\u00e9pend des axiomes de d\u00e9part et de la coh\u00e9rence de la d\u00e9marche utilis\u00e9e. Autrement dit, selon le math\u00e9maticien Lichnerowicz,<em> \u00ab\u00a0De pr\u00e9suppos\u00e9s, servant d\u2019axiomes, trop \u00e9loign\u00e9s de la r\u00e9alit\u00e9, on ne tire, math\u00e9matiquement ou non, que des sottises\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, cette id\u00e9ologie de l\u2019individualisme renforce les \u00e9go\u00efsmes et se manifeste au d\u00e9triment de l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale et de la solidarit\u00e9. D\u2019ailleurs, comme l\u2019atteste la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019application des politiques publiques fran\u00e7aises, voir europ\u00e9ennes, qu\u2019elle pr\u00e9conise depuis les ann\u00e9es 1980, nourrit un monde de violence, d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, d\u2019in\u00e9galit\u00e9\u2026 Pour s\u2019absoudre de cette responsabilit\u00e9, l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale pr\u00e9tend se dissocier des autres sciences humaines et n\u2019internalise pas ses externalit\u00e9s. Ce faisant, elle restreint son champ d\u2019analyse \u00e0 l\u2019\u00e9tude des comportements d\u2019arbitrage attach\u00e9s aux ressources marchandes utiles et rares, le cas \u00e9ch\u00e9ant \u00e0 leurs impacts sur l\u2019environnement. Ses analyses utilisent constamment, explicitement ou non, le sophisme de composition, lequel consiste \u00e0 transposer au tout ce qui n&rsquo;est valable que pour une partie de ce tout. L\u2019expression \u00ab\u00a0toutes choses \u00e9gales par ailleurs \u00bb en est une illustration, alors m\u00eame que la plupart des variables \u00e9conomiques interagissent entre elles. Il est, par exemple, impossible de maintenir les go\u00fbts, les revenus, les co\u00fbts, les prix constants, lorsque l\u2019un d\u2019entre eux varie. Deux r\u00e9partitions distinctes en revenus d\u2019une masse mon\u00e9taire constante ne produisent pas les m\u00eames demandes et offres. Il faut \u00e9galement le savoir, et bien des \u00e9conomistes semblent l\u2019ignorer, qu\u2019en math\u00e9matique, une fonction de plusieurs variables, telles que les fonction de demande et d\u2019offre, n\u2019a pas syst\u00e9matiquement les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s (<em>continuit\u00e9, d\u00e9rivabilit\u00e9 notamment<\/em>) que celles de ses fonctions partielles, celles o\u00f9 l\u2019on fait varier une variable en consid\u00e9rant les autres comme \u00e9tant fixes.<\/p>\n<p>Traditionnellement, la science \u00e9conomique se d\u00e9compose en deux disciplines distinctes, la micro\u00e9conomie pour l\u2019\u00e9tude des comportements individuels et la macro\u00e9conomie pour le comportement global de groupe. Des disciplines qui se b\u00e2tissent toutes deux \u00e0 partir des notions cardinales de production, de consommation, d\u2019\u00e9change dont les principales variables sont des quantit\u00e9s, des prix et des revenus. Toutefois, l\u2019\u00e9conomie mainstream, dont le TEG en est la substance, b\u00e2tit la macro\u00e9conomie \u00e0 partir de la micro\u00e9conomie, soit en agr\u00e9geant (<em>sommation<\/em>) les comportements individuels, soit en proc\u00e9dant par analogie (<em>sophisme de composition<\/em>), parfois avec certaines nuances selon les \u00e9coles. Certes, en introduisant des concepts d\u2019efficacit\u00e9 et des techniques performantes d\u2019analyse pour la rentabilit\u00e9 de la production (<em>productivit\u00e9, \u00e9lasticit\u00e9, co\u00fbt marginal, optimisation\u2026<\/em>), la micro\u00e9conomie mainstream s\u2019est impos\u00e9e comme un outil de bonne gouvernance des entreprises, mais au seul service du capital. Il est vrai que le mod\u00e8le d\u2019analyse restreint \u00e0 une seule entreprise et sa client\u00e8le, est au regard l\u2019objectif de l\u2019entreprise une approximation acceptable de la r\u00e9alit\u00e9. Pour autant, on ne peut pas agr\u00e9ger tels quels ces micro-mod\u00e8les locaux, sans s\u2019\u00e9loigner consid\u00e9rablement de la r\u00e9alit\u00e9 (<em>le prix n\u2019est plus unique, la concurrence intervient, les motivations varient<\/em>\u2026). On ne peut pas non plus r\u00e9duire la macro\u00e9conomie \u00e0 une simple extension de la micro\u00e9conomie, d\u2019autant que l\u2019une et l\u2019autre n\u2019ont pas ni les m\u00eames objets, ni les m\u00eames finalit\u00e9s.<\/p>\n<p>Pourtant, depuis de nombreuses ann\u00e9es, l\u2019inconsistance des fondations de l\u2019\u00e9conomie mainstream a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie. En 1973, Hugo F. Sonnenschein, ainsi que Ricardo Mantel et G. Debreu en 1974 (<em>des n\u00e9oclassique<\/em>s), ont \u00e9tabli, sous des conditions tr\u00e8s larges, que le mod\u00e8le de la TEG ne garantit ni l\u2019unicit\u00e9 et ni la stabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9quilibre. Ils ont en effet d\u00e9montr\u00e9 que la forme des fonctions agr\u00e9g\u00e9es d\u2019offre et de demande est ind\u00e9termin\u00e9e (<em>th\u00e9or\u00e8me de Sonnenschein ou de SMD<\/em>), autrement dit que l\u2019on ne peut pas, \u00e0 partir du march\u00e9 lib\u00e9ral, d\u00e9duire de l\u2019agr\u00e9gation des comportements individuels le comportement collectif. Il en r\u00e9sulte que le mod\u00e8le standard n\u00e9oclassique, la TEG ax\u00e9e essentiellement sur la d\u00e9termination de l\u2019\u00e9quilibre, et qui sert de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mainstream, n\u2019est pas valide et ne peut pas pr\u00e9tendre assurer l\u2019allocation optimale des ressources, qui est pourtant la principale finalit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie n\u00e9olib\u00e9rale.