{"id":93693,"date":"2026-08-13T18:29:21","date_gmt":"2026-08-13T22:29:21","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=93693"},"modified":"2026-08-13T18:29:21","modified_gmt":"2026-08-13T22:29:21","slug":"une-autorite-unique-de-leau-en-martinique-dici-2027","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/une-autorite-unique-de-leau-en-martinique-dici-2027\/","title":{"rendered":"Une autorit\u00e9 unique de l\u2019eau en Martinique d\u2019ici 2027 ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h3><em><b>La loi du 30 juin 2026 a dot\u00e9 l\u2019Assembl\u00e9e de Martinique du pouvoir de cr\u00e9er une autorit\u00e9 unique de l\u2019eau et de l\u2019assainissement. Le verrou juridique a saut\u00e9 ; tout le reste demeure ouvert &#8211; le p\u00e9rim\u00e8tre, la gouvernance, le financement, le sort des dettes et, surtout, l&rsquo;espoir de pouvoir fixer la date \u00e0 laquelle le robinet cessera d\u2019\u00eatre une loterie.<\/b><\/em><\/h3>\r\n\r\n\r\n\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Mutualiser les infrastructures de captage, de production et de distribution d\u2019eau potable ainsi que celles de collecte et de traitement des eaux us\u00e9es et des boues ; instaurer un prix unique de l\u2019eau assorti d\u2019un tarif social ; r\u00e9partir plus \u00e9quitablement la ressource en p\u00e9riode de car\u00eame ; mobiliser plus efficacement les financements destin\u00e9s aux travaux sur les r\u00e9seaux ; mieux organiser le contr\u00f4le sanitaire de l\u2019eau produite ; programmer sur plusieurs ann\u00e9es le remplacement des canalisations et des stations d\u2019\u00e9puration d\u00e9faillantes : telles seraient les missions de la future autorit\u00e9 unique de l\u2019eau en Martinique. Le catalogue est port\u00e9 par les pr\u00e9sidents des trois communaut\u00e9s d\u2019agglom\u00e9ration &#8211; Cacem, Cap Nord, Espace Sud &#8211; et il a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e de Martinique. Reste la question que posait Serge Letchimy lui-m\u00eame en avril dernier, lors d\u2019une r\u00e9union de concertation : \u00ab Comment y parvenir, comment y arriver, techniquement, juridiquement, institutionnellement ? C\u2019est tr\u00e8s compliqu\u00e9, mais \u00e7a avance. N\u00e9anmoins, la mise en \u0153uvre ne sera pas effective avant plusieurs ann\u00e9es. \u00bb L\u2019horizon avanc\u00e9 &#8211; id\u00e9ale<\/span>ment &#8211; est celui de 2027.\u00a0<\/h3>\r\n\r\n\r\n\r\n<h3><strong>Une id\u00e9e ancienne, une proc\u00e9dure longue<\/strong><\/h3>\r\n\r\n\r\n\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Le sch\u00e9ma directeur d\u2019am\u00e9nagement et de gestion des eaux 2016-2021 la pr\u00e9conisait d\u00e9j\u00e0, au nom de l\u2019interconnexion et de la solidarit\u00e9 entre bassins. Elle s\u2019est traduite politiquement par la convention cadre de territoire du 7 novembre 2023, sign\u00e9e par les trois agglom\u00e9rations et la Collectivit\u00e9 territoriale de Martinique, puis par la d\u00e9lib\u00e9ration du 30 novembre 2023 approuvant le principe d\u2019une autorit\u00e9 unique. Le vote unanime de l\u2019Assembl\u00e9e, souvent cit\u00e9, n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement isol\u00e9 mais le premier d\u2019une s\u00e9rie : une demande d\u2019habilitation l\u00e9gislative a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e le 26 juillet 2024, publi\u00e9e au Journal officiel le 2 juillet 2025, avant qu\u2019une nouvelle d\u00e9lib\u00e9ration, le 5 janvier 2026, n\u2019ouvre formellement la voie \u00e0 la cr\u00e9ation et \u00e0 la mise en \u0153uvre de l\u2019autorit\u00e9. Autant d\u2019\u00e9tapes qui traduisent moins une h\u00e9sitation qu\u2019une contrainte de proc\u00e9dure : en r\u00e9gime d\u2019article 73, la collectivit\u00e9 ne peut agir seule.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3>Le Gouvernement a donn\u00e9 son aval en juillet 2025.\u00a0<\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Le projet de loi a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 au S\u00e9nat le 19 janvier 2026 avec engagement de la proc\u00e9dure acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, adopt\u00e9 par la haute assembl\u00e9e le 31 mars, puis vot\u00e9 conforme par l\u2019Assembl\u00e9e nationale le 15 juin.