{"id":85857,"date":"2026-01-26T10:46:20","date_gmt":"2026-01-26T14:46:20","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=85857"},"modified":"2026-01-26T10:46:20","modified_gmt":"2026-01-26T14:46:20","slug":"lhistoire-coloniale-un-tabou-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/lhistoire-coloniale-un-tabou-francais\/","title":{"rendered":"Colonial History: A French Taboo"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<h1><em style=\"color: #161616;font-family: 'Public Sans', system-ui, sans-serif;font-size: 1.5em;font-weight: bold\">\u00ab L&rsquo;histoire coloniale est le dernier grand tabou du r\u00e9cit national fran\u00e7ais \u00bb<\/em><\/h1>\n<\/blockquote>\n<h2><strong>Le 18 d\u00e9cembre 2025, l&rsquo;historien Pascal Blanchard \u00e9tait invit\u00e9 par l&rsquo;association Tous Cr\u00e9oles pour une conf\u00e9rence sur les m\u00e9moires coloniales. Face \u00e0 un public martiniquais attentif, il a explor\u00e9 pourquoi ce pass\u00e9 demeure un sujet de tensions dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et comment il continue d&rsquo;influencer notre pr\u00e9sent.<\/strong><\/h2>\n<h2>Un pass\u00e9 qui irrigue le pr\u00e9sent<\/h2>\n<p>La France poss\u00e8de l&rsquo;une des histoires coloniales les plus longues au monde. En 2034, elle comm\u00e9morera le 500e anniversaire de sa premi\u00e8re pr\u00e9sence coloniale au Canada. Avec son empire qui comptait jusqu&rsquo;\u00e0 70 millions de sujets, elle fut la seconde puissance coloniale mondiale apr\u00e8s le Royaume-Uni.<\/p>\n<p>Cette histoire ressurgit constamment dans le d\u00e9bat politique. Lors de la campagne pr\u00e9sidentielle de 2017, Emmanuel Macron d\u00e9clarait que \u00ab la colonisation est un crime contre l&rsquo;humanit\u00e9 \u00bb \u2013 une phrase qui lui co\u00fbta deux points tout en lui en faisant gagner cinq. R\u00e9cemment, \u00c9douard Philippe a r\u00e9pondu par un \u00ab non \u00bb sec \u00e0 la question \u00ab La colonisation est-elle un crime ? \u00bb, illustrant la difficult\u00e9 des \u00e9lites politiques \u00e0 appr\u00e9hender ce sujet complexe.<\/p>\n<blockquote>\n<h2><em>\u00ab Nous ne pensons pas ce pass\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re selon qui nous sommes \u00bb<\/em><\/h2>\n<\/blockquote>\n<h2>Les excuses : un d\u00e9bat international<\/h2>\n<p>Plusieurs pays europ\u00e9ens se sont excus\u00e9s de leur pass\u00e9 colonial. Paradoxalement, c&rsquo;est Berlusconi qui, en 2008, a pr\u00e9sent\u00e9 les premi\u00e8res excuses officielles en Europe \u00e0 Kadhafi pour la colonisation de la Libye. L&rsquo;Allemagne de Merkel s&rsquo;est excus\u00e9e du g\u00e9nocide namibien de 1904 et a propos\u00e9 des r\u00e9parations. La Belgique a reconnu les violences au Congo.<\/p>\n<p>La France, elle, multiplie les reconnaissances partielles \u2013 le 17 octobre 1961, la guerre du Cameroun, les massacres de Thiaroye \u2013 mais Emmanuel Macron a confirm\u00e9 en 2021 qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait \u00ab ni repentance ni excuses \u00bb globales sur la colonisation, par crainte d&rsquo;un processus de r\u00e9paration financi\u00e8re.<\/p>\n<blockquote class=\"modern-quote full\">\n<h2><span style=\"color: #800000\"><strong>Les sp\u00e9cificit\u00e9s fran\u00e7aises<\/strong><\/span><\/h2>\n<p><strong>\u2192 Des pieds-noirs et rapatri\u00e9s : <\/strong>populations europ\u00e9ennes revenues d&rsquo;Alg\u00e9rie, du Maroc, de Tunisie apr\u00e8s les ind\u00e9pendances<\/p>\n<p><strong>\u2192 Des territoires ultramarins : <\/strong>Martinique, Guadeloupe, Guyane, R\u00e9union, Mayotte, Polyn\u00e9sie, Nouvelle-Cal\u00e9donie&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u2192 Des migrations postcoloniales : <\/strong>d\u00e8s les lendemains des ind\u00e9pendances<\/p>\n<p><strong>\u2192 40 % des Fran\u00e7ais <\/strong>li\u00e9s par leur histoire familiale au pass\u00e9 colonial (incluant les 2 millions d&rsquo;appel\u00e9s de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie)<\/p>\n<p>\u00ab Les images subsument le r\u00e9el. Elles \u00e9crasent la capacit\u00e9 de regarder en face le pass\u00e9 colonial \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<h2>Le poids des imaginaires<\/h2>\n<p>Pascal Blanchard insiste sur un point crucial : la plupart des Fran\u00e7ais n&rsquo;ont jamais connu directement les colonies. Ils se sont forg\u00e9 une opinion depuis la m\u00e9tropole, \u00e0 travers des images de propagande : les routes, les h\u00f4pitaux, les \u00e9coles construits par la France, les cartes avec leurs \u00ab taches roses \u00bb dans les salles de classe.