{"id":91529,"date":"2026-06-12T13:16:57","date_gmt":"2026-06-12T17:16:57","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=91529"},"modified":"2026-06-12T13:16:57","modified_gmt":"2026-06-12T17:16:57","slug":"hydrocarbures-en-guyane-le-rejet-de-la-proposition-de-loi-ravive-la-fracture-entre-paris-et-les-elus-guyanais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/hydrocarbures-en-guyane-le-rejet-de-la-proposition-de-loi-ravive-la-fracture-entre-paris-et-les-elus-guyanais\/","title":{"rendered":"Hydrocarbons in French Guiana: Rejection of the Bill Reignites the Rift Between Paris and French Guiana\u2019s Elected Officials"},"content":{"rendered":"<h3>Le 11 juin 2026, l\u2019Assembl\u00e9e nationale a rejet\u00e9 la proposition de loi visant \u00e0 lever, dans les territoires d\u2019outre-mer, l\u2019interdiction de recherche, d\u2019exploration et d\u2019exploitation des hydrocarbures. Port\u00e9 au d\u00e9part par le s\u00e9nateur guyanais Georges Patient, adopt\u00e9 par le S\u00e9nat en janvier, puis d\u00e9fendu \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e par le d\u00e9put\u00e9 Jean-Victor Castor, le texte \u00e9tait particuli\u00e8rement attendu en Guyane. Son rejet, \u00e0 quelques voix pr\u00e8s, a imm\u00e9diatement pris une dimension politique plus large que la seule question p\u00e9troli\u00e8re. Pour les \u00e9lus guyanais, il ne s\u2019agit pas seulement de p\u00e9trole ou de gaz, mais du droit du territoire \u00e0 d\u00e9cider de ses propres leviers de d\u00e9veloppement.<\/h3>\n<h2>Un vote serr\u00e9, mais un rejet net<\/h2>\n<figure id=\"attachment_91531\" aria-describedby=\"caption-attachment-91531\" style=\"width: 166px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-91531\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/licensed-image.webp\" alt=\"\" width=\"166\" height=\"166\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/licensed-image.webp 554w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/licensed-image-150x150.webp 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/licensed-image-450x450.webp 450w\" sizes=\"(max-width: 166px) 100vw, 166px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-91531\" class=\"wp-caption-text\">Jean-Victor CASTOR<\/figcaption><\/figure>\n<p>La proposition de loi a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale lors de son examen en premi\u00e8re lecture. Le scrutin sur l\u2019article central du texte s\u2019est conclu par 74 voix contre et 64 voix pour, avec une abstention. Ce r\u00e9sultat a suffi \u00e0 faire tomber le dispositif, alors m\u00eame que le S\u00e9nat l\u2019avait adopt\u00e9 quelques mois plus t\u00f4t \u00e0 une large majorit\u00e9.<\/p>\n<p>Le texte visait \u00e0 revenir, pour les territoires ultramarins concern\u00e9s, sur les effets de la loi du 30 d\u00e9cembre 2017, dite loi Hulot, qui a organis\u00e9 la fin progressive de la recherche et de l\u2019exploitation des hydrocarbures en France. La proposition ne demandait pas une relance g\u00e9n\u00e9rale et imm\u00e9diate de l\u2019exploitation p\u00e9troli\u00e8re. Elle cherchait d\u2019abord \u00e0 rouvrir la possibilit\u00e9 juridique de rechercher, d\u2019explorer et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, d\u2019exploiter des ressources hydrocarbures dans les territoires d\u2019outre-mer, notamment en Guyane, \u00e0 Mayotte et \u00e0 Saint-Pierre-et-Miquelon.<\/p>\n<figure id=\"attachment_91530\" aria-describedby=\"caption-attachment-91530\" style=\"width: 177px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-91530\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/images-1.jpg\" alt=\"\" width=\"177\" height=\"177\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/images-1.jpg 225w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/images-1-150x150.