{"id":85835,"date":"2026-01-25T20:59:07","date_gmt":"2026-01-26T00:59:07","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=85835"},"modified":"2026-01-26T12:28:38","modified_gmt":"2026-01-26T16:28:38","slug":"soiree-litteraire-fort-de-france-ville-decoloniale-aime-cesaire-urbanisme-et-memoire-vivante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/soiree-litteraire-fort-de-france-ville-decoloniale-aime-cesaire-urbanisme-et-memoire-vivante\/","title":{"rendered":"LITERARY EVENING. Fort-de-France, a Decolonial City: Aim\u00e9 C\u00e9saire, Urban Planning, and Living Memory"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<h2><strong><em>\u00ab Fort-de-France est une ville qui parle : encore faut-il prendre le temps de l\u2019\u00e9couter. \u00bb<\/em><\/strong><\/h2>\n<\/blockquote>\n<h2><strong>\u00c0 travers cette soir\u00e9e litt\u00e9raire organis\u00e9e par l\u2019association Tous Cr\u00e9oles et anim\u00e9e par Danielle Marceline, l\u2019historienne et autrice \u00c9lisabeth LANDI invite \u00e0 regarder Fort-de-France autrement. Dans son livre <em>An ti Ponmponm \u00e0 Foyal<\/em>, elle propose une \u201cbalade urbaine\u201d o\u00f9 la ville devient un texte \u00e0 lire, une archive vivante, un espace d\u2019\u00e9mancipation. Au fil de la discussion, une id\u00e9e s\u2019impose : Aim\u00e9 C\u00e9saire n\u2019a pas seulement gouvern\u00e9 Fort-de-France\u2026 il l\u2019a \u201c\u00e9crite\u201d, par touches, par symboles, par gestes parfois discrets, mais toujours porteurs de sens.<\/strong><\/h2>\n<blockquote>\n<h2><strong><em>\u00ab Je n\u2019ai pas un rapport technique \u00e0 Fort-de-France : j\u2019ai un rapport charnel, visc\u00e9ral. \u00bb<\/em><\/strong><\/h2>\n<\/blockquote>\n<p>Dans une salle r\u00e9unie malgr\u00e9 la pluie, comme \u201cdans un petit cocon\u201d, l\u2019association Tous Cr\u00e9oles ouvre une soir\u00e9e litt\u00e9raire d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Fort-de-France. Le rendez-vous prend rapidement la forme d\u2019un \u00e9change autour du livre: <em>An ti Ponmponm \u00e0 Foyal<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019initiative de cette rencontre : <strong>Danielle Marceline<\/strong>, qui pr\u00e9sente la soir\u00e9e et introduit l\u2019invit\u00e9e principale, <strong>\u00c9lisabeth LANDI<\/strong>, agr\u00e9g\u00e9e d\u2019histoire, professeure en classes pr\u00e9paratoires, participante \u00e0 de nombreux colloques et autrice d\u2019articles, mais aussi femme engag\u00e9e.<\/p>\n<p>Danielle Marceline insiste sur plusieurs dimensions du parcours d\u2019\u00c9lisabeth LANDI : son engagement associatif, notamment au sein de <strong>Oliwon Lakarayib<\/strong>, structure qui propose des contenus p\u00e9dagogiques et des visites guid\u00e9es, son r\u00f4le au conseil scientifique de la Fondation pour la m\u00e9moire de l\u2019esclavage, mais \u00e9galement son action politique locale : elle a \u00e9t\u00e9 <strong>conseill\u00e8re municipale \u00e0 Fort-de-France<\/strong> pendant deux mandats (2008-2014 puis 2014-2020), avec une responsabilit\u00e9 li\u00e9e au patrimoine.<\/p>\n<p>Puis vient la surprise : un ouvrage qui n\u2019est \u201cni un roman, ni un th\u00e9\u00e2tre, ni un essai\u201d, mais une travers\u00e9e urbaine et m\u00e9morielle, une marche dans la ville, une lecture du territoire. Une proposition qui pousse Danielle Marceline \u00e0 poser d\u2019embl\u00e9e la question centrale : quel rapport intime \u00c9lisabeth LANDI entretient-elle avec Fort-de-France, et comment la pens\u00e9e d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire irrigue-t-elle cette approche ?