{"id":93717,"date":"2026-08-13T20:46:40","date_gmt":"2026-08-14T00:46:40","guid":{"rendered":"https:\/\/antilla-martinique.com\/?p=93717"},"modified":"2026-08-13T20:57:56","modified_gmt":"2026-08-14T00:57:56","slug":"secheresse-quand-la-banane-vient-au-secours-des-eleveurs-martiniquais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antilla-martinique.com\/en\/secheresse-quand-la-banane-vient-au-secours-des-eleveurs-martiniquais\/","title":{"rendered":"S\u00e9cheresse : quand la banane vient au secours des \u00e9leveurs martiniquais"},"content":{"rendered":"<p><strong>Face aux cons\u00e9quences d\u2019une s\u00e9cheresse qui dure depuis avril, la fili\u00e8re banane a d\u00e9cid\u00e9 de venir en aide aux \u00e9leveurs bovins de Martinique. Apr\u00e8s deux premi\u00e8res livraisons repr\u00e9sentant 7 tonnes de bananes, soit environ 35 000 fruits, Jean-Claude Marraud des Grottes, pr\u00e9sident de Banamart, veut aller beaucoup plus loin. Il estime que les producteurs pourraient mobiliser jusqu\u2019\u00e0 300 tonnes de bananes par semaine pendant trois mois. Une op\u00e9ration men\u00e9e avec la CODEM et son pr\u00e9sident Andr\u00e9 Prosper, qui illustre, selon lui, la n\u00e9cessit\u00e9 de cesser d\u2019opposer les diff\u00e9rentes fili\u00e8res agricoles martiniquaises. Interview.<\/strong><\/p>\n<h3>Antilla : Comment est n\u00e9e cette op\u00e9ration de solidarit\u00e9 entre les producteurs de bananes et les \u00e9leveurs de la CODEM ?<\/h3>\n<p><strong>Jean-Claude Marraud des Grottes :<\/strong> Les producteurs de bananes ne pouvaient pas rester insensibles face \u00e0 la d\u00e9gradation de la situation de la fili\u00e8re \u00e9levage et notamment de la CODEM. Avec Andr\u00e9 Prosper, son pr\u00e9sident, nous nous sommes donc rapproch\u00e9s.<\/p>\n<p>Il faut savoir que la banane est particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9e des bovins. Un bovin peut en consommer jusqu\u2019\u00e0 40 kilos par jour. En p\u00e9riode de s\u00e9cheresse, elle lui apporte notamment de l\u2019eau, mais \u00e9galement du potassium, du magn\u00e9sium et diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments nutritifs. C\u2019est un aliment qui est d\u2019ailleurs conseill\u00e9 dans certaines situations par les v\u00e9t\u00e9rinaires.<\/p>\n<p>Et les vaches en raffolent v\u00e9ritablement. La banane verte est consomm\u00e9e enti\u00e8rement, avec la peau. Quand vous les voyez manger, vous comprenez imm\u00e9diatement que ce n\u2019est pas simplement un aliment de substitution pour elles, c\u2019est presque une friandise.<\/p>\n<p>Nous ne pouvions donc pas rester sans rien faire lorsque nous avons entendu Andr\u00e9 Prosper annoncer que la CODEM avait d\u00e9j\u00e0 recens\u00e9 environ <strong>200 bovins morts depuis avril<\/strong>. C\u2019est consid\u00e9rable et, selon les informations dont nous disposons, tr\u00e8s sup\u00e9rieur \u00e0 ce que l\u2019on observe habituellement.<\/p>\n<p>Nous avions d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 des relations entre nos deux fili\u00e8res. Lors du Salon de l\u2019agriculture, Banamart avait notamment accompagn\u00e9 <strong>Biguine<\/strong>, la vache brahmane martiniquaise, et les autres animaux pr\u00e9sents avec elle. Nous avions fourni des bananes vertes pendant leur s\u00e9jour dans l\u2019Hexagone. L\u2019\u00e9leveur qui les accueillait nous expliquait qu\u2019avec la banane, il r\u00e9ussissait beaucoup plus facilement \u00e0 g\u00e9rer les brahmanes, qui sont des animaux avec du caract\u00e8re.<\/p>\n<h3>Deux op\u00e9rations ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 men\u00e9es. Quels volumes ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s ?