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 177px) 100vw, 177px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-91530\" class=\"wp-caption-text\">Georges PATIENT<\/figcaption><\/figure>\n<p>En pratique, le d\u00e9bat s\u2019est rapidement concentr\u00e9 sur la Guyane. Le territoire est entour\u00e9 de voisins sud-am\u00e9ricains, Guyana, Suriname, Br\u00e9sil, qui ont engag\u00e9 ou renforc\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es des strat\u00e9gies d\u2019exploration et d\u2019exploitation offshore. Pour les \u00e9lus guyanais, cette situation cr\u00e9e un sentiment d\u2019injustice. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la France continue de consommer et d\u2019importer des hydrocarbures. De l\u2019autre, elle interdit \u00e0 la Guyane d\u2019examiner s\u00e9rieusement son propre potentiel.<\/p>\n<h2>La loi Hulot au c\u0153ur du d\u00e9bat<\/h2>\n<p>La loi Hulot de 2017 avait fait de la France l\u2019un des premiers pays \u00e0 inscrire dans la loi l\u2019arr\u00eat progressif de la recherche et de l\u2019exploitation des hydrocarbures. Cette orientation r\u00e9pondait \u00e0 un objectif climatique : laisser les ressources fossiles dans le sous-sol et afficher une trajectoire coh\u00e9rente avec l\u2019Accord de Paris.<\/p>\n<p>Mais pour les partisans de la proposition de loi Patient, l\u2019application uniforme de ce principe aux outre-mer pose probl\u00e8me. Ils estiment que les territoires ultramarins n\u2019ont ni le m\u00eame niveau de d\u00e9veloppement, ni la m\u00eame histoire industrielle, ni les m\u00eames moyens budg\u00e9taires que l\u2019Hexagone. Ils font aussi valoir que certains territoires disposent de comp\u00e9tences ou de sp\u00e9cificit\u00e9s qui devraient permettre une approche diff\u00e9renci\u00e9e.<\/p>\n<p>La Guyane cristallise cette contradiction. Le rapport parlementaire rappelle que la comp\u00e9tence des r\u00e9gions d\u2019outre-mer en mati\u00e8re de titres miniers en mer a \u00e9t\u00e9 reconnue tardivement, apr\u00e8s de longues ann\u00e9es d\u2019attente. Mais au moment m\u00eame o\u00f9 cette comp\u00e9tence devenait r\u00e9ellement applicable, la loi Hulot est venue interdire la d\u00e9livrance de nouveaux titres en mati\u00e8re d\u2019hydrocarbures. Pour de nombreux responsables guyanais, cette s\u00e9quence a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme une d\u00e9possession : la comp\u00e9tence est reconnue, mais l\u2019objet m\u00eame de cette comp\u00e9tence est rendu impossible.<\/p>\n<h2>La Guyane, entre potentiel suppos\u00e9 et frustrations anciennes<\/h2>\n<p>La Guyane a d\u00e9j\u00e0 connu des campagnes d\u2019exploration p\u00e9troli\u00e8re, notamment au large de ses c\u00f4tes. Le permis \u00ab Guyane Maritime \u00bb avait nourri de fortes attentes au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, notamment apr\u00e8s l\u2019identification d\u2019indices prometteurs. Mais les forages suivants n\u2019ont pas d\u00e9bouch\u00e9 sur une exploitation jug\u00e9e suffisamment viable par les op\u00e9rateurs de l\u2019\u00e9poque, et Total a finalement abandonn\u00e9 le projet.<\/p>\n<p>Pour les opposants au texte, cet historique prouve que les promesses de richesse sont fragiles. Ils rappellent que l\u2019existence de ressources exploitables reste \u00e0 d\u00e9montrer, que les investissements seraient longs et co\u00fbteux, et que les retomb\u00e9es \u00e9conomiques ne seraient pas garanties pour la population locale.