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La règle du 1 kilomètre a-t-elle vraiment un impact sur le Covid-19?

La règle du 1 kilomètre a-t-elle vraiment un impact sur le Covid-19?
novembre 19
19:05 2020

On le sait, les contaminations à l’extérieur, à condition de porter un masque, sont rares. Quelle logique alors pour cette mesure?

La règle du 1 kilomètre a-t-elle un sens? Cela ne vous aura pas échappé, depuis le début de ce second confinement, et comme en mars dernier, les sorties sportives et pour prendre l’air sont limitées à un rayon de 1 kilomètre autour du domicile et à 1 heure.

Est aussi interdit tout rassemblement dans l’espace public, et donc la rencontre entre membres de différents foyers. Mais si cette mesure avait une certaine logique lors du premier confinement, notamment à cause de l’absence de masques disponibles pour le grand public, est-ce encore le cas aujourd’hui?

La question pourrait sembler anecdotique, la deuxième vague ayant rempli rapidement les lits des hôpitaux. Mais elle vaut que l’on s’y arrête, parce qu’elle est l’une des mesures les plus concrètes qui s’appliquent dans nos quotidiens

Aucune donnée scientifique

La France est l’un des seuls pays en Europe à avoir instauré une limite de distance lors des sorties. Comme le relevait CheckNews, l’Angleterre encourage même les personnes habitant seules à faire un tour dans un parc avec un·e ami·e. En Belgique, où la courbe des infections semble s’infléchir, il est toujours possible de se réunir à quatre dans la rue, un confinement «sans isolement»selon le gouvernement fédéral.

Si le confinement implique évidemment le fait de limiter le plus possible les interactions sociales, ne risque-t-on pas, au contraire, de complètement casser le lien social en empêchant les sorties? «Les Français se concentreront sur leur famille», a-t-on pu entendre en provenance du gouvernement.

Mais quid des personnes habitant seules, qu’elles soient jeunes ou âgées? Que risque-t-on vraiment en allant à 5 kilomètres de chez soi, du moment que l’on ne prend pas sa voiture ou les transports en commun, d’autant que la règle ne se vit pas de la même façon à la campagne ou en ville?


«Les mesures du confinement étant prises toutes en même temps, nous ne sommes pas en mesure d’en évaluer l’impact individuel.»

                     Chloé Dimeglio, biostatisticienne


Après tout, les Français·es disposent désormais de masques, qui faisaient cruellement défaut lors du premier confinement. La recherche scientifique montre d’ailleurs que le risque de contamination est très faible lorsque l’on se trouve à l’extérieur et que l’on respecte les gestes barrières.

Une étude publiée en août dernier par une équipe de l’université d’Oxford et du MIT indique que le risque d’infection à l’extérieur, lorsque les deux parties portent des masques et respectent les gestes barrières est quasiment impossible. «Plutôt qu’une règle de distanciation physique unique et rigide, nous proposons des recommandations graduées qui reflètent mieux la combinaison des multiples facteurs déterminant le risque», suggèrent les auteurs et autrices de l’étude.

La plupart des épidémiologistes et virologistes contacté·es pour ce papier ont refusé de répondre à une demande d’interview. Certain·es jugeaient la question superficielle, mais tous et toutes notaient qu’il n’existe quasiment aucune donnée scientifique sur ce sujet spécifique.

«Les mesures du confinement étant prises toutes en même temps, nous ne sommes pas en mesure d’en évaluer l’impact individuel puisqu’elles influent en même temps sur la dynamique de transmission du virus», explique Chloé Dimeglio, biostatisticienne au CHU de Toulouse qui a publié une étude sur l’impact des gestes barrières.

«Il n’est pas possible d’évaluer spécifiquement l’impact de la règle du 1 kilomètre sur les Français·es.»

Lise Bourdeau-Lepage, chercheuse

La mesure aurait-elle été choisie arbitrairement? «Les restrictions de mouvements interrégionaux ainsi que les interdictions de rassemblement d’un grand nombre de personnes dans des lieux publics (comme les parcs ou les plages) a un impact notable sur la transmission du virus et permet donc de réduire le taux de reproduction variable dans le temps», détaille Harish Nair, à la tête de l’unité de recherche des maladies infectieuses pédiatriques de l’université d’Édimbourg et coauteur d’une étude sur l’impact des différentes mesures contre le Covid-19.

La stratégie de l’État est simple: pour contrer l’épidémie, il faut réduire au maximum les contacts. Jusqu’à quel point? Au niveau de la rencontre entre deux personnes, avec ou sans masque et à l’extérieur, rien n’indique qu’elle ait un impact positif ou négatif sur l’épidémie, détaille le chercheur.

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La plupart des épidémiologistes et virologistes contacté·es pour ce papier ont refusé de répondre à une demande d’interview. Certain·es jugeaient la question superficielle, mais tous et toutes notaient qu’il n’existe quasiment aucune donnée scientifique sur ce sujet spécifique.

«Les mesures du confinement étant prises toutes en même temps, nous ne sommes pas en mesure d’en évaluer l’impact individuel puisqu’elles influent en même temps sur la dynamique de transmission du virus», explique Chloé Dimeglio, biostatisticienne au CHU de Toulouse qui a publié une étude sur l’impact des gestes barrières.

«Il n’est pas possible d’évaluer spécifiquement l’impact de la règle du 1 kilomètre sur les Français·es.»

Lise Bourdeau-Lepage, chercheuse

La mesure aurait-elle été choisie arbitrairement? «Les restrictions de mouvements interrégionaux ainsi que les interdictions de rassemblement d’un grand nombre de personnes dans des lieux publics (comme les parcs ou les plages) a un impact notable sur la transmission du virus et permet donc de réduire le taux de reproduction variable dans le temps», détaille Harish Nair, à la tête de l’unité de recherche des maladies infectieuses pédiatriques de l’université d’Édimbourg et coauteur d’une étude sur l’impact des différentes mesures contre le Covid-19.

