{"id":93715,"date":"2026-08-13T20:48:25","date_gmt":"2026-08-14T00:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=93715"},"modified":"2026-08-13T20:48:25","modified_gmt":"2026-08-14T00:48:25","slug":"andre-prosper-aujourdhui-nous-sommes-dans-la-sauvegarde-de-lelevage-bovin-martiniquais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/andre-prosper-aujourdhui-nous-sommes-dans-la-sauvegarde-de-lelevage-bovin-martiniquais\/","title":{"rendered":"Andr\u00e9 Prosper : \u00ab Aujourd\u2019hui, nous sommes dans la sauvegarde de l\u2019\u00e9levage bovin martiniquais \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Pr\u00e9sident de la CODEM, Andr\u00e9 Prosper d\u00e9crit une situation qu\u2019il qualifie de \u00ab catastrophe exceptionnelle \u00bb pour l\u2019\u00e9levage bovin martiniquais. Apr\u00e8s plusieurs mois d\u2019une s\u00e9cheresse particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re, les p\u00e2turages sont \u00e9puis\u00e9s, les animaux maigrissent et les mortalit\u00e9s augmentent. L\u2019aide apport\u00e9e par Banamart, la fili\u00e8re canne, le Cr\u00e9dit Agricole, Martinique Nutrition Animale et les services de l\u2019\u00c9tat permet aujourd\u2019hui, selon lui, d\u2019\u00e9viter le pire. Mais au-del\u00e0 de l\u2019urgence, Andr\u00e9 Prosper estime que cette crise r\u00e9v\u00e8le des faiblesses anciennes : manque de r\u00e9serves fourrag\u00e8res, ressources en eau insuffisamment mobilis\u00e9es, terres inexploit\u00e9es, sous-produits agricoles peu valoris\u00e9s et absence d\u2019une v\u00e9ritable organisation territoriale de la production.<\/strong><\/p>\n<h3>Antilla : Quelle est aujourd\u2019hui la situation dans les \u00e9levages bovins de Martinique ?<\/h3>\n<p><strong>Andr\u00e9 Prosper :<\/strong> Nous traversons une catastrophe exceptionnelle. Je n\u2019ai jamais connu un car\u00eame aussi dur.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 connu des p\u00e9riodes s\u00e8ches, mais cette fois, la rudesse et surtout la dur\u00e9e du ph\u00e9nom\u00e8ne sont impressionnantes. Nous arrivons pratiquement au 15 ao\u00fbt et, dans de nombreux endroits, il n\u2019y a pratiquement plus rien au sol pour nourrir les animaux.<\/p>\n<p>Les zones d\u2019\u00e9levage importantes, notamment la Caravelle et le Sud de la Martinique, sont particuli\u00e8rement concern\u00e9es.<\/p>\n<p>La CODEM repr\u00e9sente environ <strong>140 \u00e9leveurs et 8 000 bovins<\/strong> au sein de la fili\u00e8re organis\u00e9e. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle de la Martinique, on estime le cheptel \u00e0 environ 20 000 bovins.<\/p>\n<p>Sur le premier semestre, nous avons d\u00e9j\u00e0 enregistr\u00e9 <strong>plus de 250 morts<\/strong>, contre environ <strong>130 sur la m\u00eame p\u00e9riode l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente<\/strong>. Et au moment o\u00f9 nous parlons, nous approchons, selon les remont\u00e9es dont nous disposons, des 300 animaux morts.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-93709\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/boeufs2.png\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"351\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/boeufs2.png 600w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/boeufs2-18x12.png 18w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/boeufs2-150x88.png 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/boeufs2-450x263.png 450w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h3>De quoi meurent aujourd\u2019hui ces animaux ?<\/h3>\n<p>Le probl\u00e8me fondamental est qu\u2019il n\u2019y a plus suffisamment d\u2019herbe.