\u00a0 La loi n\u00b0 2026-574 du 30 juin 2026 a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e au Journal officiel du 1er juillet. Entre-temps, une proposition de loi concurrente, d\u00e9pos\u00e9e le 3 mars 2026 par Jean-Philippe Nilor et les d\u00e9put\u00e9s de La France insoumise, entendait cr\u00e9er directement l\u2019autorit\u00e9 par la voie parlementaire &#8211; mani\u00e8re de rappeler que le choix du v\u00e9hicule juridique n\u2019est jamais neutre et qu\u2019il engage la question, d\u00e9cisive, de savoir qui \u00e9crit la r\u00e8gle.<\/span><\/h3>\r\n\r\n\r\n\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Ce que l\u2019habilitation autorise<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Le texte est bref et sa port\u00e9e doit \u00eatre lue avec pr\u00e9cision. Sur le fondement du troisi\u00e8me alin\u00e9a de l\u2019article 73 de la Constitution et des articles LO 7412-1 \u00e0 LO 7412-3 du code g\u00e9n\u00e9ral des collectivit\u00e9s territoriales, l\u2019Assembl\u00e9e de Martinique est habilit\u00e9e \u00e0 cr\u00e9er et \u00e0 mettre en \u0153uvre une autorit\u00e9 unique en mati\u00e8re d\u2019eau et d\u2019assainissement, \u00e0 laquelle seraient conf\u00e9r\u00e9es les comp\u00e9tences pr\u00e9vues aux articles L. 2224-7 \u00e0 L. 2224-8 du m\u00eame code, dans les conditions fix\u00e9es par sa propre d\u00e9lib\u00e9ration de juillet 2024. Les dispositions prises en application de cette habilitation devront \u00eatre transmises au repr\u00e9sentant de l\u2019\u00c9tat ainsi qu\u2019au Premier ministre et publi\u00e9es au Journal officiel dans le mois suivant cette transmission.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3>Deux limites m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre soulign\u00e9es.<\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">\u00a0La premi\u00e8re est temporelle : l\u2019habilitation court jusqu\u2019au prochain renouvellement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Assembl\u00e9e, pr\u00e9vu en 2028. La fen\u00eatre utile n\u2019exc\u00e8de donc gu\u00e8re deux ans, ce qui \u00e9claire l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de 2027 : elle n\u2019est pas seulement un objectif de bonne gestion, elle est une contrainte constitutionnelle.\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 La seconde limite est de nature. Une habilitation conf\u00e8re un pouvoir d\u2019\u00e9dicter, non des moyens d\u2019ex\u00e9cuter. On retrouve ici la distinction classique outre-mer entre droit \u00e9dict\u00e9 et droit appliqu\u00e9 : la Martinique acquiert la capacit\u00e9 de poser sa norme, elle n\u2019acquiert pas m\u00e9caniquement l\u2019ing\u00e9nierie, les recettes et l\u2019adh\u00e9sion sociale sans lesquelles cette norme restera lettre morte.\u00a0<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<blockquote>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">L\u2019habilitation ouvre une facult\u00e9 ; elle ne dispense d\u2019aucun des arbitrages difficiles qui viendront ensuite.<\/span><\/h3>\r\n<\/blockquote>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3>Un service en tension permanente<\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Le r\u00e9seau martiniquais s\u2019\u00e9tend sur quelque 3 500 kilom\u00e8tres et l\u2019eau potable provient pour l\u2019essentiel des rivi\u00e8res, ce qui expose le service \u00e0 la moindre anomalie pluviom\u00e9trique. L\u2019expos\u00e9 des motifs des textes parlementaires retient des pertes en eau sup\u00e9rieures \u00e0 50 % ; un rapport conjoint de l\u2019Office fran\u00e7ais de la biodiversit\u00e9 et du minist\u00e8re des Outre-mer publi\u00e9 en 2024 \u00e9voquait plut\u00f4t 40 %. L\u2019\u00e9cart entre ces chiffres est lui-m\u00eame significatif : il traduit l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des rendements entre territoires et la fragilit\u00e9 de l\u2019appareil statistique. Dans tous les cas, une part consid\u00e9rable de l\u2019eau capt\u00e9e, trait\u00e9e et pomp\u00e9e n\u2019atteint jamais l\u2019abonn\u00e9, ce qui aggrave m\u00e9caniquement les effets du car\u00eame. Plus le r\u00e9seau fuit, plus il faut pr\u00e9lever pour un m\u00eame service rendu.