La stratégie de l’État est simple: pour contrer l’épidémie, il faut réduire au maximum les contacts. Jusqu’à quel point? Au niveau de la rencontre entre deux personnes, avec ou sans masque et à l’extérieur, rien n’indique qu’elle ait un impact positif ou négatif sur l’épidémie, détaille le chercheur.

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Augmentation du sentiment d’isolement social

S’il est difficile de mesurer précisément l’impact sanitaire de cette règle, il est par contre possible de noter certains impacts psychologiques qu’elle a eus, et a encore, sur une partie de la population. «Il n’est pas possible d’évaluer spécifiquement l’impact de la règle du 1 kilomètre sur les Français», explique Lise Bourdeau-Lepage, professeure de géographie à l’université Lyon 3 et chercheuse au CNRS, autrice d’une étude sur l’impact du confinement sur le bien-être.

«On sait néanmoins que l’accès à la nature a été grandement réduit lors du premier confinement. C’est l’un des impacts auquel on n’avait pas pensé puisque de nombreuses personnes n’ont pas accès à un parc ou une forêt. Or on sait que la nature permet de réduire le stress et l’anxiété.»

Le confinement a augmenté le sentiment d’isolement. | Michael Kucharski via Unpslash

Quant à l’impossibilité de voir d’autres personnes, celle-ci a bien eu un impact sur le bien-être des Français·es, notamment celles et ceux qui vivent seuls.

«Le confinement a eu pour effet de faire augmenter le sentiment d’isolement social, détaille la chercheuse. Seules 22% des personnes vivant seules déclaraient ne jamais se sentir isolées socialement, contre 36,5% pour les autres. Il faut aussi noter que les personnes seules ont mis en place des stratégies pour retrouver ce lien social.» Elles sont plus nombreuses par exemple à être allées sur les réseaux sociaux et aussi à avoir participé aux applaudissements pour le personnel soignant (50% contre 36%).


«Il s’agit ici de contrôler la population, autoriser des sorties irait donc à l’encontre de l’état d’esprit du confinement.»

          Lise Bourdeau-Lepage, chercheuse

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«Évidemment le manque de lien social n’est pas le seul élément qui contribue à un mal-être psychologique, les questions financières sont aussi importantes, détaille la chercheuse. Mais il faut noter que la période de ce deuxième confinement n’est pas favorable, le mois de novembre est souvent synonyme de montée de syndromes dépressifs ou de détresse psychologique pour les plus fragiles, au contraire du printemps.» Une question qui ne semble pas avoir été prise en compte par le gouvernement.

La population française semble décidée à ne pas vivre le deuxième confinement de la même façon que le premier. Les règles semblent parfois mal appliquées ou peu respectées. Selon un sondage IFOP, 60% des Français·es expliquent avoir enfreint au moins une fois les règles depuis le 30 octobre. 24% sont d’ailleurs sortis de leur kilomètre réglementaire, une proportion plus grande encore chez les personnes habitant seules.

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Défiance dans les deux sens

Dès lors, on peut se poser la question de la pertinence de la règle «1 heure, 1 personne, 1 kilomètre». A-t-on choisi cette limite parce qu’il fallait en mettre une? Le gouvernement français, au contraire d’autres pays européens, a choisi une approche répressive dans l’application des mesures de confinement.

«À partir du moment où il faut une attestation pour sortir de chez soi, les restrictions à la française sont logiques, avance Lise Bourdeau-Lepage. Il s’agit ici de contrôler la population, autoriser des sorties irait donc à l’encontre de l’état d’esprit du confinement.» Difficile d’être surpris, dès lors, par l’emploi d’un vocabulaire guerrier dans le combat contre le Covid-19.

«Le bilan français est catastrophique.»

                      L’hebdomadaire allemand Zeit

Comment expliquer cette ligne? L’hypercentralisation française peut être un élément d’explication. C’est ce que pense l’hebdomadaire allemand Zeit: «La politique de Macron est quasi monarchique. Des décisions aux lourdes conséquences sont adoptées par un conseil de défense qui comprend quelques ministres, des fonctionnaires et des officiers. Le Parlement n’a pas son mot à dire et ne peut entériner les décisions.»

Et d’ajouter brutalement: «Le bilan français est catastrophique: bien que Paris ait au printemps et actuellement livré une réponse parmi les plus autoritaires contre la pandémie, le nombre de morts y est plus élevé qu’en Suède où les mesures sont des plus libérales.»

Entre les appels répétés au bon sens lorsque le masque n’était pas obligatoire au creux de l’été, les changements de règles incessants et les remarques infantilisantes, tout se passe comme si le gouvernement avait du mal à faire confiance à sa propre population. Pourtant les discours officiels changeants sur ce qu’il faut faire ou non y sont sûrement pour quelque chose. Si défiance il y a entre la population et ses dirigeant·es, elle semble aller dans les deux sens.

Comme si, voyant filer la courbe des contaminations, le gouvernement s’était dit que la seule solution était de faire les gros bras. Comme si, si la règle du 1 kilomètre n’avait pas été reconduite, toute la population française se serait empressée de faire des randonnées quotidiennes de 25 kilomètres.

On a entendu certain·es faire état du caractère «latin» des Français·es ou d’un supposé «refus gaulois» de respecter les règles. Pourtant la comparaison avec d’autres pays européens dans leur gestion de la deuxième vague, comme en Irlande ou en Belgique, montre que des confinements un peu plus légers permettent de faire baisser les contaminations, à partir du moment où la population adhère aux règles.


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Gérard Dorwling-Carter

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