<\/p>\n<h2><strong>Une ville d\u2019enfance, une ville-matrice<\/strong><\/h2>\n<p>\u00c9lisabeth LANDI r\u00e9pond d\u2019abord par une histoire personnelle. Elle dit \u00eatre n\u00e9e \u00e0 la clinique Roseau, mais tr\u00e8s vite, c\u2019est Fort-de-France qui devient son ancrage r\u00e9el. Elle raconte une enfance v\u00e9cue <strong>dans le centre-ville<\/strong>, une vie quotidienne structur\u00e9e par la marche et les rep\u00e8res familiers : la rue Victor Hugo, les arr\u00eats chez Sur\u00e9na, chez Singer, les salutations oblig\u00e9es, la proximit\u00e9 des \u00e9coles.<\/p>\n<p>Elle retrace son parcours scolaire comme on d\u00e9roule une carte int\u00e9rieure : \u00e9cole \u00c9milie Fordant, coll\u00e8ge Ernest Renan, lyc\u00e9e Sch\u0153lcher. Et cette phrase revient comme une \u00e9vidence : elle n\u2019a pas \u201cpris le bus\u201d, elle a v\u00e9cu la ville \u00e0 pied. Pour elle, Fort-de-France n\u2019est pas un d\u00e9cor : c\u2019est une mati\u00e8re vivante, une ville qui s\u2019est imprim\u00e9e dans le corps.<\/p>\n<p>Mais ce lien d\u00e9passe la nostalgie. L\u2019autrice explique aussi que son ancrage dans Fort-de-France est li\u00e9 \u00e0 une autre r\u00e9alit\u00e9, plus profonde : une histoire familiale d\u2019origine immigr\u00e9e. Ses grands-parents arrivent dans les ann\u00e9es 1920, mais des traces plus anciennes existent d\u00e9j\u00e0 sur le territoire : des anc\u00eatres enterr\u00e9s au Lamentin, \u00e0 Saint-Pierre. Cette double dimension, l\u2019arriv\u00e9e et l\u2019enracinement, construit une relation particuli\u00e8re \u00e0 la ville.<\/p>\n<p>Dans sa famille, dit-elle, <strong>s\u2019ancrer<\/strong> \u00e9tait presque une n\u00e9cessit\u00e9 vitale. Quand on est immigr\u00e9, on ne peut pas toujours \u201cse retourner\u201d vers un pass\u00e9 stable. Alors il faut construire un point fixe. Fort-de-France devient ce point fixe, ce p\u00e9rim\u00e8tre \u201cpresque sacr\u00e9\u201d d\u00e9limit\u00e9 par la rivi\u00e8re Levassort, la mer, la Savane, et le boulevard du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/p>\n<p>Et c\u2019est aussi une ville transmise. Une ville racont\u00e9e par les femmes : une grand-m\u00e8re, une m\u00e8re, un \u201cgyn\u00e9c\u00e9e\u201d, une m\u00e9moire faite de d\u00e9tails, de balcons, de portes, de voisins, d\u2019odeurs, d\u2019ambiances.<\/p>\n<blockquote>\n<h2><strong><em>\u00ab Ce que j\u2019aime dans Fort-de-France, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019est pas lisse. \u00bb<\/em><\/strong><\/h2>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9lisabeth LANDI assume une affection qui ne cherche pas \u00e0 embellir. Elle parle du \u201cjoyeux d\u00e9sordre\u201d, du \u201cgrouillant\u201d, de ce qui n\u2019est pas imm\u00e9diatement pr\u00e9sentable mais profond\u00e9ment vivant. Fort-de-France, dit-elle, ne se donne pas au premier regard : il faut y passer du temps, \u00e9couter, regarder les strates.<\/p>\n<p>Elle affirme m\u00eame une crainte : celle de voir la ville devenir \u201ctechnologique\u201d, gentrifi\u00e9e, trop propre, trop lisse, coup\u00e9e de son identit\u00e9 tropicale et carib\u00e9enne. \u00c0 ses yeux, l\u2019\u00e2me de Fort-de-France se trouve dans ses couches profondes, dans ses contradictions, dans ce qu\u2019elle oblige \u00e0 comprendre.