<\/h3>\n<p>La semaine derni\u00e8re, une exploitation banani\u00e8re du Nord a offert <strong>4 tonnes de bananes<\/strong>, soit environ <strong>20 000 bananes<\/strong>, aux producteurs de la CODEM.<\/p>\n<p>Ce matin, nous avons renouvel\u00e9 l\u2019op\u00e9ration avec environ <strong>3 tonnes suppl\u00e9mentaires<\/strong>, or nearly <strong>15 000 bananes<\/strong>.<\/p>\n<p>Cela repr\u00e9sente donc d\u00e9j\u00e0 <strong>7 tonnes, environ 35 000 bananes<\/strong>, offertes aux \u00e9leveurs en quelques jours.<\/p>\n<p>Mais ce que nous avons fait jusqu\u2019ici n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but.<\/p>\n<p>Lorsque nous avons discut\u00e9 avec Andr\u00e9 Prosper et avec les \u00e9leveurs, j\u2019ai compris une chose essentielle :<\/p>\n<blockquote>\n<h3><em> m\u00eame si la pluie revenait imm\u00e9diatement, les p\u00e2turages ne seraient pas reconstitu\u00e9s du jour au lendemain. Il faudra environ <strong>trois mois<\/strong> avant qu\u2019ils puissent de nouveau fournir normalement de l\u2019herbe aux troupeaux.<\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>Pendant ces trois mois, les animaux continueront donc \u00e0 souffrir si les \u00e9leveurs ne trouvent pas des solutions alimentaires alternatives. Et acheter du fourrage pendant plusieurs semaines repr\u00e9sente \u00e9videmment un co\u00fbt tr\u00e8s lourd pour une exploitation.<\/p>\n<h3>Jusqu\u2019o\u00f9 Banamart pourrait-il aller pendant ces trois mois ?<\/h3>\n<p>Je veux \u00eatre beaucoup plus ambitieux.<\/p>\n<p>Si nous r\u00e9ussissons \u00e0 mobiliser les producteurs, nous avons potentiellement la capacit\u00e9 d\u2019aller jusqu\u2019\u00e0 <strong>300 tonnes de bananes par semaine pendant douze semaines<\/strong>.<\/p>\n<p>\u00c0 raison d\u2019environ 5 000 bananes par tonne, cela repr\u00e9senterait environ <strong>1,5 million de bananes chaque semaine<\/strong>.<\/p>\n<p>Il y aurait, selon les \u00e9l\u00e9ments qui nous ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s, environ <strong>7 000 bovins actuellement confront\u00e9s aux cons\u00e9quences de la s\u00e9cheresse<\/strong>. Avec de tels volumes, cela repr\u00e9senterait de l\u2019ordre de 200 bananes par bovin et par semaine.<\/p>\n<p>La banane peut \u00eatre donn\u00e9e directement \u00e0 l\u2019animal, mais elle peut \u00e9galement \u00eatre associ\u00e9e au fourrage. Des \u00e9leveurs nous expliquaient par exemple que lorsque le foin est extr\u00eamement sec, les bovins peuvent \u00eatre r\u00e9ticents \u00e0 le consommer. M\u00e9langer de la banane avec ce fourrage permet alors de rendre l\u2019ensemble beaucoup plus app\u00e9tissant.<\/p>\n<p>Pour nous, l\u2019enjeu est donc maintenant de voir comment tenir pendant les douze semaines n\u00e9cessaires \u00e0 la reconstitution des p\u00e2turages.<\/p>\n<h3>Donner 300 tonnes de bananes par semaine suppose tout de m\u00eame une organisation logistique consid\u00e9rable\u2026<\/h3>\n<p>Oui, et c\u2019est probablement le principal sujet.<\/p>\n<p>Les producteurs offrent les bananes. Mais ensuite, il faut transporter ces volumes depuis les exploitations, qui peuvent \u00eatre situ\u00e9es \u00e0 Basse-Pointe, au Lorrain, au Robert ou ailleurs, jusqu\u2019aux \u00e9levages, dont beaucoup sont situ\u00e9s dans le Sud.<\/p>\n<p>Ce matin, par exemple, le producteur a \u00e9galement mis son camion \u00e0 disposition et mobilis\u00e9 quelqu\u2019un pratiquement toute la journ\u00e9e pour effectuer la livraison. \u00c0 petite \u00e9chelle, cela peut fonctionner ainsi. Avec plusieurs centaines de tonnes, il faut \u00e9videmment une organisation beaucoup plus structur\u00e9e.