<\/p>\n<p>Nous pouvons acheter du granul\u00e9 ou d\u2019autres compl\u00e9ments, mais un bovin reste un herbivore. Il a besoin de fibres et d\u2019herbe pour que son syst\u00e8me digestif fonctionne correctement.<\/p>\n<p>Or nos fournisseurs habituels de fourrage sont eux-m\u00eames confront\u00e9s \u00e0 la s\u00e9cheresse. L\u2019herbe n\u2019a pas pouss\u00e9 et ils ne peuvent plus nous approvisionner normalement.<\/p>\n<p>Certains animaux arrivent aujourd\u2019hui dans ce que l\u2019on appelle une <strong>cachexie<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire un \u00e9tat d\u2019amaigrissement extr\u00eame. Ils ont perdu leurs r\u00e9serves de graisse et leur masse musculaire. Ils deviennent tellement faibles qu\u2019ils tombent et ne parviennent parfois plus \u00e0 se relever.<\/p>\n<p><strong>Nous voyons m\u00eame des animaux qui, parce qu\u2019ils ne trouvent plus rien \u00e0 manger, essaient de consommer du carton ou du plastique.<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, nous ne sommes m\u00eame plus dans une logique consistant \u00e0 faire grossir les animaux.<\/p>\n<blockquote>\n<h2><em><strong>Nous sommes dans la sauvegarde.<\/strong><\/em><\/h2>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019objectif est de les maintenir en vie et de r\u00e9duire autant que possible la mortalit\u00e9.<\/p>\n<h3>C\u2019est dans ce contexte que Banamart intervient avec des livraisons de bananes ?<\/h3>\n<p>Oui, et cette aide est extr\u00eamement importante.<\/p>\n<p>Nous travaillons depuis longtemps avec la fili\u00e8re banane. Les \u00e9leveurs install\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9 de certaines exploitations ou stations banani\u00e8res r\u00e9cup\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 des bananes pour leurs animaux.<\/p>\n<p>Les bovins en raffolent.<\/p>\n<p>Dans la fili\u00e8re porcine \u00e9galement, des \u00e9leveurs utilisent depuis longtemps la banane en compl\u00e9ment de l\u2019alimentation.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, Banamart nous propose des volumes tr\u00e8s importants.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit essentiellement <strong>d\u2019\u00e9carts de tri<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire de bananes qui ne peuvent pas \u00eatre commercialis\u00e9es en raison de leur taille, d\u2019un d\u00e9faut esth\u00e9tique ou d\u2019une \u00e9gratignure, mais qui restent parfaitement utilisables pour l\u2019alimentation animale.<\/p>\n<p>Ces bananes nous sont mises gratuitement \u00e0 disposition.<\/p>\n<p>Banamart nous indique pouvoir mobiliser plusieurs centaines de tonnes par semaine si nous sommes capables d\u2019organiser leur acheminement jusqu\u2019aux \u00e9levages.<\/p>\n<h3>La banane peut-elle r\u00e9ellement remplacer l\u2019herbe ?<\/h3>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-93699 alignleft\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09.jpeg\" alt=\"\" width=\"205\" height=\"444\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09.jpeg 369w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-6x12.jpeg 6w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-150x325.jpeg 150w\" sizes=\"(max-width: 205px) 100vw, 205px\" \/>Non. Il faut \u00eatre tr\u00e8s clair : <strong>la banane ne remplace pas l\u2019herbe<\/strong>.<\/p>\n<p>Mais elle apporte des glucides, de l\u2019\u00e9nergie et notamment de l\u2019amidon. Si nous disposons parall\u00e8lement d\u2019un minimum de fibres ou de fourrage, elle devient un compl\u00e9ment extr\u00eamement utile.<\/p>\n<p>Encore une fois, aujourd\u2019hui, notre objectif n\u2019est pas d\u2019obtenir des performances normales d\u2019\u00e9levage.<\/p>\n<p>Nous cherchons d\u2019abord \u00e0 sauver les animaux.