<\/p>\n<h2><strong>Aim\u00e9 C\u00e9saire : une pr\u00e9sence politique et intime<\/strong><\/h2>\n<p>Quand la discussion se d\u00e9place vers Aim\u00e9 C\u00e9saire, \u00c9lisabeth LANDI rappelle une \u00e9vidence : on baignait dans C\u00e9saire. M\u00eame si, pr\u00e9cise-t-elle, le centre-ville ne votait pas forc\u00e9ment pour lui. Mais C\u00e9saire \u00e9tait l\u00e0 : dans la ville, dans la parole publique, dans l\u2019atmosph\u00e8re.<\/p>\n<p>Elle raconte aussi une initiation personnelle \u00e0 la politique : un p\u00e8re marqu\u00e9 par une histoire familiale singuli\u00e8re, ayant connu Turin et le communisme italien, assistant aux meetings de Togliatti, puis, de retour en Martinique, allant \u00e9couter C\u00e9saire\u2026 en emmenant sa fille.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019attachement \u00e0 C\u00e9saire s\u2019est construit dans la vie r\u00e9elle avant de devenir un objet d\u2019\u00e9tude. Les \u00e9tudes d\u2019histoire ont amplifi\u00e9 le besoin de comprendre, de fouiller, de questionner. Car, comme elle le dit avec humour : les historiens aiment fouiller.<\/p>\n<h2><strong>La ville comme texte : une id\u00e9e fondatrice<\/strong><\/h2>\n<p>Danielle Marceline cite alors un passage essentiel du livre, introduit par une citation du <strong><em>Notes on a Return to My Native Land<\/em><\/strong>. Le ton est donn\u00e9 : Fort-de-France appara\u00eet non comme une vitrine administrative, mais comme un organisme charg\u00e9 de tensions, de blessures, de traces visibles et invisibles.<\/p>\n<p>Dans le prologue, \u00c9lisabeth LANDI \u00e9crit que Fort-de-France n\u2019est pas seulement une capitale ou un centre commercial : c\u2019est une \u201cville \u00e0 lire, \u00e0 d\u00e9chiffrer, \u00e0 interpr\u00e9ter\u201d, o\u00f9 l\u2019architecture, la toponymie, les places et les vides racontent une m\u00e9moire disput\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette m\u00e9moire, Aim\u00e9 C\u00e9saire l\u2019a habit\u00e9e, dit-elle, et surtout il l\u2019a travaill\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<h2><strong><em>\u00ab Aim\u00e9 C\u00e9saire a travaill\u00e9 Fort-de-France comme on \u00e9crit un manuscrit : il \u00e9crit, gomme, rature\u2026 et recommence. \u00bb<\/em><\/strong><\/h2>\n<\/blockquote>\n<p>La question pos\u00e9e devient alors centrale : comment un homme confront\u00e9 \u00e0 l\u2019urgence \u2014 fi\u00e8vre jaune, caniveaux \u00e0 ciel ouvert, logements insalubres, sant\u00e9 publique, pauvret\u00e9 \u2014 peut-il d\u00e9velopper une vision patrimoniale ?<\/p>\n<p>\u00c9lisabeth LANDI r\u00e9pond avec nuance : C\u00e9saire h\u00e9rite d\u2019un \u201ccloaque\u201d, d\u2019une ville fragile, malade, dure \u00e0 vivre. Sa priorit\u00e9 est la dignit\u00e9 : permettre au peuple martiniquais de retrouver une humanit\u00e9 bafou\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais au lieu de construire de grands monuments, C\u00e9saire va travailler autrement. Non pas une politique patrimoniale au sens classique, mais une <strong>r\u00e9\u00e9criture symbolique<\/strong>. Il transforme la ville par des gestes, des noms, des d\u00e9placements, des contre-discours.<\/p>\n<p>Elle explique que la notion de patrimoine b\u00e2ti est ambigu\u00eb dans un contexte colonial : en Martinique, le patrimoine \u201cmonumental\u201d renvoie souvent aux forts, aux \u00e9glises, aux traces du pouvoir. C\u00e9saire, lui, investit dans le vivant : danse, th\u00e9\u00e2tre, arts, contes, culture populaire. La r\u00e9volution du SERMAC devient alors une r\u00e9volution du patrimoine vivant.