{"id":87118,"date":"2026-02-20T15:10:16","date_gmt":"2026-02-20T19:10:16","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=87118"},"modified":"2026-02-20T15:10:16","modified_gmt":"2026-02-20T19:10:16","slug":"les-boomers-issus-de-la-departementalisation-ont-ils-remplis-ou-trahis-leur-mission-une-tribune-de-jm-nol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/les-boomers-issus-de-la-departementalisation-ont-ils-remplis-ou-trahis-leur-mission-une-tribune-de-jm-nol\/","title":{"rendered":"Have the \"boomers\" who emerged from the departmentalization process fulfilled or betrayed their mission? An op-ed by JM.NOL"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Une g\u00e9n\u00e9ration mise en accusation<\/span><\/h4>\n<\/blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re , les boomers ont \u00e9t\u00e9 point\u00e9s du doigt par celui qui \u00e9tait alors 1er ministre, Fran\u00e7ois Bayrou, qui les accusait d&rsquo;avoir creus\u00e9 la dette et contribu\u00e9 \u00e0 pauperiser les g\u00e9n\u00e9rations futures .<\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Les boomers, ce sont ces Fran\u00e7ais n\u00e9s apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, jusqu&rsquo;au milieu des ann\u00e9es 1960, et qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la dynamique des 30 glorieuses.<\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Ils ont aujourd&rsquo;hui entre 62 et 80 ans, et repr\u00e9sentent 21,8 % de la population en 2025.<\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Ces seniors sont-ils des privil\u00e9gi\u00e9s ? Les jeunes g\u00e9n\u00e9rations sont-elles les victimes directes de boomers trop d\u00e9pensiers et vautr\u00e9s dans leur confort ?<\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">C&rsquo;est le moment d&rsquo;entrer dans la controverse du d\u00e9bat sur la mission des boomers des Antilles-\u00a0 Guyane qui se caract\u00e9rise en des termes tr\u00e8s diff\u00e9rents de ceux de la France hexagonale.<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">La r\u00e9f\u00e9rence fanonienne et la question de la mission historique<\/span><\/h4>\n<\/blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">En 1961, dans Les Damn\u00e9s de la terre, Frantz Fanon proph\u00e9tisait les luttes de lib\u00e9ration des peuples colonis\u00e9s et th\u00e9orisait la violence du colonis\u00e9 comme r\u00e9ponse \u00e0 la violence structurelle du colonisateur. Son analyse, radicale et visionnaire, a irrigu\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res de militants \u00e0 travers le monde.<\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Frantz Fanon a \u00e9crit : \u00ab Chaque g\u00e9n\u00e9ration doit, dans une relative opacit\u00e9, affronter sa mission : la remplir ou la trahir. \u00bb C\u2019est l\u2019une des phrases les plus connues \u00e9crites par Frantz Fanon, dans son testament intellectuel posthume, \u00ab\u00a0Les Damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb. Un livre dans lequel il proph\u00e9tise, en 1961, les luttes de lib\u00e9ration des pays sous domination. Il y explique aussi en quoi la violence du colonis\u00e9 est l\u00e9gitime\u00a0 envers le colonisateur. Dans l&rsquo;esprit de Fanon, cette mission a affront\u00e9 dans une relative opacit\u00e9 devait \u00eatre tr\u00e8s certainement la d\u00e9colonisation des Antilles- Guyane. Mais \u00e9tait &#8211; ce vraiment la mission des boomers issus de l&rsquo;\u00e8re de la d\u00e9partementalisation ?<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">En l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses et avec du recul, rien ne permet de l&rsquo;indiquer ,\u00a0 car la v\u00e9ritable mission des boomers \u00e9tait de construire un projet de vie et faire \u00e9merger une classe moyenne pour b\u00e2tir un pays moderne d\u00e9barrass\u00e9 de la mis\u00e8re et des affres de l&rsquo;esclavage et de la colonisation. <\/span><\/h4>\n<\/blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\"><br \/>\nEn fait, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment central qui fait d\u00e9faut dans la pens\u00e9e nationaliste de Fanon \u00e9tait la construction d&rsquo;une classe moyenne. Sans classe moyenne aucune possibilit\u00e9 de souverainet\u00e9 politique et surtout \u00e9conomique. Mais transpos\u00e9e aux r\u00e9alit\u00e9s sp\u00e9cifiques des Antilles et de la Guyane fran\u00e7aises, une question demeure, lancinante : la mission historique des boomers issus de la d\u00e9partementalisation \u00e9tait-elle v\u00e9ritablement celle d\u2019une d\u00e9colonisation politique au sens classique du terme, ou bien relevait-elle d\u2019un autre imp\u00e9ratif, plus pragmatique, plus social, plus silencieux ?