{"id":92638,"date":"2026-07-12T08:04:13","date_gmt":"2026-07-12T12:04:13","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=92638"},"modified":"2026-07-13T05:09:03","modified_gmt":"2026-07-13T09:09:03","slug":"depenses-publiques-en-voie-de-baisse-quand-letat-nest-plus-providence-alors-sera-t-il-donc-aux-abonnes-absents-en-guadeloupe-et-martinique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/depenses-publiques-en-voie-de-baisse-quand-letat-nest-plus-providence-alors-sera-t-il-donc-aux-abonnes-absents-en-guadeloupe-et-martinique\/","title":{"rendered":"\u00abPublic spending on the decline\u00bb: If the government is no longer a welfare state, will it then be absent from Guadeloupe and Martinique?"},"content":{"rendered":"<div><span style=\"font-size: 14px\">Par Jean-Marie NOL<\/span><\/div>\n<div><strong><span style=\"font-size: 14px\">Pendant plusieurs d\u00e9cennies, la Guadeloupe et la Martinique ont\u00a0 construits leur d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social sur un pilier fondamental : la puissance financi\u00e8re de l&rsquo;\u00c9tat providence. Derri\u00e8re les infrastructures publiques, les aides sociales, les exon\u00e9rations fiscales, les emplois publics, les investissements hospitaliers, les dispositifs de soutien aux entreprises, les indemnisations apr\u00e8s les catastrophes naturelles et les transferts sociaux se trouvait une r\u00e9alit\u00e9 rarement remise en cause : l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais disposait des moyens budg\u00e9taires n\u00e9cessaires pour amortir les crises et maintenir un niveau de vie relativement \u00e9lev\u00e9 dans des territoires dont l&rsquo;\u00e9conomie productive demeurait structurellement fragile. Ce mod\u00e8le a longtemps donn\u00e9 l&rsquo;illusion d&rsquo;une protection permanente, capable de compenser les handicaps li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;insularit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;\u00e9loignement des grands march\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;\u00e9troitesse du tissu industriel et \u00e0 la faiblesse des exportations. Aujourd&rsquo;hui, cette \u00e9poque semble toucher \u00e0 sa fin avec la crise de la dette .<\/span><\/strong><\/div>\n<div>\n<div dir=\"auto\">\n<div dir=\"auto\">Au moment m\u00eame o\u00f9 l&rsquo;ensemble des \u00e9lus de <strong>Guadeloupe<\/strong>, toutes sensibilit\u00e9s politiques confondues, affiche un front uni pour demander au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et au gouvernement un engagement financier exceptionnel afin de sortir durablement de la crise de l&rsquo;eau, une question essentielle reste largement absente du d\u00e9bat public : l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais dispose-t-il encore des moyens financiers lui permettant de r\u00e9pondre \u00e0 une telle demande ? Les responsables guadeloup\u00e9ens sollicitent une participation de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 hauteur de 70 % des investissements n\u00e9cessaires \u00e0 la modernisation des infrastructures, la cr\u00e9ation d&rsquo;une structure de d\u00e9faisance inspir\u00e9e de la CADES pour reprendre la dette historique du SIEAG, un dispositif budg\u00e9taire sp\u00e9cifique pour accompagner le SMGEAG ainsi qu&rsquo;une participation de l&rsquo;\u00c9tat au financement du d\u00e9ficit d&rsquo;exploitation du syndicat de l&rsquo;eau. Ces revendications apparaissent l\u00e9gitimes au regard de l&rsquo;ampleur d&rsquo;une crise qui dure depuis de nombreuses ann\u00e9es et qui constitue l&rsquo;un des plus graves \u00e9checs de l&rsquo;action publique en Guadeloupe.