<\/p>\n<p>Les partisans du texte r\u00e9pondent que l\u2019absence de certitude ne justifie pas une interdiction de principe. Pour eux, la question devrait \u00eatre tranch\u00e9e par des \u00e9tudes, des recherches encadr\u00e9es, des choix locaux et des garanties environnementales, et non par une impossibilit\u00e9 fix\u00e9e \u00e0 Paris. Jean-Victor Castor a r\u00e9sum\u00e9 cette logique durant les d\u00e9bats : si l\u2019on affirme qu\u2019il n\u2019y a rien, pourquoi interdire de chercher ? Et s\u2019il y a quelque chose, pourquoi emp\u00eacher la Guyane de d\u00e9cider de son usage ?<\/p>\n<h2>Le front commun des \u00e9lus guyanais<\/h2>\n<p>Avant le vote, les \u00e9lus guyanais avaient cherch\u00e9 \u00e0 afficher leur unit\u00e9. La Collectivit\u00e9 territoriale de Guyane, des parlementaires, des maires et des repr\u00e9sentants locaux ont soutenu la proposition de loi. Une motion a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e pour d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e que la Guyane devait pouvoir mobiliser tous les leviers n\u00e9cessaires \u00e0 son d\u00e9veloppement, dans un cadre ma\u00eetris\u00e9.<\/p>\n<p>Cette mobilisation ne signifie pas que tous les Guyanais seraient favorables \u00e0 une exploitation p\u00e9troli\u00e8re sans conditions. Le d\u00e9bat local reste complexe. Mais l\u2019argument central des \u00e9lus favorables au texte est celui du choix : la Guyane doit pouvoir \u00e9valuer, d\u00e9cider et n\u00e9gocier elle-m\u00eame les conditions d\u2019une \u00e9ventuelle exploration ou exploitation.<\/p>\n<p>Cette position s\u2019inscrit dans un contexte social et \u00e9conomique lourd. Le territoire fait face \u00e0 de fortes in\u00e9galit\u00e9s, \u00e0 des besoins consid\u00e9rables en infrastructures, \u00e0 des difficult\u00e9s de d\u00e9senclavement, \u00e0 une pression d\u00e9mographique importante, \u00e0 des attentes en mati\u00e8re de sant\u00e9, d\u2019\u00e9ducation, de logement, de routes, de ports, de formation et d\u2019emplois. Les d\u00e9fenseurs du texte consid\u00e8rent que des ressources nouvelles, si elles existaient et si elles \u00e9taient exploit\u00e9es dans un cadre strict, pourraient contribuer \u00e0 financer une partie de ces besoins.<\/p>\n<h2>Les arguments des d\u00e9fenseurs : d\u00e9veloppement, souverainet\u00e9, coh\u00e9rence<\/h2>\n<p>Les partisans de la proposition de loi ont d\u00e9velopp\u00e9 trois arguments principaux.<\/p>\n<p>Le premier est \u00e9conomique. Une \u00e9ventuelle exploitation pourrait g\u00e9n\u00e9rer des recettes fiscales, des redevances, des emplois directs et indirects, des infrastructures et une dynamique industrielle. Les exemples du Guyana et du Suriname sont r\u00e9guli\u00e8rement cit\u00e9s, m\u00eame si leurs mod\u00e8les font aussi d\u00e9bat. Pour les \u00e9lus guyanais, il est difficilement acceptable de voir des voisins b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un boom p\u00e9trolier pendant que la Guyane reste juridiquement emp\u00each\u00e9e de rechercher ses propres ressources.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me argument est celui de la souverainet\u00e9. La France importe l\u2019essentiel des hydrocarbures qu\u2019elle consomme. Les partisans du texte estiment qu\u2019il est incoh\u00e9rent d\u2019interdire toute production nationale suppl\u00e9mentaire tout en continuant \u00e0 acheter du p\u00e9trole et du gaz \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, parfois \u00e0 des pays dont les normes sociales ou environnementales sont moins exigeantes.