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Prosper travaille sur cette question. Il a indiqu\u00e9 avoir obtenu un soutien de la de l&rsquo;Etat et de la DAAF pour le transport. C\u2019est indispensable, parce que nous pouvons mobiliser le produit, mais il faut ensuite \u00eatre capable de le faire parvenir aux \u00e9leveurs.<\/p>\n<p>En France hexagonale, face \u00e0 certaines situations de s\u00e9cheresse, on voit m\u00eame les moyens de l\u2019\u00c9tat \u00eatre mobilis\u00e9s pour transporter du fourrage. Il faut r\u00e9fl\u00e9chir de la m\u00eame mani\u00e8re ici si la situation l\u2019exige.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-93701\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-2.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-2.jpeg 600w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-2-9x12.jpeg 9w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-2-150x200.jpeg 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/WhatsApp-Image-2026-08-13-at-16.27.09-2-450x600.jpeg 450w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h3>La s\u00e9cheresse frappe durement l\u2019\u00e9levage. La fili\u00e8re banane est-elle elle aussi touch\u00e9e ?<\/h3>\n<p>\u00c9videmment. Et c\u2019est justement ce qui donne encore davantage de sens \u00e0 cette solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>La pluie n\u2019est pas v\u00e9ritablement revenue. Nous avons toujours un d\u00e9ficit hydrique extr\u00eamement important. Les petites pluies que nous avons pu avoir depuis avril ne suffisent absolument pas \u00e0 compenser la situation.<\/p>\n<p>Quand vous voyez l\u2019\u00e9tat de certains p\u00e2turages aujourd\u2019hui, alors que nous sommes presque au 15 ao\u00fbt, c\u2019est impressionnant. Et ce n\u2019est pas seulement l\u2019\u00e9levage ou la banane qui souffrent. Toute l\u2019agriculture martiniquaise est concern\u00e9e. J\u2019entendais encore des agriculteurs expliquer qu\u2019ils ne r\u00e9coltaient parfois m\u00eame pas la moiti\u00e9 de certains fruits ou l\u00e9gumes.<\/p>\n<p>Pour la banane, il y a en plus un d\u00e9calage entre la s\u00e9cheresse et le moment o\u00f9 nous en mesurons r\u00e9ellement les cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 perdu environ <strong>15 % de volume sur certaines p\u00e9riodes<\/strong>, mais nous savons que les d\u00e9g\u00e2ts vont appara\u00eetre davantage encore dans les mois qui viennent.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un r\u00e9gime sort, il faut environ douze semaines avant sa r\u00e9colte. Cela signifie que les effets du manque d\u2019eau que nous constatons aujourd\u2019hui se retrouveront dans les r\u00e9coltes trois mois plus tard. Le r\u00e9gime sera plus petit, les fruits seront plus petits et nous perdrons du tonnage.<\/p>\n<p>Nous savons donc d\u00e9j\u00e0 que nous risquons d\u2019enregistrer des pertes importantes entre septembre et d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Pour les \u00e9leveurs, la cons\u00e9quence est beaucoup plus imm\u00e9diate : une vache ne peut \u00e9videmment pas attendre trois mois avant de manger. Lorsque le p\u00e2turage dispara\u00eet, le probl\u00e8me se pose imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que, m\u00eame si nous sommes nous-m\u00eames touch\u00e9s, nous devons aider.<\/p>\n<p>Quand je vois ces p\u00e2turages compl\u00e8tement dess\u00e9ch\u00e9s, cela me fend le c\u0153ur. Pour un agriculteur, voir le travail d\u2019un autre agriculteur d\u00e9truit est quelque chose que l\u2019on comprend imm\u00e9diatement. Pour nous, ce serait comme voir une bananeraie enti\u00e8rement couch\u00e9e apr\u00e8s un cyclone.