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">For the <strong>Martinique<\/strong> la situation financi\u00e8re s&rsquo;av\u00e8re encore plus probl\u00e9matique avec les difficult\u00e9s financi\u00e8res de la CTM et les crises du transport,des Sargasses et du BTP. Pourtant, ces diff\u00e9rentes crises interviennent dans un contexte historique profond\u00e9ment diff\u00e9rent de celui qui pr\u00e9valait encore il y a quelques d\u00e9cennies.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">En r\u00e9alit\u00e9, le d\u00e9bat d\u00e9passe d\u00e9sormais largement la seule question de l&rsquo;eau et autres probl\u00e9matiques . Il interroge la capacit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;\u00c9tat providence \u00e0 continuer de jouer le r\u00f4le de dernier recours financier qu&rsquo;il a assum\u00e9 depuis la d\u00e9partementalisation. Pendant pr\u00e8s d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, la France a continu\u00e9 \u00e0 fonctionner comme si la croissance des \u00ab Trente Glorieuses \u00bb pouvait se prolonger ind\u00e9finiment. Le ralentissement \u00e9conomique \u00e9tait compens\u00e9 par l&rsquo;endettement public, permettant de financer simultan\u00e9ment les politiques sociales, les investissements des collectivit\u00e9s, les aides aux territoires ultramarins et les grands services publics. Cet \u00e9quilibre est aujourd&rsquo;hui rompu. L\u2019INSEE a r\u00e9cemment pr\u00e9sent\u00e9 le d\u00e9tail des\u00a0 d\u00e9penses publiques qui repr\u00e9sentaient un total de 1.672 Milliards d&rsquo;euros en hausse de 4% par rapport \u00e0 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente (soit +64,4 Md\u20ac). Une hausse qui en dit long sur la provenance des hausses port\u00e9es \u00e0 pr\u00e8s de 72,4% (46,6 Md\u20ac) par les d\u00e9penses en mati\u00e8re de sant\u00e9 (+11,5 Md\u20ac) et de protections sociales (+35,1 Md\u20ac). Ainsi, aucune inflexion importante des d\u00e9penses publiques ne peut faire abstraction d\u2019\u00e9conomies importantes \u00e0 venir sur ces d\u00e9penses de protection sociale au sens large qui ont atteint pr\u00e8s de 954 Milliards d&rsquo;euros, soit 57,1% du total des d\u00e9penses publiques.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Comme l\u2019\u00e9voque sans d\u00e9tour l\u2019INSEE, \u00ab \u00e0 l\u2019exception des d\u00e9penses de soutien aux affaires \u00e9conomiques, toutes les d\u00e9penses seront en hausse \u00bb en 2026. Avec une dette publique qui d\u00e9passe d\u00e9sormais les 3 550 milliards d&rsquo;euros, un d\u00e9ficit public qui demeure proche de 5 % du PIB, une croissance devenue insuffisante( pr\u00e9vision de 0,7% pour l&rsquo;ann\u00e9e 2026) pour stabiliser les finances publiques et une charge annuelle des int\u00e9r\u00eats de la dette qui rivalise d\u00e9sormais avec les plus grands budgets de l&rsquo;\u00c9tat, tels que l&rsquo;\u00e9ducation nationale et la d\u00e9fense, chaque nouvelle d\u00e9pense doit d\u00e9sormais \u00eatre arbitr\u00e9e avec une extr\u00eame rigueur.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Cette contrainte est d&rsquo;autant plus forte que l&rsquo;\u00c9tat doit simultan\u00e9ment faire face \u00e0 trois vagues de d\u00e9penses nouvelles qui vont durablement mobiliser ses ressources. La premi\u00e8re concerne l&rsquo;adaptation au changement climatique. Les \u00e9v\u00e9nements extr\u00eames \u2013 cyclones, inondations, s\u00e9cheresses, canicules, incendies, recul du trait de c\u00f4te ou encore d\u00e9gradations des infrastructures \u2013 g\u00e9n\u00e8rent chaque ann\u00e9e des milliards d&rsquo;euros de d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires.Le gouvernement a publi\u00e9, jeudi, son tout premier \u00ab\u00a0bilan annuel des impacts du changement climatique en France\u00a0\u00bb. Le tout pour des cons\u00e9quences \u00e9conomiques importantes. On estime que le co\u00fbt des \u00e9v\u00e9nements naturels (s\u00e9cheresse, chaleur, pr\u00e9cipitations\u2026) \u2013 qu&rsquo;ils soient directement li\u00e9s au changement climatique ou non \u2013 s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 ce jour \u00e0 environ 7 milliards d&rsquo;euros .