<\/p>\n<p>Mais C\u00e9saire n\u2019est pas dans le rejet total. Il a une culture classique, une conscience des strates, une approche h\u00e9rit\u00e9e des Lumi\u00e8res. Il sait que l\u2019intuition doit accompagner la raison. Il sait surtout que la construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ne se fait pas dans l\u2019effacement pur.<\/p>\n<p>Il travaille donc <strong>par d\u00e9tour<\/strong>, parfois par silence, parfois par ruse, souvent par patience.<\/p>\n<h2><strong>Une p\u00e9dagogie du doute, pas une distribution de v\u00e9rit\u00e9s<\/strong><\/h2>\n<p>Danielle Marceline souligne ce que ces propos changent : ils obligent \u00e0 regarder le politique autrement, \u00e0 accepter les contradictions, \u00e0 ne pas juger trop vite ce qui ne se comprend pas \u201cdu premier coup\u201d.<\/p>\n<p>\u00c9lisabeth LANDI confirme : pour C\u00e9saire, il faut amener les gens \u00e0 s\u2019interroger, pas leur offrir des certitudes. Elle cite l\u2019id\u00e9e que Fanon, enfant, s\u2019interrogeait devant une statue : pourquoi parle-t-on du lib\u00e9rateur, mais jamais de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s ?<\/p>\n<p>Cette interrogation devient f\u00e9conde. Elle devient un moteur de conscience.<\/p>\n<p>Elle \u00e9voque aussi la notion d\u2019hubris : b\u00e2tir d\u00e9mesur\u00e9ment n\u2019est pas b\u00e2tir. C\u00e9saire agit par petites touches, sans monumentalit\u00e9 ostentatoire. Son bureau est une petite table, sa maison est d\u2019une grande sobri\u00e9t\u00e9. Et pourtant, dans le silence, il parle au monde.<\/p>\n<blockquote>\n<h2><strong><em>\u00ab La ville devient une archive vivante : pas une archive de papier, mais une m\u00e9moire habit\u00e9e. \u00bb<\/em><\/strong><\/h2>\n<\/blockquote>\n<p>Pour appuyer son propos, \u00c9lisabeth LANDI pr\u00e9sente un diaporama con\u00e7u \u00e0 l\u2019origine pour des \u00e9tudiants \u00e9trangers. Elle y d\u00e9veloppe la notion de <strong>\u201cgrammaire urbaine\u201d<\/strong> : une ville poss\u00e8de une langue, et une grammaire permet de produire du sens.<\/p>\n<p>Dans Fort-de-France, C\u00e9saire refonde symboliquement le vocabulaire de la ville : noms de rues, lieux de m\u00e9moire, commandes artistiques, d\u00e9placements de statues. Il ne garde pas l\u2019ordre colonial tel quel : il superpose, il r\u00e9pond, il transforme.<\/p>\n<p>Elle insiste : cette grammaire n\u2019est jamais neutre. Tout patrimoine est une s\u00e9lection. Tout choix est politique. Valoriser un lieu, conserver un nom, oublier un autre : c\u2019est organiser un r\u00e9cit collectif.<\/p>\n<p>Et donc, la question devient : <strong>quelle m\u00e9moire pour quelle ville ?<\/strong><\/p>\n<h2><strong>Le parcours d\u2019\u201cAn ti Ponmponm \u00e0 Foyal\u201d : marcher pour comprendre<\/strong><\/h2>\n<p>Le livre est structur\u00e9 comme une marche : d\u00e9part depuis Jos\u00e9phine, passage par la rue Bl\u00e9nac, arr\u00eat devant la cath\u00e9drale, d\u00e9tour par le square \u201cL\u00e9gitime D\u00e9fense\u201d et la statue d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire, puis la rue Victor Sch\u0153lcher, la rue Victor S\u00e9v\u00e8re, la mairie, le boulevard du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, Terres-Sainville, la place de l\u2019Abb\u00e9 Gr\u00e9goire, puis la mont\u00e9e vers la place du 22 mai et l\u2019\u0153uvre de Coco Ren\u00e9-Corail, avant la descente vers la rue Xavier Orville, le SERMAC et la porte du Tricentenaire.<\/p>\n<p>\u00c9lisabeth LANDI reconna\u00eet les manques : il est impossible de tout int\u00e9grer. Mais l\u2019essentiel est l\u00e0 : une m\u00e9thode, une mani\u00e8re de lire.