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me argument est politique. Les \u00e9lus ultramarins favorables au texte d\u00e9noncent une forme de d\u00e9cision centralis\u00e9e, o\u00f9 des parlementaires de l\u2019Hexagone imposeraient \u00e0 la Guyane une trajectoire de d\u00e9veloppement sans en subir directement les cons\u00e9quences sociales. C\u2019est sur ce point que le d\u00e9bat a \u00e9t\u00e9 le plus vif. Jean-Victor Castor et Davy Rimane ont d\u00e9nonc\u00e9 une posture qu\u2019ils jugent paternaliste. Apr\u00e8s le rejet en commission, ils avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 une rupture avec une partie de la gauche fran\u00e7aise. Apr\u00e8s le rejet en s\u00e9ance, la col\u00e8re s\u2019est encore accentu\u00e9e.<\/p>\n<h2>Les arguments des opposants : climat, biodiversit\u00e9, mirage \u00e9conomique<\/h2>\n<p>Les opposants au texte ont d\u00e9fendu une position inverse. Pour eux, rouvrir la porte aux hydrocarbures en outre-mer serait un retour en arri\u00e8re climatique. Ils consid\u00e8rent que les territoires ultramarins sont parmi les plus expos\u00e9s aux cons\u00e9quences du r\u00e9chauffement : mont\u00e9e des eaux, recul du trait de c\u00f4te, fragilisation des \u00e9cosyst\u00e8mes, pression sur les littoraux, risques cycloniques, atteintes \u00e0 la biodiversit\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00e9cologistes ont ainsi d\u00e9nonc\u00e9 une contradiction majeure : pr\u00e9tendre d\u00e9fendre les outre-mer tout en relan\u00e7ant des activit\u00e9s fossiles qui aggravent les menaces pesant d\u00e9j\u00e0 sur eux. Ils ont aussi rappel\u00e9 que l\u2019exploitation offshore comporte des risques environnementaux importants, particuli\u00e8rement dans des zones riches en biodiversit\u00e9.<\/p>\n<p>Le gouvernement s\u2019est \u00e9galement oppos\u00e9 au texte. La position d\u00e9fendue dans l\u2019h\u00e9micycle a consist\u00e9 \u00e0 dire que le p\u00e9trole n\u2019\u00e9tait pas la r\u00e9ponse au d\u00e9veloppement \u00e9conomique des outre-mer. L\u2019ex\u00e9cutif a plut\u00f4t mis en avant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les \u00e9nergies renouvelables, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9carbon\u00e9e, le solaire, la biomasse, l\u2019hydrog\u00e8ne ou encore une fili\u00e8re mini\u00e8re responsable.<\/p>\n<p>Autre point de d\u00e9saccord : la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique des gisements. Les opposants rappellent que les pr\u00e9c\u00e9dentes campagnes d\u2019exploration n\u2019ont pas abouti \u00e0 une exploitation. Selon eux, faire croire \u00e0 une manne p\u00e9troli\u00e8re serait prendre le risque de nourrir de faux espoirs, alors que les investissements publics devraient plut\u00f4t \u00eatre orient\u00e9s vers des fili\u00e8res durables et des emplois locaux non d\u00e9localisables.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-91533\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/d46a5588-f29f-4914-85e4-ae2f29eff247.png\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/d46a5588-f29f-4914-85e4-ae2f29eff247.png 800w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/d46a5588-f29f-4914-85e4-ae2f29eff247-768x432.png 768w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/d46a5588-f29f-4914-85e4-ae2f29eff247-150x84.png 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/d46a5588-f29f-4914-85e4-ae2f29eff247-450x253.png 450w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<h2>Un d\u00e9bat qui d\u00e9passe la seule question p\u00e9troli\u00e8re<\/h2>\n<p>Ce vote ne cl\u00f4t pas le d\u00e9bat, il l\u2019ouvre davantage. Car derri\u00e8re la question des hydrocarbures se dessine une interrogation plus profonde : qui d\u00e9cide du mod\u00e8le de d\u00e9veloppement de la Guyane ?