<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Le gouvernement reconna\u00eet d\u00e9sormais que ces co\u00fbts ne rel\u00e8vent plus de circonstances exceptionnelles mais constituent une d\u00e9pense structurelle appel\u00e9e \u00e0 cro\u00eetre au fil des d\u00e9cennies. La deuxi\u00e8me vague concerne le r\u00e9armement de la France dans un contexte international marqu\u00e9 par la guerre en Europe et le retour des tensions entre grandes puissances. Les cr\u00e9dits militaires connaissent une progression sans pr\u00e9c\u00e9dent et devraient continuer \u00e0 augmenter. Enfin, la troisi\u00e8me vague est celle de la protection sociale. Le vieillissement d\u00e9mographique, l&rsquo;augmentation des d\u00e9penses de sant\u00e9 et des prestations sociales, ainsi que les d\u00e9ficits persistants de la S\u00e9curit\u00e9 sociale absorbent une part toujours plus importante des ressources publiques. La Cour des comptes souligne d&rsquo;ailleurs que cette dynamique des d\u00e9penses sociales constitue d\u00e9sormais le principal moteur de la progression des d\u00e9penses publiques.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Dans ce nouveau contexte, la demande formul\u00e9e par les \u00e9lus guadeloup\u00e9ens sur la question de l&rsquo;eau risque de se heurter \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 budg\u00e9taire beaucoup plus s\u00e9v\u00e8re qu&rsquo;auparavant. Non pas parce que la crise de l&rsquo;eau serait jug\u00e9e secondaire, mais parce que l&rsquo;\u00c9tat se trouve d\u00e9sormais confront\u00e9 \u00e0 une multiplication de priorit\u00e9s vitales qu&rsquo;il ne peut plus financer simultan\u00e9ment avec la m\u00eame facilit\u00e9. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette mutation historique qui annonce peut-\u00eatre, pour la Guadeloupe et la Martinique , la fin progressive d&rsquo;un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement reposant sur la capacit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat providence \u00e0 r\u00e9pondre syst\u00e9matiquement aux crises locales par un apport massif de ressources financi\u00e8res.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Tout ceci d\u00e9montre que la question de l&rsquo;eau en Guadeloupe n&rsquo;est plus seulement un dossier technique ou territorial, mais qu&rsquo;elle devient le r\u00e9v\u00e9lateur d&rsquo;un changement historique : le passage d&rsquo;un \u00c9tat capable de compenser presque toutes les crises \u00e0 un \u00c9tat contraint de hi\u00e9rarchiser ses priorit\u00e9s budg\u00e9taires. Non pas en raison d&rsquo;une d\u00e9cision politique isol\u00e9e, mais parce que les fondements financiers de l&rsquo;\u00c9tat providence lui-m\u00eame sont profond\u00e9ment remis en cause.<\/div>\n<div dir=\"auto\">La France entre progressivement dans une nouvelle p\u00e9riode historique o\u00f9 la raret\u00e9 budg\u00e9taire devient la norme. Apr\u00e8s cinquante ann\u00e9es de d\u00e9ficits publics presque ininterrompus, une dette publique d\u00e9passant largement les trois mille cinq cents milliards d&rsquo;euros et une charge annuelle des int\u00e9r\u00eats qui approche d\u00e9sormais les 70 milliards d&rsquo;euros , l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;a plus la m\u00eame capacit\u00e9 d&rsquo;intervention qu&rsquo;auparavant. Pendant longtemps, il a \u00e9t\u00e9 possible de financer simultan\u00e9ment les politiques sociales, les investissements publics, les infrastructures, les aides aux collectivit\u00e9s territoriales et les dispositifs sp\u00e9cifiques aux Outre-mer gr\u00e2ce \u00e0 un recours massif \u00e0 l&rsquo;endettement. Mais cette strat\u00e9gie atteint aujourd&rsquo;hui ses limites. Les march\u00e9s financiers, les agences de notation, les engagements europ\u00e9ens et la remont\u00e9e durable des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat imposent d\u00e9sormais une discipline budg\u00e9taire beaucoup plus stricte.