<\/p>\n<h2><strong>D\u00e9placer plut\u00f4t que d\u00e9truire : la m\u00e9thode c\u00e9sairienne<\/strong><\/h2>\n<p>\u00c9lisabeth LANDI rappelle que C\u00e9saire refuse souvent de \u201cd\u00e9-baptiser\u201d brutalement. Il y eut des pol\u00e9miques, des demandes insistantes : il refuse par exemple d\u2019effacer certains noms, comme Gallieni ou Bl\u00e9nac, parce que l\u2019histoire ne se simplifie pas.<\/p>\n<p>Elle donne un exemple frappant : Gu\u00e9don, gouverneur dur apr\u00e8s l\u2019abolition, mais associ\u00e9 \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019eau potable \u00e0 Fort-de-France. Ces contradictions imposent une lecture plus complexe.<\/p>\n<p>Le geste majeur devient alors le <strong>d\u00e9placement<\/strong>.<\/p>\n<p>La statue de Jos\u00e9phine, par exemple, n\u2019est pas d\u00e9truite : elle est d\u00e9plac\u00e9e, extraite du centre, rendue presque invisible. Pour \u00c9lisabeth LANDI, c\u2019est un geste p\u00e9dagogique majeur : on retire une figure dominante du c\u0153ur de l\u2019imaginaire collectif.<\/p>\n<p>Elle insiste : cette m\u00e9thode peut rendre possible, un jour, l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019un d\u00e9boulonnage, mais sans violence imm\u00e9diate. Un travail du temps long.<\/p>\n<h2><strong>Des noms accol\u00e9s : transmettre par strates<\/strong><\/h2>\n<p>L\u2019un des passages les plus r\u00e9v\u00e9lateurs concerne la place Fabien-V\u00e9ronique. \u00c9lisabeth LANDI raconte une anecdote savoureuse : dans les services municipaux eux-m\u00eames, certains ignoraient l\u2019identit\u00e9 r\u00e9elle de Fabien-V\u00e9ronique, croyant m\u00eame \u00e0 une r\u00e9f\u00e9rence au colonel Fabien de Paris.<\/p>\n<p>Or, derri\u00e8re ces noms, il y a l\u2019histoire locale, les r\u00e9sistances, les combats, et une volont\u00e9 de continuit\u00e9 : accoler des noms, c\u2019est dire que les luttes humaines se poursuivent, que l\u2019on avance sur les \u00e9paules de ceux qui nous pr\u00e9c\u00e8dent.<\/p>\n<p>Cette logique de strates appara\u00eet aussi dans l\u2019ajout du nom Betzy \u00e0 Ledru-Rollin, et dans le r\u00e9cit plus complexe autour de Bissette, jamais honor\u00e9 par C\u00e9saire, per\u00e7u comme symbole de trahison, mais inscrit ailleurs, \u00e0 Cluny.<\/p>\n<blockquote>\n<h2><strong><em>\u00ab La libert\u00e9 ne se donne pas : elle se conquiert. \u00bb<\/em><\/strong><\/h2>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019un des moments les plus forts de l\u2019\u00e9mission concerne la \u201cLibert\u00e9 conquise\u201d, \u0153uvre de Coco Ren\u00e9-Corail, parfois appel\u00e9e \u201cla n\u00e9gresse marronne\u201d, install\u00e9e pr\u00e8s de la place du 22 mai.<\/p>\n<p>\u00c9lisabeth LANDI d\u00e9crit cette figure : une femme en course, une arme \u00e0 la main, un enfant bless\u00e9 ou mort dans les bras. Une r\u00e9ponse symbolique aux r\u00e9cits dominants.<\/p>\n<p>Elle compare la mati\u00e8re : le marbre lisse de Sch\u0153lcher, noble et froid, face au fer forg\u00e9 brut, rugueux, insurg\u00e9. Elle compare les figures : un homme donnant, une femme prenant. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019histoire officielle met en avant le d\u00e9cret, la n\u00e9gresse marronne met en avant le combat.<\/p>\n<p>Cette \u0153uvre devient, selon elle, un contre-monument d\u00e9colonial, qui rend visibles les voix oubli\u00e9es : esclaves, femmes, r\u00e9sistantes.<\/p>\n<h2><strong>Le SERMAC : patrimoine vivant et r\u00e9volution culturelle<\/strong><\/h2>\n<p>Autre point majeur : le SERMAC. Pour \u00c9lisabeth LANDY, c\u2019est une r\u00e9volution, parce que C\u00e9saire transforme un ancien h\u00f4pital colonial militaire en parc de culture et de dignit\u00e9.