<\/p>\n<p>Pour les \u00e9lus guyanais favorables au texte, le rejet du 11 juin confirme une difficult\u00e9 ancienne de la R\u00e9publique \u00e0 adapter ses politiques aux r\u00e9alit\u00e9s ultramarines. La Guyane est souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme un territoire \u00e0 prot\u00e9ger pour sa for\u00eat, sa biodiversit\u00e9, son r\u00f4le \u00e9cologique, sa richesse naturelle. Mais les \u00e9lus rappellent que cette mission de protection ne peut pas se faire sans contreparties suffisantes, sans investissements massifs et sans moyens de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Le rapport parlementaire insiste d\u2019ailleurs sur ce paradoxe : les territoires qui prot\u00e8gent de vastes espaces naturels et des puits de carbone se voient demander des efforts importants, alors que les financements et compensations annonc\u00e9s ne sont pas toujours \u00e0 la hauteur des besoins. Dans cette lecture, l\u2019interdiction des hydrocarbures devient le symbole d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre : la Guyane doit pr\u00e9server, mais ne peut pas valoriser ; elle doit contribuer \u00e0 l\u2019ambition \u00e9cologique nationale, mais reste confront\u00e9e \u00e0 des retards structurels.<\/p>\n<h2>Une fracture politique avec une partie de la gauche<\/h2>\n<p>Le rejet du texte a aussi produit une fracture politique. La proposition \u00e9tait port\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e par des d\u00e9put\u00e9s du groupe GDR, compos\u00e9 notamment de communistes et d\u2019\u00e9lus ultramarins. Mais elle a \u00e9t\u00e9 combattue par une partie importante de la gauche, notamment les \u00e9cologistes, La France insoumise et les socialistes, \u00e0 l\u2019exception de certains \u00e9lus ultramarins.<\/p>\n<p>Cette opposition a profond\u00e9ment irrit\u00e9 Jean-Victor Castor et Davy Rimane. Pour eux, une partie de la gauche hexagonale d\u00e9fend les peuples lorsqu\u2019il s\u2019agit de principes g\u00e9n\u00e9raux, mais refuse d\u2019entendre les \u00e9lus locaux lorsqu\u2019ils r\u00e9clament des outils concrets de d\u00e9veloppement. La tension a donc pris une dimension id\u00e9ologique : \u00e9cologie nationale contre d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, imp\u00e9ratif climatique contre justice territoriale, unit\u00e9 r\u00e9publicaine contre diff\u00e9renciation ultramarine.<\/p>\n<p>Le sujet risque de laisser des traces. En Guyane, ce vote peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une nouvelle illustration d\u2019un rapport de force d\u00e9favorable avec Paris. Dans l\u2019Hexagone, il peut \u00eatre lu comme la confirmation d\u2019un refus de rouvrir la parenth\u00e8se fossile, m\u00eame au nom de la diff\u00e9renciation ultramarine.<\/p>\n<h2>Que change concr\u00e8tement le rejet ?<\/h2>\n<p>Juridiquement, le rejet maintient le cadre actuel. La loi Hulot continue de s\u2019appliquer aux territoires concern\u00e9s. La Guyane ne peut donc pas d\u00e9livrer de nouveaux titres de recherche, d\u2019exploration ou d\u2019exploitation d\u2019hydrocarbures en mer dans le cadre vis\u00e9 par la proposition de loi. Les perspectives de relance p\u00e9troli\u00e8re ou gazi\u00e8re restent bloqu\u00e9es, sauf nouvelle initiative l\u00e9gislative.<\/p>\n<p>Politiquement, en revanche, le dossier ne dispara\u00eet pas. Le vote a \u00e9t\u00e9 serr\u00e9. Le texte avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 au S\u00e9nat. Il a re\u00e7u le soutien d\u2019une coalition inhabituelle m\u00ealant des \u00e9lus ultramarins, une partie de la droite, du centre, du RN, de LIOT et d\u2019Horizons. Il a aussi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des clivages profonds \u00e0 gauche et au sein du bloc gouvernemental.