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Cette contrainte intervient au moment m\u00eame o\u00f9 explosent de nouvelles d\u00e9penses devenues incontournables. La premi\u00e8re est celle li\u00e9e au changement climatique. Les territoires ultramarins, et particuli\u00e8rement la Guadeloupe et la Martinique , figurent parmi les r\u00e9gions fran\u00e7aises les plus expos\u00e9es aux cyclones, aux inondations, aux s\u00e9cheresses, \u00e0 l&rsquo;\u00e9rosion c\u00f4ti\u00e8re, aux nuisances des Sargasses,\u00a0 aux glissements de terrain et aux risques sismiques. Adapter les r\u00e9seaux d&rsquo;eau, renforcer les b\u00e2timents publics, moderniser les infrastructures portuaires, prot\u00e9ger le littoral, reconstruire apr\u00e8s chaque catastrophe naturelle et investir dans la pr\u00e9vention n\u00e9cessitent d\u00e9sormais des milliards d&rsquo;euros. Or ces d\u00e9penses ne sont plus exceptionnelles ; elles deviennent permanentes.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Dans un contexte o\u00f9 la croissance \u00e9conomique ralentit et o\u00f9 la population active progresse moins vite, financer durablement ces d\u00e9penses devient un d\u00e9fi majeur.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Pour la Guadeloupe et la Martinique, ces \u00e9volutions constituent un v\u00e9ritable changement de paradigme. Pendant des d\u00e9cennies, chaque difficult\u00e9 \u00e9conomique trouvait plus ou moins rapidement une r\u00e9ponse publique. Les crises agricoles donnaient lieu \u00e0 des aides exceptionnelles. Les entreprises en difficult\u00e9 b\u00e9n\u00e9ficiaient de dispositifs sp\u00e9cifiques. Les collectivit\u00e9s locales recevaient des dotations et subventions suppl\u00e9mentaires. Les catastrophes naturelles d\u00e9clenchaient des plans de reconstruction financ\u00e9s par l&rsquo;\u00c9tat. Les investissements publics compensaient souvent la faiblesse de l&rsquo;investissement priv\u00e9. Cette logique de compensation permanente est d\u00e9sormais remise en question par les nouvelles contraintes nationales.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Les cons\u00e9quences pourraient \u00eatre profondes. L&rsquo;\u00c9tat risque progressivement de passer d&rsquo;un r\u00f4le de financeur quasi syst\u00e9matique \u00e0 celui d&rsquo;un arbitre oblig\u00e9 de hi\u00e9rarchiser ses interventions. Les territoires ultramarins devront alors entrer en concurrence avec d&rsquo;autres priorit\u00e9s nationales tout aussi l\u00e9gitimes. Lorsque les besoins de reconstruction apr\u00e8s un cyclone devront \u00eatre financ\u00e9s en m\u00eame temps que l&rsquo;augmentation des d\u00e9penses militaires, la r\u00e9novation et la climatisation des h\u00f4pitaux, le financement des retraites et la r\u00e9duction des d\u00e9ficits publics, les arbitrages deviendront beaucoup plus difficiles qu&rsquo;auparavant.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Cette \u00e9volution remet \u00e9galement en cause certaines repr\u00e9sentations collectives profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9 antillaise . Beaucoup continuent d&rsquo;imaginer que l&rsquo;\u00c9tat pourra toujours intervenir pour r\u00e9soudre les difficult\u00e9s \u00e9conomiques locales, soutenir les collectivit\u00e9s en difficult\u00e9 financi\u00e8re, sauver les entreprises strat\u00e9giques ou financer les grands projets d&rsquo;infrastructures. Or cette capacit\u00e9 d&rsquo;intervention n&rsquo;est plus illimit\u00e9e. Elle d\u00e9pend d\u00e9sormais de marges budg\u00e9taires qui se r\u00e9duisent rapidement.