<\/p>\n<p>La danse, la musique, les contes, les arts plastiques, la sc\u00e8ne : autant de mani\u00e8res de reconstruire une fiert\u00e9 et une humanit\u00e9. Une mani\u00e8re d\u2019inscrire le patrimoine non dans la pierre, mais dans le corps vivant d\u2019un peuple.<\/p>\n<h2><strong>La porte du Tricentenaire : rena\u00eetre \u00e0 une autre histoire<\/strong><\/h2>\n<p>Enfin, l\u2019\u00e9mission revient longuement sur la porte du Tricentenaire. \u00c9lisabeth LANDI insiste sur la force symbolique d\u2019une porte : dans toutes les civilisations, une porte marque un passage, une naissance, une transformation.<\/p>\n<p>En 1935, cette porte est con\u00e7ue comme l\u2019entr\u00e9e dans la modernit\u00e9 coloniale : c\u00e9l\u00e9bration des \u201cr\u00e9ussites\u201d de la colonisation, promesse d\u2019un avenir fran\u00e7ais, vitrine d\u2019une colonisation \u201cr\u00e9ussie\u201d, construite avec l\u2019adh\u00e9sion des \u00e9lus locaux.<\/p>\n<p>C\u00e9saire, lui, encadre cette porte de fresques repr\u00e9sentant les Kalinagos, r\u00e9introduisant une histoire ant\u00e9rieure \u00e0 la colonisation, un r\u00e9cit de continuit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Traverser cette porte devient alors un passage invers\u00e9 : non plus entrer dans l\u2019illusion coloniale, mais rena\u00eetre \u00e0 une m\u00e9moire longue, plurielle, ant\u00e9rieure, et plus vaste que l\u2019\u00e9cume des jours.<\/p>\n<p>Elle rappelle m\u00eame la pr\u00e9sence possible, si rien n\u2019a disparu, des trois arbres de la n\u00e9gritude plant\u00e9s en hommage \u00e0 Senghor, Damas et C\u00e9saire, comme une alliance entre pens\u00e9e, vivant et m\u00e9moire.<\/p>\n<h2><strong>Fort-de-France, une ville \u00e0 relire<\/strong><\/h2>\n<p>\u00c0 la fin de l\u2019\u00e9mission, une id\u00e9e domine : C\u00e9saire n\u2019a pas voulu effacer l\u2019histoire, mais la rendre lisible autrement. Il n\u2019a pas cherch\u00e9 \u00e0 imposer une v\u00e9rit\u00e9 fig\u00e9e. Il a cherch\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un espace o\u00f9 le citoyen apprend \u00e0 penser.<\/p>\n<p>Fort-de-France devient alors une ville-\u00e9cole : un lieu o\u00f9 l\u2019on marche, o\u00f9 l\u2019on observe, o\u00f9 l\u2019on interroge, o\u00f9 l\u2019on transmet. Une ville qui n\u2019est jamais achev\u00e9e, et dont le r\u00e9cit peut toujours \u00eatre r\u00e9\u00e9crit \u2014 \u00e0 condition de ne pas casser la cha\u00eene du dialogue.<\/p>\n<p>Car une ville, comme un peuple, ne se construit pas dans l\u2019effacement total. Elle se construit dans la lucidit\u00e9.<\/p>\n<h2><strong><em>\u00ab Fort-de-France ne se regarde pas : elle se lit. Et cette lecture n\u2019est jamais finie. \u00bb<\/em><\/strong><\/h2>\n<p>Antilla<\/p>\n<p><iframe title=\"Fort-de-France, ville d\u00e9coloniale : Aim\u00e9 C\u00e9saire, urbanisme et m\u00e9moire vivante\" width=\"755\" height=\"425\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/h6GDs8SQxrk?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Fort-de-France est une ville qui parle : encore faut-il prendre le temps de l\u2019\u00e9couter. \u00bb \u00c0 travers cette soir\u00e9e litt\u00e9raire organis\u00e9e par l\u2019association Tous Cr\u00e9oles et anim\u00e9e par Danielle Marceline, l\u2019historienne et autrice \u00c9lisabeth LANDI invite \u00e0 regarder Fort-de-France autrement. 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