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">\u00c0 cette usure s\u2019ajoute une fragilit\u00e9 financi\u00e8re d\u00e9sormais document\u00e9e. Saisie par le pr\u00e9fet, la Chambre r\u00e9gionale des comptes a rendu en octobre 2025 un avis s\u00e9v\u00e8re sur la r\u00e9gie communautaire du centre : budget primitif 2025 jug\u00e9 insinc\u00e8re, d\u00e9s\u00e9quilibre sup\u00e9rieur \u00e0 quinze millions d\u2019euros pour l\u2019eau potable et de plus d\u2019un million pour l\u2019assainissement collectif. S\u2019y ajoutent des impay\u00e9s estim\u00e9s \u00e0 pr\u00e8s de quarante millions d\u2019euros et des tarifs demeur\u00e9s inchang\u00e9s depuis dix-sept ans. Le nouveau pr\u00e9sident d\u2019Odyssi, Yan Monplaisir, \u00e9lu en mai 2026, a d\u2019abord annonc\u00e9 un r\u00e9ajustement tarifaire avant de le suspendre en juin devant la mobilisation des collectifs d\u2019usagers, renvoyant la hausse \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e et \u00e0 l\u2019instauration concomitante d\u2019un tarif social. L\u2019\u00e9t\u00e9 2026 a confirm\u00e9 la pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019ensemble : d\u00e9bit d\u2019entr\u00e9e de l\u2019usine de Didier tomb\u00e9 \u00e0 environ un tiers en dessous de son niveau habituel, coupures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es au Lamentin, \u00e0 Fort-de-France et \u00e0 Saint-Joseph, visite d\u2019un chantier de forage au Lamentin fin juillet &#8211; signe que la recherche d\u2019eaux souterraines devient une composante \u00e0 part enti\u00e8re de la strat\u00e9gie de s\u00e9curisation.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3>La ressource, nerf du conflit<\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Derri\u00e8re la question institutionnelle se joue un conflit de r\u00e9partition. Le captage de la Rivi\u00e8re Blanche, situ\u00e9 \u00e0 Saint-Joseph, donc sur le territoire de la Cacem, est exploit\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019Espace Sud jusqu\u2019en 2027, si bien qu\u2019en p\u00e9riode de tension l\u2019agglom\u00e9ration du centre ach\u00e8te une eau produite chez elle. Le diff\u00e9rend porte \u00e9galement sur l\u2019usine du Directoire. Des habitants de Saint-Joseph ont bloqu\u00e9 un site de production pour d\u00e9noncer une r\u00e9partition qu\u2019ils jugent in\u00e9quitable. On mesure l\u00e0 ce que recouvre r\u00e9ellement le mot mutualisation : il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019additionner des tuyaux, mais de redistribuer des droits d\u2019usage, des recettes et des positions de force acquises au fil des d\u00e9l\u00e9gations successives.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Le d\u00e9saccord des \u00e9lus<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">C\u2019est ce qui explique la vivacit\u00e9 du d\u00e9bat local. Le pr\u00e9sident d\u2019Odyssi et le maire de Sch\u0153lcher, Daniel Chomet, ancien pr\u00e9sident de la r\u00e9gie et du comit\u00e9 de bassin, ont cosign\u00e9 un courrier d\u00e9non\u00e7ant un \u00ab coup de poignard dans le dos du peuple martiniquais \u00bb et alertant sur le pr\u00e9c\u00e9dent que constituerait, selon eux, un dessaisissement des \u00e9lus communaux et intercommunaux. Serge Letchimy leur a r\u00e9pondu qu\u2019aucun choix d\u00e9finitif de gouvernance n\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 \u00e0 ce stade et qu\u2019aucun acteur n\u2019\u00e9tait exclu, communes, EPCI, producteurs, distributeurs, agents et usagers ayant vocation \u00e0 participer \u00e0 la construction de l\u2019ensemble. Le rapporteur du texte \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, Marcelin Nadeau, a pour sa part pr\u00e9sent\u00e9 l\u2019habilitation comme un point de d\u00e9part appelant un v\u00e9ritable travail politique local.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Le fond du diff\u00e9rend est classique en droit des collectivit\u00e9s : la comp\u00e9tence eau et assainissement appartient aux intercommunalit\u00e9s depuis la loi NOTRe, et la transf\u00e9rer \u00e0 une entit\u00e9 unique revient \u00e0 d\u00e9placer un pouvoir de d\u00e9cision et une responsabilit\u00e9 devant l\u2019usager. La l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration d\u00e9pendra donc moins de son bien-fond\u00e9 technique &#8211; rarement contest\u00e9 &#8211; que de la place r\u00e9elle laiss\u00e9e aux communes et aux abonn\u00e9s dans les organes de la future autorit\u00e9. Une gouvernance per\u00e7ue comme confisqu\u00e9e produirait exactement ce que le projet pr\u00e9tend combattre : la d\u00e9fiance, et avec elle l\u2019impay\u00e9.