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Le risque est alors celui d&rsquo;un profond malentendu entre les attentes des \u00e9lus, celles de la population et les capacit\u00e9s r\u00e9elles de l&rsquo;\u00c9tat. Plus les citoyens continueront \u00e0 attendre des r\u00e9ponses financi\u00e8res comparables \u00e0 celles du pass\u00e9, plus les frustrations risqueront de s&rsquo;accumuler lorsque ces r\u00e9ponses ne pourront plus \u00eatre apport\u00e9es. Ce d\u00e9calage pourrait nourrir une crise de confiance envers les institutions locales , alors m\u00eame que celles-ci subissent d\u00e9j\u00e0 une forte contestation.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9 oblige \u00e9galement \u00e0 repenser enti\u00e8rement le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement de la Guadeloupe et de la Martinique . Si l&rsquo;\u00c9tat ne peut plus jouer le r\u00f4le de principal moteur \u00e9conomique, alors les collectivit\u00e9s locales vont devoir g\u00e9rer la rigueur budg\u00e9taire,\u00a0 et la cr\u00e9ation de richesses devra davantage reposer sur la capacit\u00e9 du territoire lui-m\u00eame \u00e0 d\u00e9velopper ses activit\u00e9s productives, \u00e0 attirer des investissements priv\u00e9s, \u00e0 renforcer ses entreprises, \u00e0 diversifier ses exportations, \u00e0 miser sur l&rsquo;innovation, la transition num\u00e9rique, l&rsquo;\u00e9conomie de la connaissance et de l&rsquo;intelligence artificielle , les \u00e9nergies renouvelables, les services \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e et une coop\u00e9ration \u00e9conomique renforc\u00e9e par les relations commerciales entre l&rsquo;Europe, la Cara\u00efbe et le continent am\u00e9ricain.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">Cette transformation sera d&rsquo;autant plus difficile que la Guadeloupe et la Martinique restent confront\u00e9es \u00e0 des d\u00e9fis d\u00e9mographiques, sociaux et \u00e9conomiques majeurs : vieillissement de la population, d\u00e9part des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s, faiblesse de l&rsquo;investissement productif, vie ch\u00e8re, co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 du transport, d\u00e9pendance alimentaire, fragilit\u00e9 du secteur agricole, difficult\u00e9s du b\u00e2timent et des travaux publics et ralentissement de certains secteurs traditionnels comme l&rsquo;industrie sucri\u00e8re . Sans la puissance financi\u00e8re d&rsquo;un \u00c9tat providence capable de compenser ces d\u00e9s\u00e9quilibres, ces fragilit\u00e9s apparaissent avec une acuit\u00e9 nouvelle.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Dans ce contexte, les d\u00e9bats institutionnels sur une \u00e9ventuelle \u00e9volution statutaire prennent une dimension diff\u00e9rente. La v\u00e9ritable question n&rsquo;est plus seulement de savoir quelles comp\u00e9tences transf\u00e9rer aux collectivit\u00e9s locales, mais de d\u00e9terminer avec quelles ressources financi\u00e8res elles pourront \u00eatre exerc\u00e9es. Un transfert de responsabilit\u00e9s dans une p\u00e9riode o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat lui-m\u00eame manque de moyens pourrait conduire les collectivit\u00e9s locales \u00e0 devoir g\u00e9rer des attentes croissantes avec des ressources d\u00e9croissantes, faisant peser sur les \u00e9lus locaux une responsabilit\u00e9 politique consid\u00e9rable sans leur donner les capacit\u00e9s budg\u00e9taires correspondantes.