<\/p>\n<h3>Le probl\u00e8me devient donc \u00e9galement celui du transport ?<\/h3>\n<p>Exactement.<\/p>\n<p>Donner des centaines de tonnes de bananes ne sert \u00e0 rien si nous ne pouvons pas les transporter jusqu\u2019aux exploitations.<\/p>\n<p>La CODEM n\u2019a pas les moyens financiers de louer chaque semaine suffisamment de camions pour r\u00e9cup\u00e9rer les fruits dans diff\u00e9rentes exploitations et les distribuer sur toute la Martinique.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est l\u00e0 que l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le pr\u00e9fet de la Martinique et les services de la DAA<\/strong>F ont pris le probl\u00e8me \u00e0 bras-le-corps et d\u00e9cid\u00e9 de mobiliser des moyens permettant d\u2019accompagner le transport. Des camionneurs peuvent ainsi \u00eatre mobilis\u00e9s pour acheminer les bananes vers les secteurs d\u2019\u00e9levage.<\/p>\n<p>Sans cette aide logistique, nous ne pourrions pas profiter pleinement de la solidarit\u00e9 de Banamart.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-93704 size-full\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-5-e1786668097798.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"449\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-5-e1786668097798.jpeg 600w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-5-e1786668097798-16x12.jpeg 16w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-5-e1786668097798-150x112.jpeg 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-5-e1786668097798-450x337.jpeg 450w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h3>Vous \u00eates en revanche tr\u00e8s critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des collectivit\u00e9s et des \u00e9lus martiniquais\u2026<\/h3>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\"><strong>Oui, et je l\u2019assume.<\/strong><\/span><\/p>\n<p>J\u2019ai sollicit\u00e9 le pr\u00e9sident de la CTM. Je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 re\u00e7u. J\u2019ai interpell\u00e9 les \u00e9lus martiniquais par voie de presse et, selon moi, personne n\u2019est venu nous demander concr\u00e8tement ce dont nous avions besoin.<\/p>\n<p>Je repr\u00e9sente une coop\u00e9rative de 140 adh\u00e9rents et environ 8 000 bovins. Lorsque l\u2019on parle autant de souverainet\u00e9 ou d\u2019autonomie alimentaire en Martinique, je consid\u00e8re que la situation actuelle aurait d\u00fb entra\u00eener une mobilisation beaucoup plus importante.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\"><strong>Je suis profond\u00e9ment d\u00e9\u00e7u.<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Je suis \u00e9galement tr\u00e8s critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Chambre d\u2019agriculture. Nous avions alert\u00e9 sur la gravit\u00e9 de la situation et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s surpris d\u2019entendre ensuite que l\u2019ampleur du probl\u00e8me n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 mesur\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 un moment o\u00f9 des animaux meurent r\u00e9ellement dans les exploitations, chacun doit prendre ses responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<h3>Qui vous aide aujourd\u2019hui concr\u00e8tement ?<\/h3>\n<p>Il faut aussi savoir dire lorsque les gens r\u00e9pondent pr\u00e9sents.<\/p>\n<p>Nous avons d\u2019abord <strong>Banamart<\/strong>, qui met gratuitement des bananes \u00e0 notre disposition.<\/p>\n<p>Nous avons \u00e9galement l\u2019appui de la <strong>SICA Canne Union<\/strong>, qui met \u00e0 disposition des produits issus de la canne.