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3>L\u2019avertissement guadeloup\u00e9en<\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">La Martinique d\u2019une exp\u00e9rience grandeur nature. Le Syndicat mixte de gestion de l\u2019eau et de l\u2019assainissement de Guadeloupe a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par la loi du 29 avril 2021 pour rem\u00e9dier \u00e0 une situation d\u00e9grad\u00e9e : pertes de r\u00e9seau avoisinant 70 %, recouvrement des factures limit\u00e9 \u00e0 60 %. Cinq ans plus tard, les juridictions financi\u00e8res dressent un constat s\u00e9v\u00e8re. Le service de l\u2019eau potable ne s\u2019autofinance pas, contrairement \u00e0 ce que prescrit la loi ; les d\u00e9penses de personnel repr\u00e9sentent pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des produits d\u2019exploitation ; le d\u00e9ficit cumul\u00e9 se compte en dizaines de millions d\u2019euros et la trajectoire de redressement propos\u00e9e s\u2019\u00e9tale jusqu\u2019en 2030, avec un r\u00e9sultat cumul\u00e9 qui resterait tr\u00e8s lourdement n\u00e9gatif. Un plan pluriannuel d\u2019investissement massivement financ\u00e9 par l\u2019\u00c9tat et les fonds europ\u00e9ens a d\u00fb \u00eatre r\u00e9orient\u00e9 vers les secteurs les plus expos\u00e9s aux tours d\u2019eau. En juin 2026, les \u00e9lus guadeloup\u00e9ens se r\u00e9unissaient encore en congr\u00e8s pour tenter de b\u00e2tir une nouvelle feuille de route.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">La le\u00e7on n\u2019est pas que l\u2019unification serait une erreur : la fragmentation guadeloup\u00e9enne \u00e9tait intenable. Elle est qu\u2019une structure unique ne produit d\u2019effets que si elle s\u2019accompagne d\u2019une trajectoire financi\u00e8re soutenable, d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique permettant au service de s\u2019autofinancer et d\u2019un engagement durable de l\u2019\u00c9tat comme des \u00e9lus locaux. Cr\u00e9er l\u2019organe est l\u2019\u00e9tape la plus facile ; c\u2019est aussi celle qui donne l\u2019illusion d\u2019avoir agi.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3>Le prix unique, promesse et \u00e9quation<\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Le prix unique de l\u2019eau est l\u2019argument le plus imm\u00e9diatement audible. Il est aussi le plus exigeant. Harmoniser les tarifs suppose d\u2019unifier des co\u00fbts tr\u00e8s in\u00e9gaux &#8211; la ressource, l\u2019\u00e2ge des r\u00e9seaux, le mode de gestion et le volume des investissements r\u00e9alis\u00e9s diff\u00e8rent d\u2019un territoire \u00e0 l\u2019autre &#8211; mais aussi d\u2019absorber des passifs constitu\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment. Qui supportera le d\u00e9ficit du centre et les impay\u00e9s accumul\u00e9s ? Une mutualisation int\u00e9grale reviendrait \u00e0 faire payer par l\u2019abonn\u00e9 du Nord une partie des choix op\u00e9r\u00e9s ailleurs ; une reprise par la collectivit\u00e9 territoriale supposerait des ressources dont la CTM, engag\u00e9e dans son propre plan d\u2019optimisation, ne dispose pas librement. Le principe budg\u00e9taire selon lequel l\u2019eau paie l\u2019eau, qui impose l\u2019\u00e9quilibre du service par les redevances des usagers, n\u2019autorise que des d\u00e9rogations \u00e9troites.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Le tarif social soul\u00e8ve des difficult\u00e9s voisines.\u00a0 \u00a0 \u00a0 Il exige un dispositif d\u2019identification des b\u00e9n\u00e9ficiaires, un m\u00e9canisme de compensation et une articulation avec les organismes sociaux ; \u00e0 d\u00e9faut, il d\u00e9place simplement la charge sur les autres abonn\u00e9s. Quant au recouvrement, il ne s\u2019am\u00e9liore pas par d\u00e9cret : l\u2019exp\u00e9rience guadeloup\u00e9enne montre que le non-paiement s\u2019enracine dans le sentiment de payer pour un service non rendu. Le r\u00e9tablissement de la continuit\u00e9 de la distribution est donc la condition du redressement financier, et non l\u2019inverse, ordre des facteurs qui rend la p\u00e9riode transitoire particuli\u00e8rement p\u00e9rilleuse.