<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\">La disparition progressive de l&rsquo;\u00c9tat providence tel qu&rsquo;il a fonctionn\u00e9 depuis la d\u00e9partementalisation ne signifie pas n\u00e9cessairement la fin de la solidarit\u00e9 nationale. Elle signifie en revanche que cette solidarit\u00e9 devra \u00eatre beaucoup plus cibl\u00e9e, beaucoup plus s\u00e9lective et probablement moins g\u00e9n\u00e9reuse qu&rsquo;auparavant. La Guadeloupe et la Martinique entrent ainsi dans une p\u00e9riode o\u00f9 la question centrale ne sera plus seulement celle de la redistribution des richesses produites ailleurs, mais celle de la production de nouvelles richesses sur leur propre territoire.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Le v\u00e9ritable d\u00e9fi des prochaines ann\u00e9es sera donc autant psychologique qu&rsquo;\u00e9conomique. Il s&rsquo;agira d&rsquo;accepter que le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement construit depuis pr\u00e8s de quatre-vingts ans autour de la protection permanente de l&rsquo;\u00c9tat ne pourra probablement plus \u00eatre reproduit dans un monde marqu\u00e9 par l&rsquo;endettement massif des finances publiques, les bouleversements climatiques, les nouvelles exigences de s\u00e9curit\u00e9 internationale et la hausse continue des d\u00e9penses sociales. L&rsquo;\u00c9tat providence ne dispara\u00eetra pas totalement, mais il ne pourra plus \u00eatre ce recours automatique auquel la Guadeloupe et la Martinique s&rsquo;\u00e9taient habitu\u00e9es depuis tant\u00f4t . Cette \u00e9volution impose une profonde r\u00e9volution des mentalit\u00e9s. Elle invite les responsables politiques, les acteurs \u00e9conomiques, les universitaires et la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00e0 construire un nouveau pacte de d\u00e9veloppement fond\u00e9 moins sur la d\u00e9pendance budg\u00e9taire que sur la rigueur de la gestion, la cr\u00e9ation de valeur ajout\u00e9e, l&rsquo;innovation, la responsabilit\u00e9 collective et l&rsquo;anticipation strat\u00e9gique d&rsquo;une indispensable industrialisation . C&rsquo;est sans doute le plus grand changement de mod\u00e8le \u00e9conomique et institutionnel dans le cadre de s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;article 73 ( n\u00e9anmoins renforc\u00e9 par un nouveau pouvoir normatif en lieu et place des habilitations actuelles ) , auquel la Guadeloupe et la Martinique devront faire face au cours des prochaines d\u00e9cennies de crises .<\/div>\n<div dir=\"auto\"><\/div>\n<div dir=\"auto\"><b>Jean Marie Nol \u00e9conomiste et juriste*<\/b><\/div>\n<\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Jean-Marie NOL Pendant plusieurs d\u00e9cennies, la Guadeloupe et la Martinique ont\u00a0 construits leur d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social sur un pilier fondamental : la puissance financi\u00e8re de l&rsquo;\u00c9tat providence. Derri\u00e8re les infrastructures publiques, les aides sociales, les exon\u00e9rations fiscales, les emplois publics, les investissements hospitaliers, les dispositifs de soutien aux entreprises, les indemnisations apr\u00e8s les<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":92639,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":"","rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-92638","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-latribune"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92638","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92638"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92638\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":92640,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92638\/revisions\/92640"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/92639"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92638"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92638"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92638"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}