<\/p>\n<p>Mieux, le livre de Steve KEEN, Professeur d\u2019\u00e9conomie et sp\u00e9cialiste de la mod\u00e9lisation macro\u00e9conomique, \u00ab\u00a0L\u2019imposture \u00e9conomique\u00a0\u00bb, est un manifeste \u00e9loquent et d\u00e9monstratif de l\u2019absurdit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie n\u00e9olib\u00e9rale. Une critique acerbe de l\u2019\u00e9conomie orthodoxe qui d\u00e9voile les dogmes, les incoh\u00e9rences et l\u2019irr\u00e9alisme du corpus n\u00e9oclassique. Il montre, en particulier, que l\u2019analyse n\u00e9oclassique de la formation des prix est inconsistante et repose sur des hypoth\u00e8ses contradictoires et invraisemblables, que seul un conservatisme aveugl\u00e9 ou d\u2019int\u00e9r\u00eat justifie. Aussi, outre ses pr\u00e9suppos\u00e9s, sans consistance, la construction du mod\u00e8le d\u2019\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral en \u00ab\u00a0concurrence pure et parfaite\u00a0\u00bb repose sur une argumentation et une logique souvent fallacieuses, utilisant le sophisme de composition.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas concevable pour nous que la science \u00e9conomique se limite, notamment en Guyane, \u00e0 l\u2019\u00e9conomie mainstream et que celle-ci aille \u00e0 l\u2019encontre du vivre-ensemble. Les \u00e9conomistes de la mainstream sont-ils bien conscients de leur responsabilit\u00e9\u00a0? Que les mod\u00e8les qu\u2019ils produisent, souvent ax\u00e9s sur la rentabilit\u00e9, ne servent que les int\u00e9r\u00eats du capital\u00a0? Savent-ils tous que le \u00ab\u00a0Prix Nobel d\u2019\u00e9conomie\u00a0\u00bb n\u2019est pas un v\u00e9ritable prix Nobel, mais un prix de la Banque de Su\u00e8de, d\u2019inspiration lib\u00e9rale\u00a0? Or, plus que le march\u00e9, l\u2019initiative priv\u00e9e et la libre concurrence, le d\u00e9veloppement de la Guyane r\u00e9clame un v\u00e9ritable pilotage public, tout particuli\u00e8rement des politiques de redistribution, d\u2019assainissement et de grands travaux.<\/p>\n<figure id=\"attachment_84936\" aria-describedby=\"caption-attachment-84936\" style=\"width: 246px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-84936\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Capture-decran-2026-01-09-a-06.00.49.png\" alt=\"\" width=\"246\" height=\"321\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Capture-decran-2026-01-09-a-06.00.49.png 614w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Capture-decran-2026-01-09-a-06.00.49-150x195.png 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Capture-decran-2026-01-09-a-06.00.49-450x586.png 450w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Capture-decran-2026-01-09-a-06.00.49-600x782.png 600w\" sizes=\"(max-width: 246px) 100vw, 246px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-84936\" class=\"wp-caption-text\">Nestor RADJOU<\/figcaption><\/figure>\n<p><em><strong>Nestor RADJOU, <\/strong><strong>Math\u00e9maticien et \u00e9conomiste<\/strong><\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><sup>[i]<\/sup><\/a> <em>En fait, une v\u00e9ritable politique keyn\u00e9sienne n\u2019est plus possible pour les membres de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE), et notamment en France, car ces pays ne maitrisent plus les outils keyn\u00e9siens intervention. Car, l\u2019UE est n\u00e9olib\u00e9rale, la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) contr\u00f4le la cr\u00e9ation de l\u2019euro, le Trait\u00e9 de Maastricht r\u00e8glemente les d\u00e9ficits budg\u00e9taires et les dettes des Etats, la Commission l\u2019\u00e9diction des lois n\u00e9olib\u00e9rales \u2026<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[ii]<\/a> <em>Qui se diff\u00e9rencient selon les auteurs, par leur finalit\u00e9\u00a0: le profit et l\u2019accumulation des richesses pour le capitalisme\u00a0; la libert\u00e9 et la satisfaction des besoins individuels pour le lib\u00e9ralisme, qui en ignorant les in\u00e9galit\u00e9s initiales et la \u00ab\u00a0loi du plus fort\u00a0\u00bb, revient \u00e0 s\u2019identifier au capitalisme.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9sent\u00e9e comme neutre, scientifique et indiscutable, l\u2019\u00e9conomie dominante fa\u00e7onne pourtant nos politiques publiques, nos choix collectifs et notre mani\u00e8re de penser le d\u00e9veloppement. Mais que vaut r\u00e9ellement ce mod\u00e8le lorsqu\u2019il est appliqu\u00e9 \u00e0 des territoires comme la Guyane, aux r\u00e9alit\u00e9s sociales, historiques et \u00e9conomiques singuli\u00e8res ?Dans cette tribune argument\u00e9e, Nestor Radjou, math\u00e9maticien et \u00e9conomiste, propose<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":84938,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":null,"rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-84934","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84934","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=84934"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84934\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/84938"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=84934"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=84934"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=84934"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}