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3>2027, \u00e9ch\u00e9ance politique autant que technique<\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Il reste \u00e0 choisir la forme. \u00c9tablissement public territorial sui generis, syndicat mixte ouvert, r\u00e9gie personnalis\u00e9e : chaque montage emporte des cons\u00e9quences distinctes sur la repr\u00e9sentation des communes, le r\u00e9gime comptable, la capacit\u00e9 d\u2019emprunt et le contr\u00f4le exerc\u00e9 par le juge financier. Il faudra \u00e9galement r\u00e9gler le transfert des personnels, aux statuts h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes puisqu\u2019ils rel\u00e8vent tant\u00f4t d\u2019une r\u00e9gie publique, tant\u00f4t de soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9l\u00e9gataires, le sort des contrats de d\u00e9l\u00e9gation en cours &#8211; dont certains courent pr\u00e9cis\u00e9ment jusqu\u2019en 2027 &#8211;\u00a0 la d\u00e9volution des ouvrages et l\u2019articulation avec l\u2019Office de l\u2019eau et le comit\u00e9 de l\u2019eau et de la biodiversit\u00e9. Rien de tout cela ne se traite en quelques d\u00e9lib\u00e9rations.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">Cr\u00e9er juridiquement l\u2019autorit\u00e9 d\u2019ici 2027 est plausible : la contrainte de l\u2019habilitation y pousse, et les votes acquis fournissent la base politique. Pr\u00e9tendre qu\u2019elle aura, \u00e0 cette date, r\u00e9duit les pertes, unifi\u00e9 les tarifs et mis fin aux coupures rel\u00e8verait de l\u2019annonce. Entre les deux se situe le risque v\u00e9ritable :\u00a0<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">celui d\u2019une structure install\u00e9e sans ses moyens, h\u00e9ritant des d\u00e9ficits sans les recettes, et devenant \u00e0 son tour l\u2019adresse unique de la col\u00e8re des usagers.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">L\u2019habilitation du 30 juin 2026 marque n\u00e9anmoins un d\u00e9placement r\u00e9el. Elle fait de la Martinique la r\u00e9dactrice de sa propre r\u00e8gle en mati\u00e8re d\u2019eau et d\u2019assainissement ; elle la rend, du m\u00eame mouvement, comptable de ses r\u00e9sultats. C\u2019est le paradoxe de ces instruments de diff\u00e9renciation : ils lib\u00e8rent et ils exposent. La question n\u2019est plus de savoir s\u2019il faut une autorit\u00e9 unique de l\u2019eau &#8211; le consensus est acquis depuis longtemps &#8211; mais quelles ressources on lui donnera, devant qui elle rendra compte, et selon quelle trajectoire elle r\u00e9parera un r\u00e9seau qui perd la moiti\u00e9 de ce qu\u2019il transporte. Sur ce terrain, le seul juge sera le robinet.<\/span><\/h3>\r\n<h3>\r\n\r\n<\/h3>\r\n<h3><span style=\"font-weight: normal\">G\u00e9rard Dorwling-Carter.\u00a0<\/span><\/h3>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La loi du 30 juin 2026 a dot\u00e9 l\u2019Assembl\u00e9e de Martinique du pouvoir de cr\u00e9er une autorit\u00e9 unique de l\u2019eau et de l\u2019assainissement. Le verrou juridique a saut\u00e9 ; tout le reste demeure ouvert &#8211; le p\u00e9rim\u00e8tre, la gouvernance, le financement, le sort des dettes et, surtout, l&rsquo;espoir de pouvoir fixer la date \u00e0<\/p>","protected":false},"author":33,"featured_media":93695,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":"","rank_math_focus_keyword":"","rank_math_title":"","rank_math_description":"","rank_math_canonical_url":"","rank_math_robots":"","rank_math_facebook_title":"","rank_math_facebook_description":"","rank_math_twitter_title":"","rank_math_twitter_description":""},"categories":[1780],"tags":[],"class_list":["post-93693","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-repere"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93693","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=93693"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93693\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":93696,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93693\/revisions\/93696"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/93695"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=93693"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=93693"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=93693"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}