<\/p>\n<p>L&rsquo;Exposition coloniale de 1931 \u00e0 Paris a attir\u00e9 33 millions de visiteurs dans un pays de 38 millions d&rsquo;habitants. Les Fran\u00e7ais y admiraient la reconstitution du temple d&rsquo;Angkor, visitaient des \u00ab villages n\u00e8gres \u00bb, assistaient \u00e0 des spectacles exotiques. Les \u00ab zoos humains \u00bb, o\u00f9 des personnes des colonies \u00e9taient exhib\u00e9es, ont fa\u00e7onn\u00e9 pendant des d\u00e9cennies la perception de l&rsquo;Autre. \u00ab Pour faire croire que le sauvage existe \u00bb, explique l&rsquo;historien, \u00ab le sauvage doit jouer au sauvage. \u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<h2><em>\u00ab Cette histoire touche la R\u00e9publique, c&rsquo;est \u00e7a qui la rend si complexe \u00bb<\/em><\/h2>\n<\/blockquote>\n<h2>Une contradiction r\u00e9publicaine<\/h2>\n<p>La difficult\u00e9 majeure pour la France r\u00e9side dans le fait que la colonisation n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un r\u00e9gime autoritaire, mais qu&rsquo;elle traverse toute l&rsquo;histoire r\u00e9publicaine. De la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e0 la Ve R\u00e9publique, en passant par Jules Ferry et l&rsquo;\u00e9cole gratuite, la\u00efque et obligatoire, la R\u00e9publique a colonis\u00e9.<\/p>\n<p>Comment la R\u00e9publique, porteuse des valeurs de libert\u00e9, d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et d&rsquo;universalit\u00e9, a-t-elle pu mener une entreprise coloniale fond\u00e9e sur la domination ? Pour beaucoup de jeunes, cette contradiction est incompr\u00e9hensible ou inacceptable. \u00ab Cette histoire n&rsquo;est pas &lsquo;l\u00e0-bas&rsquo;, lointaine \u00bb, mart\u00e8le Pascal Blanchard. \u00ab Elle est au c\u0153ur du r\u00e9cit fran\u00e7ais, pas \u00e0 sa p\u00e9riph\u00e9rie. \u00bb<\/p>\n<h2>Les h\u00e9ritages contemporains<\/h2>\n<p>Les discriminations persistent. Les \u00e9tudes de l&rsquo;INED le d\u00e9montrent : un jeune Antillais ou Africain, quelle que soit sa g\u00e9n\u00e9ration, subit les m\u00eames discriminations fond\u00e9es sur la couleur de peau. L&rsquo;assimilation ne change rien.<\/p>\n<p>L&rsquo;espace public refl\u00e8te ces tensions m\u00e9morielles. En mai 2020, des statues de Sch\u0153lcher ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9boulonn\u00e9es en Martinique. En m\u00e9tropole, celles de Colbert et Gallieni ont \u00e9t\u00e9 vis\u00e9es. Parall\u00e8lement, dans le sud de la France, se multiplient les plaques comm\u00e9moratives c\u00e9l\u00e9brant l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise et l&rsquo;OAS. \u00ab Il y a une guerre de m\u00e9moire \u00bb, reconna\u00eet l&rsquo;historien. \u00ab Et on serait \u00e9tonn\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas une guerre de m\u00e9moire. \u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<h2><em>\u00ab Il y a 27 mus\u00e9es du sabot en France, aucun mus\u00e9e d&rsquo;histoire coloniale \u00bb<\/em><\/h2>\n<\/blockquote>\n<h2>Le d\u00e9fi de la connaissance<\/h2>\n<h3>Pour Pascal Blanchard, les excuses ne sont qu&rsquo;un d\u00e9but. \u00ab Elles accompagnent un processus de connaissance et de reconnaissance. \u00bb L&rsquo;essentiel r\u00e9side dans la transmission d&rsquo;un savoir historique complexe, sans simplification ni caricature.<\/h3>\n<h3>Lors de la conf\u00e9rence, une Martiniquaise a rappel\u00e9 : \u00ab Pour nous, peuples ayant \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9s, la colonisation est un crime contre l&rsquo;humanit\u00e9. \u00bb L&rsquo;historien maintient sa nuance : \u00ab Il y a des crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9 dans la colonisation. Mais la colonisation en tant que syst\u00e8me, je ne pense pas. \u00bb Cette tension r\u00e9v\u00e8le le d\u00e9fi : accepter des m\u00e9moires diff\u00e9rentes tout en construisant un socle commun de connaissances.<\/h3>\n<h3>\u00ab Nous vivons les \u00e9claboussures imp\u00e9riales \u00bb, conclut Pascal Blanchard. \u00ab Et les \u00e9claboussures imp\u00e9riales, \u00e7a dure un peu par d\u00e9finition. \u00bb Un travail de longue haleine qui commence \u00e0 peine, pour transformer la connaissance en reconnaissance.<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><iframe title=\"Histoire et m\u00e9moires coloniales : comprendre les h\u00e9ritages qui traversent la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise\" width=\"755\" height=\"425\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/2nrcGHiUY6g?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab L&rsquo;histoire coloniale est le dernier grand tabou du r\u00e9cit national fran\u00e7ais \u00bb Le 18 d\u00e9cembre 2025, l&rsquo;historien Pascal Blanchard \u00e9tait invit\u00e9 par l&rsquo;association Tous Cr\u00e9oles pour une conf\u00e9rence sur les m\u00e9moires coloniales. 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