<\/p>\n<p>The <strong>Cr\u00e9dit Agricole<\/strong> s\u2019est dit pr\u00eat \u00e0 examiner des solutions concernant les \u00e9ch\u00e9ances de pr\u00eats des \u00e9leveurs pendant cette p\u00e9riode difficile.<\/p>\n<p>Nous avons aussi <strong>Martinique Nutrition Animale<\/strong>, qui travaille avec nous sur le prix des aliments destin\u00e9s aux animaux.<\/p>\n<p>Et nous avons <strong>the government<\/strong>, \u00e0 travers le <strong>pr\u00e9fet et la DAAF,<\/strong> notamment pour la question du transport.<\/p>\n<p><strong>Je le dis clairement : sans cette mobilisation de partenaires priv\u00e9s et sans l\u2019aide de l\u2019\u00c9tat, la situation de la fili\u00e8re serait encore beaucoup plus grave.<\/strong><\/p>\n<h3>M\u00eame si la pluie revient maintenant, combien de temps faudra-t-il pour retrouver des p\u00e2turages normaux ?<\/h3>\n<p>Il faut compter environ <strong>trois mois<\/strong>.<\/p>\n<p>La situation est telle que les bovins ont parfois consomm\u00e9 l\u2019herbe jusque tr\u00e8s pr\u00e8s des racines. La strate v\u00e9g\u00e9tale est extr\u00eamement d\u00e9grad\u00e9e.<\/p>\n<p>Il ne suffit donc pas qu\u2019il pleuve demain pour que les animaux puissent recommencer \u00e0 p\u00e2turer normalement la semaine suivante.<\/p>\n<p>Il faut permettre \u00e0 l\u2019herbe de repousser et de retrouver suffisamment de mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Nous devons donc trouver de quoi nourrir les troupeaux pendant environ trois mois suppl\u00e9mentaires, m\u00eame si la pluviom\u00e9trie redevient normale.<\/p>\n<h3>Et les cons\u00e9quences ne s\u2019arr\u00eateront pas \u00e0 ces trois mois ?<\/h3>\n<p>Non. C\u2019est m\u00eame l\u2019une des grandes inqui\u00e9tudes pour la suite.<\/p>\n<p>Une vache qui a atteint un \u00e9tat de tr\u00e8s grande maigreur ne retrouve pas imm\u00e9diatement ses capacit\u00e9s de reproduction d\u00e8s qu\u2019on recommence \u00e0 bien la nourrir.<\/p>\n<p>Son organisme s\u2019est prot\u00e9g\u00e9. Il faudra du temps pour qu\u2019elle retrouve un \u00e9tat corporel suffisant, puisse de nouveau entrer normalement en chaleur et \u00eatre f\u00e9cond\u00e9e.<\/p>\n<p>Une vache est normalement destin\u00e9e \u00e0 produire environ un veau par an. Avec ce que certains animaux viennent de subir, l\u2019intervalle entre deux v\u00ealages risque de fortement augmenter.<\/p>\n<p>Certains animaux pourraient ne pas retrouver un fonctionnement reproductif normal avant <strong>un an \u00e0 un an et demi<\/strong>.<\/p>\n<p>Cela signifie que cette s\u00e9cheresse va avoir des cons\u00e9quences sur la production p<strong>endant plusieurs ann\u00e9es.<\/strong><\/p>\n<blockquote><p><em><strong>Nous pouvons d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rer que les deux prochaines ann\u00e9es sont affect\u00e9es par ce car\u00eame.<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>La fili\u00e8re bovine martiniquaise \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 loin de couvrir la consommation locale\u2026<\/h3>\n<p>Oui.<\/p>\n<p>La production locale repr\u00e9sente environ <strong>600 tonnes de viande bovine par an<\/strong>, dont environ 400 tonnes pour la fili\u00e8re organis\u00e9e selon nos estimations, alors que la consommation martiniquaise est de plusieurs milliers de tonnes.<\/p>\n<p>Nous sommes donc tr\u00e8s loin de couvrir les besoins du territoire.<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019est pas uniquement une question de nombre d\u2019\u00e9leveurs ou de disponibilit\u00e9 de terres.<\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement r\u00e9ussir \u00e0 produire des animaux suffisamment lourds.