<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">De l\u2019\u00e9mancipation sociale \u00e0 la construction d\u2019une classe moyenne<\/span><\/h4>\n<\/blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Pour comprendre, il faut remonter le fil des g\u00e9n\u00e9rations. Les a\u00efeux esclaves ont arrach\u00e9 leur libert\u00e9. Leurs descendants ont conquis l\u2019\u00e9cole la\u00efque et publique face \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 conjointe du clerg\u00e9 et des grands propri\u00e9taires. La g\u00e9n\u00e9ration suivante a revendiqu\u00e9 l\u2019assimilation r\u00e9publicaine et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, parfois au prix du sang vers\u00e9 dans les guerres fran\u00e7aises. Puis vint l\u2019\u00e8re de la d\u00e9partementalisation en 1946, port\u00e9e notamment par Aim\u00e9 C\u00e9saire, qui promettait l\u2019\u00e9galit\u00e9 juridique et sociale avec l\u2019Hexagone. Chaque \u00e9poque a eu son combat. Chaque g\u00e9n\u00e9ration sa mission.<\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Celle des boomers antillo-guyanais, n\u00e9s dans le sillage de la d\u00e9partementalisation, a grandi dans des soci\u00e9t\u00e9s encore marqu\u00e9es par la mis\u00e8re rurale, les maladies tropicales, l\u2019insuffisance des infrastructures, le ch\u00f4mage end\u00e9mique et les s\u00e9quelles psychologiques de l\u2019esclavage et de la colonisation. Leur priorit\u00e9 ne fut pas d\u2019abord la souverainet\u00e9 politique formelle, mais la conqu\u00eate concr\u00e8te de l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale : acc\u00e8s aux soins, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 la fonction publique, \u00e0 la protection sociale, au logement. Ils ont investi massivement l\u2019\u00e9cole r\u00e9publicaine, sont devenus enseignants, avocats, m\u00e9decins , infirmiers, cadres administratifs, ing\u00e9nieurs, agents territoriaux. Ils ont quitt\u00e9 les campagnes pour les villes, les plantations pour les bureaux. Ils ont constitu\u00e9, patiemment, ce qui faisait structurellement d\u00e9faut dans l\u2019analyse fanonienne appliqu\u00e9e aux Antilles :\u00a0 une classe moyenne.<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Or, sans classe moyenne, aucune souverainet\u00e9 r\u00e9elle n\u2019est possible. <\/span><\/h4>\n<\/blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">L\u2019ind\u00e9pendance politique sans base \u00e9conomique solide n\u2019est qu\u2019un drapeau sans assise. En cela, les boomers ont rempli une mission historique d\u00e9cisive : \u00e9radiquer la mis\u00e8re de masse, faire \u00e9merger un salariat stable, consolider une petite propri\u00e9t\u00e9 immobili\u00e8re, inscrire leurs enfants dans des trajectoires de mobilit\u00e9 sociale ascendante. Ils ont transform\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s de plantation en soci\u00e9t\u00e9s de consommation relativement int\u00e9gr\u00e9es au mod\u00e8le fran\u00e7ais. Ils ont stabilis\u00e9 le corps social. Ils ont donn\u00e9 \u00e0 leurs enfants un horizon beaucoup plus large que celui qu\u2019ils avaient eux-m\u00eames connu.<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Une transformation \u00e9conomique inachev\u00e9e<\/span><\/h4>\n<\/blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que surgit l\u2019ambivalence. Car si la g\u00e9n\u00e9ration de la d\u00e9partementalisation a r\u00e9ussi l\u2019int\u00e9gration sociale, elle n\u2019a pas achev\u00e9 la transformation \u00e9conomique structurelle. L\u2019\u00e9conomie des Antilles-Guyane demeure largement d\u00e9pendante des transferts publics, de la consommation import\u00e9e, du secteur tertiaire administr\u00e9. La classe moyenne cr\u00e9\u00e9e s\u2019est majoritairement appuy\u00e9e sur l\u2019emploi public et parapublic plut\u00f4t que sur un tissu productif endog\u00e8ne. L\u2019industrialisation locale est rest\u00e9e embryonnaire. L\u2019investissement productif priv\u00e9 est demeur\u00e9 insuffisant. L\u2019\u00e9conomie de production, capable de g\u00e9n\u00e9rer des emplois qualifi\u00e9s pour les g\u00e9n\u00e9rations suivantes, n\u2019a pas \u00e9merg\u00e9 \u00e0 la hauteur des enjeux.<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Ce d\u00e9ficit structurel se paie aujourd\u2019hui au prix fort : exil massif des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s ou non vers l\u2019Hexagone, ch\u00f4mage persistant, d\u00e9pendance accrue aux importations, vuln\u00e9rabilit\u00e9 face \u00e0 la vie ch\u00e8re et aux crises budg\u00e9taires fran\u00e7aises. <\/span><\/h4>\n<\/blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">La classe moyenne, conqu\u00eate majeure des boomers, se trouve elle-m\u00eame fragilis\u00e9e par la stagnation \u00e9conomique et l\u2019alourdissement des charges financi\u00e8res publiques. Le r\u00eave d\u2019ascension sociale pour tous se heurte \u00e0 l\u2019\u00e9troitesse du march\u00e9 local et \u00e0 l\u2019absence d\u2019un appareil productif diversifi\u00e9.