<\/p>\n<h3>Vous voulez \u00e9galement faire de cette op\u00e9ration un symbole de solidarit\u00e9 entre les diff\u00e9rentes fili\u00e8res agricoles martiniquaises\u2026<\/h3>\n<p>C\u2019est m\u00eame le message principal.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">Il faut arr\u00eater d\u2019opposer en permanence la banane \u00e0 la canne, la banane \u00e0 la diversification ou les diff\u00e9rentes agricultures entre elles.<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<h3><strong>Nous sommes tous agriculteurs. Nous avons les m\u00eames probl\u00e8mes et nous exer\u00e7ons fondamentalement le m\u00eame m\u00e9tier.<\/strong><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>Comment pourrais-je aller voir des producteurs de bananes et leur dire : \u00ab Les \u00e9leveurs ont perdu 200 b\u00eates, les p\u00e2turages sont d\u00e9truits, mais ce n\u2019est pas notre probl\u00e8me \u00bb ?<\/p>\n<p>Ce serait incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>Au contraire, je leur demande aujourd\u2019hui de donner des bananes, potentiellement jusqu\u2019\u00e0 300 tonnes par semaine, pour venir en aide \u00e0 d\u2019autres agriculteurs. Et ils sont pr\u00eats \u00e0 le faire.<\/p>\n<p>C\u2019est cela qu\u2019il faut retenir de cette op\u00e9ration : <strong>au lieu de nous chamailler entre fili\u00e8res, mettons-nous ensemble.<\/strong><\/p>\n<p>Et ce message est particuli\u00e8rement important en Martinique.<\/p>\n<h3>Vous estimez donc que la banane et la diversification ne doivent surtout pas \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9es comme concurrentes ?<\/h3>\n<p>Absolument.<\/p>\n<p>On entend souvent dire que la banane emp\u00eacherait la diversification agricole ou qu\u2019elle prendrait toutes les terres et toutes les aides. C\u2019est beaucoup plus compliqu\u00e9 que cela.<\/p>\n<p>Chez Banamart, par exemple, <strong>environ 80 de nos producteurs font \u00e9galement de la diversification<\/strong>, sur environ <strong>160 hectares<\/strong>. Ils produisent des fruits, des l\u00e9gumes, des agrumes et diff\u00e9rentes cultures en compl\u00e9ment de la banane.<\/p>\n<p>L\u2019organisation de la fili\u00e8re banane leur apporte d\u2019ailleurs une s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique. Les producteurs disposent de recettes r\u00e9guli\u00e8res, ce qui leur permet aussi de financer d\u2019autres productions.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-93707\" src=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bananes-boeufs.png\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"352\" srcset=\"https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bananes-boeufs.png 600w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bananes-boeufs-18x12.png 18w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bananes-boeufs-150x88.png 150w, https:\/\/antilla-martinique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/bananes-boeufs-450x264.png 450w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p><strong>Le vrai enjeu pour la diversification est beaucoup plus celui de l\u2019organisation.<\/strong><\/p>\n<p>Vous pouvez produire \u00e9norm\u00e9ment de courgettes ou de concombres, mais si tout arrive au m\u00eame moment sur le march\u00e9, les prix s\u2019effondrent et une partie de la production peut finir par \u00eatre perdue.<\/p>\n<p>Et vous ne pouvez pas demander \u00e0 la grande distribution de vous acheter dix tonnes une semaine si vous \u00eates incapable d\u2019en fournir r\u00e9guli\u00e8rement ensuite. Dans ce cas, elle se tourne vers l\u2019importation.