<\/p>\n<p>Un animal qui manque d\u2019alimentation ne d\u00e9veloppe \u00e9videmment pas son potentiel normal. Nous voyons aujourd\u2019hui des animaux arriver \u00e0 des poids tr\u00e8s inf\u00e9rieurs \u00e0 ce que l\u2019on pourrait normalement attendre.<\/p>\n<p>La s\u00e9cheresse affecte donc aussi la production future par la diminution du poids des animaux.<\/p>\n<h3>Vous estimez pourtant qu\u2019il existe des solutions structurelles pour rendre l\u2019\u00e9levage moins vuln\u00e9rable\u2026<\/h3>\n<p>Bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>Avec l\u2019appui de l\u2019\u00c9tat, nous avons notamment travaill\u00e9 pendant environ deux ans sur la cr\u00e9ation d\u2019une <strong>Association fonci\u00e8re pastorale<\/strong>, une AFP.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e est simple : identifier dans les communes des terrains publics ou priv\u00e9s inutilis\u00e9s qui pourraient temporairement servir \u00e0 produire du fourrage.<\/p>\n<p>Le propri\u00e9taire conserve son terrain et peut le r\u00e9cup\u00e9rer lorsqu\u2019il en a besoin. Mais, en attendant, la parcelle peut participer \u00e0 la production agricole et fournir de l\u2019alimentation aux animaux.<\/p>\n<p>Selon le travail que nous avons r\u00e9alis\u00e9, des centaines d\u2019hectares pourraient ainsi \u00eatre mobilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Le dispositif a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019accompagnement de l\u2019\u00c9tat, mais nous n\u2019avons pas obtenu, selon moi, la mobilisation des collectivit\u00e9s et des communes qui aurait permis de v\u00e9ritablement le d\u00e9velopper.<\/p>\n<p>Si nous avions constitu\u00e9 davantage de r\u00e9serves fourrag\u00e8res, nous serions aujourd\u2019hui beaucoup moins vuln\u00e9rables.<\/p>\n<h3>Vous souhaitez aussi valoriser davantage les sous-produits agricoles martiniquais\u2026<\/h3>\n<p>C\u2019est fondamental.<\/p>\n<p>Nous disposons de ressources qui sont aujourd\u2019hui insuffisamment utilis\u00e9es.<\/p>\n<p>Lorsque les entreprises fabriquent des jus, il reste de la pulpe de fruits. Cette mati\u00e8re pourrait \u00eatre d\u00e9shydrat\u00e9e et entrer dans l\u2019alimentation animale.<\/p>\n<p>Il y a \u00e9galement la <strong>bagasse de canne<\/strong>, qui peut \u00eatre transform\u00e9e et utilis\u00e9e comme source de fibres.<\/p>\n<p>Il y a les \u00e9carts de tri de bananes que nous utilisons actuellement, mais \u00e9galement d\u2019autres sous-produits de la banane.<\/p>\n<p>Avec de la bagasse, des produits issus de la canne, des sous-produits des fili\u00e8res de jus et de la banane, nous avons selon moi les ressources permettant de produire localement une partie importante de l\u2019alimentation destin\u00e9e aux bovins.<\/p>\n<p>Cela se pratique d\u00e9j\u00e0 dans d\u2019autres pays. Cela fait des ann\u00e9es que nous demandons qu\u2019une petite unit\u00e9 de transformation soit mise en place en Martinique. Elle pourrait en plus cr\u00e9er des emplois.<\/p>\n<h3>Cette s\u00e9cheresse r\u00e9v\u00e8le-t-elle finalement une vuln\u00e9rabilit\u00e9 plus profonde de l\u2019\u00e9levage martiniquais face aux \u00e9pisodes climatiques ? Que faudrait-il mettre en place pour \u00e9viter de revivre la m\u00eame situation ?<\/h3>\n<p>Nous avons une grande partie des moyens n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re question, c\u2019est <strong>water<\/strong>.<\/p>\n<p>La Martinique poss\u00e8de d\u2019importantes ressources en eaux souterraines. Cela fait tr\u00e8s longtemps que nous demandons que l\u2019on \u00e9tudie et d\u00e9veloppe davantage les possibilit\u00e9s de forage pour s\u00e9curiser l\u2019approvisionnement agricole.