<\/p>\n<p>En Guyane, la mobilisation des \u00e9lus devrait se poursuivre. La question pourrait r\u00e9appara\u00eetre sous d\u2019autres formes : demande de diff\u00e9renciation territoriale, r\u00e9forme du cadre minier, d\u00e9bat sur l\u2019autonomie \u00e9nerg\u00e9tique, discussion sur les compensations li\u00e9es \u00e0 la protection de la biodiversit\u00e9, ou encore revendication plus large d\u2019un pouvoir local renforc\u00e9.<\/p>\n<h2>Un signal d\u2019alarme venu de Guyane<\/h2>\n<p>Le rejet de la proposition de loi sur les hydrocarbures ne peut pas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 un vote technique. Il est devenu un signal d\u2019alarme politique. Pour ses opposants, l\u2019Assembl\u00e9e a \u00e9vit\u00e9 une r\u00e9gression climatique et prot\u00e9g\u00e9 la coh\u00e9rence de la trajectoire fran\u00e7aise de sortie des \u00e9nergies fossiles. Pour ses d\u00e9fenseurs, elle a ferm\u00e9 une porte de plus \u00e0 un territoire qui demande depuis longtemps les moyens de construire son avenir.<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 politique se situe sans doute dans cette tension. La Guyane ne peut \u00eatre regard\u00e9e uniquement comme une r\u00e9serve \u00e9cologique nationale. Elle est aussi un territoire habit\u00e9, jeune, confront\u00e9 \u00e0 des besoins immenses, \u00e0 des retards d\u2019infrastructures et \u00e0 une demande de dignit\u00e9 \u00e9conomique. Mais l\u2019exploitation \u00e9ventuelle d\u2019hydrocarbures ne peut pas non plus \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e comme une solution simple, imm\u00e9diate et sans risque.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9bat qui s\u2019ouvre est donc plus exigeant que le slogan pour ou contre le p\u00e9trole. Il oblige \u00e0 poser les vraies questions : comment financer le d\u00e9veloppement guyanais ? Qui d\u00e9cide des ressources du territoire ? Quelles garanties environnementales seraient n\u00e9cessaires ? Quelle part des retomb\u00e9es reviendrait r\u00e9ellement \u00e0 la population ? Et surtout, comment \u00e9viter que la transition \u00e9cologique soit per\u00e7ue, en Guyane, comme une contrainte impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur plut\u00f4t que comme un projet partag\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le vote du 11 juin 2026 a rejet\u00e9 une proposition de loi. Il n\u2019a pas rejet\u00e9 la question guyanaise. Au contraire, il l\u2019a rendue plus visible encore.<\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 11 juin 2026, l\u2019Assembl\u00e9e nationale a rejet\u00e9 la proposition de loi visant \u00e0 lever, dans les territoires d\u2019outre-mer, l\u2019interdiction de recherche, d\u2019exploration et d\u2019exploitation des hydrocarbures. Port\u00e9 au d\u00e9part par le s\u00e9nateur guyanais Georges Patient, adopt\u00e9 par le S\u00e9nat en janvier, puis d\u00e9fendu \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e par le d\u00e9put\u00e9 Jean-Victor Castor, le texte \u00e9tait particuli\u00e8rement<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":91532,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":"","rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-91529","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-actualite"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91529","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=91529"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91529\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":91535,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91529\/revisions\/91535"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/91532"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=91529"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=91529"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=91529"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}