<\/p>\n<blockquote><p><strong>Produire ne suffit donc pas. Il faut \u00eatre organis\u00e9 pour produire, mais \u00e9galement pour vendre.<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>C\u2019est ce que montrent des structures comme Banamart, la CODEM ou les organisations de la fili\u00e8re canne. Toutes les agricultures sont aid\u00e9es d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, mais pour acc\u00e9der \u00e0 beaucoup de dispositifs, notamment europ\u00e9ens, il faut disposer de fili\u00e8res et d\u2019organisations professionnelles capables de porter les dossiers.<\/p>\n<h3>Vous consid\u00e9rez \u00e9galement qu\u2019il existe encore des terres permettant de d\u00e9velopper cette diversification ?<\/h3>\n<p>Oui. Il ne faut pas laisser penser que la diversification serait impossible parce que toutes les terres seraient prises par la banane ou la canne.<\/p>\n<p>La Martinique compte encore plusieurs milliers d\u2019hectares de friches. Les chiffres dont je dispose font \u00e9tat d\u2019environ <strong>8 100 hectares identifi\u00e9s comme friches<\/strong>, dont une partie pr\u00e9sente un fort potentiel agricole.<\/p>\n<p>La banane repr\u00e9sente de l\u2019ordre de <strong>4 300 hectares<\/strong> et environ <strong>4 300 emplois \u00e0 temps plein<\/strong>. La canne occupe elle aussi plusieurs milliers d\u2019hectares.<\/p>\n<p><strong>Mais il reste un potentiel foncier.<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 mes yeux, avec environ un millier d\u2019hectares suppl\u00e9mentaires correctement organis\u00e9s et consacr\u00e9s au vivrier et \u00e0 la diversification, il serait d\u00e9j\u00e0 possible de faire \u00e9voluer tr\u00e8s sensiblement la part de la production locale.<\/p>\n<p>Il faut donc travailler sur la mobilisation du foncier, l\u2019organisation des producteurs, les d\u00e9bouch\u00e9s et les financements plut\u00f4t que de d\u00e9signer une fili\u00e8re comme responsable des difficult\u00e9s d\u2019une autre.<\/p>\n<p>Dans la prochaine programmation europ\u00e9enne, nous voulons d\u2019ailleurs d\u00e9fendre, avec Eurodom, des moyens suppl\u00e9mentaires tr\u00e8s importants en faveur de la diversification, avec un objectif que nous souhaiterions porter jusqu\u2019\u00e0 <strong>50 millions d\u2019euros<\/strong>.<\/p>\n<p>Mais pour pouvoir d\u00e9fendre efficacement ce type de demande, il faut pr\u00e9cis\u00e9ment que le monde agricole martiniquais soit capable de <strong>parler collectivement.<\/strong><\/p>\n<p>Cette op\u00e9ration avec la CODEM en apporte la d\u00e9monstration.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, ce sont les \u00e9leveurs qui sont dans une situation extr\u00eamement difficile et les producteurs de bananes peuvent leur venir en aide. Demain, ce sera peut-\u00eatre une autre fili\u00e8re qui aura besoin de la solidarit\u00e9 des autres.<\/p>\n<p><strong>La moralit\u00e9 est simple : plut\u00f4t que de nous opposer, mettons-nous ensemble.<\/strong> C\u2019est probablement l\u2019un des messages les plus importants que l\u2019agriculture martiniquaise puisse envoyer aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><em>Propos recueillis par Philippe Pied.<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face aux cons\u00e9quences d\u2019une s\u00e9cheresse qui dure depuis avril, la fili\u00e8re banane a d\u00e9cid\u00e9 de venir en aide aux \u00e9leveurs bovins de Martinique. Apr\u00e8s deux premi\u00e8res livraisons repr\u00e9sentant 7 tonnes de bananes, soit environ 35 000 fruits, Jean-Claude Marraud des Grottes, pr\u00e9sident de Banamart, veut aller beaucoup plus loin. 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