<\/p>\n<p>Cela fait quarante ans, selon moi, que cette question revient, quel que soit l\u2019ex\u00e9cutif en place, sans qu\u2019une v\u00e9ritable politique soit engag\u00e9e \u00e0 la hauteur du probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Ensuite, il y a <strong>le foncier<\/strong>.<\/p>\n<p>Nous avons beaucoup de terres agricoles qui ne sont plus exploit\u00e9es et qui retournent progressivement en friche. Une partie pourrait \u00eatre remise en production, notamment pour produire de l\u2019herbe et constituer des r\u00e9serves fourrag\u00e8res.<\/p>\n<p>Il y a ensuite tous les <strong>sous-produits agricoles<\/strong> dont nous venons de parler.<\/p>\n<p>Si nous menions une vraie politique de production durable, nous pourrions fabriquer localement une partie de l\u2019alimentation n\u00e9cessaire \u00e0 plusieurs milliers de bovins.<\/p>\n<p><strong>Les solutions existent. La vraie question est : quand allons-nous nous mettre au travail ?<\/strong><\/p>\n<h3>Vous faites le lien directement avec le d\u00e9bat sur l\u2019autonomie alimentaire ?<\/h3>\n<p>\u00c9videmment.<\/p>\n<p>Quand on regarde ce qui se passe dans le monde actuellement, la Martinique doit se demander combien de temps elle pourrait tenir si les importations \u00e9taient fortement perturb\u00e9es.<\/p>\n<p>Nous devons donc d\u00e9velopper notre production.<\/p>\n<p>Je consid\u00e8re qu\u2019avec <strong>1 000 hectares suppl\u00e9mentaires r\u00e9ellement organis\u00e9s et consacr\u00e9s \u00e0 la production vivri\u00e8re et mara\u00eech\u00e8re<\/strong>, nous pourrions d\u00e9j\u00e0 augmenter tr\u00e8s fortement l\u2019offre locale pour une population d\u2019environ 350 000 habitants.<\/p>\n<p>Et ces terres existent.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me n\u2019est pas seulement de planter davantage. Il faut surtout <strong>organiser la production<\/strong>.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu des situations o\u00f9 des centaines de tonnes d\u2019un m\u00eame produit ne trouvaient pas suffisamment de d\u00e9bouch\u00e9s parce que beaucoup d\u2019agriculteurs avaient plant\u00e9 la m\u00eame chose au m\u00eame moment.<\/p>\n<p>Cela n\u2019a pas de sens.<\/p>\n<p>Si l\u2019on dispose de plusieurs centaines ou milliers d\u2019hectares, il faut pouvoir programmer la production : tant d\u2019hectares de patate douce, tant de l\u00e9gumes, tant de piment v\u00e9g\u00e9tarien, tant d\u2019autres cultures, en fonction de ce que consomme r\u00e9ellement la Martinique.<\/p>\n<p>C\u2019est cela, pour moi, une agriculture raisonn\u00e9e et organis\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous ne serons \u00e9videmment pas autonomes dans tous les domaines, notamment pour la viande. Mais pour une grande partie du <strong>vivrier et du mara\u00eechage<\/strong>, je consid\u00e8re que la Martinique pourrait atteindre un niveau d\u2019autonomie beaucoup plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>Nous avons les terres, nous avons l\u2019eau, nous avons les agriculteurs et nous avons des sous-produits agricoles utilisables.<\/p>\n<p><strong>Ce qui manque aujourd\u2019hui, c\u2019est une politique coh\u00e9rente et une organisation collective capable de transformer ces ressources en production.<\/strong><\/p>\n<p><em>Propos recueillis par Philippe Pied.<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9sident de la CODEM, Andr\u00e9 Prosper d\u00e9crit une situation qu\u2019il qualifie de \u00ab catastrophe exceptionnelle \u00bb pour l\u2019\u00e9levage bovin martiniquais. Apr\u00e8s plusieurs mois d\u2019une s\u00e9cheresse particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re, les p\u00e2turages sont \u00e9puis\u00e9s, les animaux maigrissent et les mortalit\u00e9s augmentent. 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