<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Remplir ou parachever la mission ?<\/span><\/h4>\n<\/blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Faut-il pour autant parler de trahison ? Le terme est excessif si l\u2019on consid\u00e8re les contraintes historiques. Les boomers ont agi dans un contexte de rattrapage social urgent, dans des territoires structurellement d\u00e9pendants, o\u00f9 l\u2019\u00c9tat central restait l\u2019acteur \u00e9conomique dominant. Ils ont prioris\u00e9 la s\u00e9curit\u00e9 sociale sur le risque entrepreneurial, la stabilit\u00e9 politique sur l\u2019aventure statutaire . Leur horizon \u00e9tait celui de la dignit\u00e9 politique retrouv\u00e9e, pas celui d\u2019une r\u00e9volution \u00e9conomique. Ils ont consolid\u00e9 l\u2019\u00e9difice social avant d\u2019envisager son autonomie productive.<\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">N\u00e9anmoins, l\u2019histoire n\u2019est jamais fig\u00e9e. Une mission peut \u00eatre remplie \u00e0 un stade et inachev\u00e9e \u00e0 un autre. La g\u00e9n\u00e9ration issue de la d\u00e9partementalisation a accompli l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9galisation sociale et de la constitution d\u2019une classe moyenne. Elle n\u2019a pas, ou pas suffisamment, engag\u00e9 la seconde phase : celle de la construction d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique productif, capable de transformer cette classe moyenne en moteur d\u2019investissement, d\u2019innovation et d\u2019industrialisation. <\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">L\u2019ali\u00e9nation d\u00e9nonc\u00e9e par Fanon ne se r\u00e9duit pas \u00e0 l&rsquo;assimilation ou la domination politique ; elle peut aussi prendre la forme d\u2019une d\u00e9pendance \u00e9conomique structurelle.<\/span><\/h4>\n<\/blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les finances publiques fran\u00e7aises se tendent et o\u00f9 les transferts pourraient se contracter, la question n\u2019est plus th\u00e9orique. Elle est existentielle. Les boomers antillo-guyanais, d\u00e9sormais d\u00e9tenteurs d\u2019une grande partie du patrimoine, de la possession de l&rsquo;\u00e9pargne, l\u2019exp\u00e9rience administrative et des leviers institutionnels, ont encore un r\u00f4le \u00e0 jouer. Non plus dans une relative opacit\u00e9 id\u00e9ologique, mais dans la clart\u00e9 d\u2019un projet collectif assum\u00e9 : favoriser l\u2019investissement local, soutenir l\u2019industrialisation adapt\u00e9e aux r\u00e9alit\u00e9s insulaires et amazoniennes, structurer des fili\u00e8res agroalimentaires, \u00e9nerg\u00e9tiques, num\u00e9riques, capables de cr\u00e9er des emplois durables.<\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">La mission d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration ne se mesure pas uniquement \u00e0 l\u2019aune de ses slogans, mais \u00e0 l\u2019aune des structures qu\u2019elle laisse en h\u00e9ritage. Les boomers des Antilles-Guyane ont l\u00e9gu\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 plus \u00e9duqu\u00e9e, plus \u00e9galitaire, plus stable que celle qu\u2019ils ont trouv\u00e9e. Il leur reste peut-\u00eatre \u00e0 parachever l\u2019ouvrage en contribuant, aux c\u00f4t\u00e9s des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, \u00e0 la mutation vers une \u00e9conomie productive endog\u00e8ne. L\u2019histoire leur reconna\u00eetra d\u2019avoir b\u00e2ti la classe moyenne.<\/span><\/h4>\n<blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\"> Elle jugera leur lucidit\u00e9 \u00e0 transformer cette conqu\u00eate sociale en fondation d\u2019une souverainet\u00e9 \u00e9conomique r\u00e9elle \u00e0 partir de la construction d&rsquo;un v\u00e9ritable plan de d\u00e9veloppement surtout \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de la r\u00e9volution technologique de l&rsquo;intelligence artificielle .<\/span><\/h4>\n<\/blockquote>\n<h4><span style=\"font-weight: normal\">Jean Marie Nol \u00e9conomiste et juriste en droit public<\/span><\/h4>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Une g\u00e9n\u00e9ration mise en accusation L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re , les boomers ont \u00e9t\u00e9 point\u00e9s du doigt par celui qui \u00e9tait alors 1er ministre, Fran\u00e7ois Bayrou, qui les accusait d&rsquo;avoir creus\u00e9 la dette et contribu\u00e9 \u00e0 pauperiser les g\u00e9n\u00e9rations futures . 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