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Le Galion comme contribution aux journées du Patrimoine

Le Galion comme contribution aux journées du Patrimoine
septembre 17
15:44 2021
Temps de lecture : 3 minutes

Dossier réalisé par Eric Hersilie-Héloïse

Illustration: Pavillon Bougenot à FORT-DE-FRANCE

A part quelques chercheurs comme Christian Schakenbourget, rares sont ceux qui abordent le Galion sous l’angle de la spécificité habitationaire.

Une spécificité qui a elle seule,  relate, explique et expose le monde de l’esclavage d’habitation, cette mosaïque ethnique et ce pouvoir du conservatisme colonial ; qui n’a pas vraiment changé au fil des ans pour passer d’esclavagiste à colonial et maintenant néo-colonial.

Tout d’abord, en foulant le sol de cette entrée principale bordée de palmiers, qui mène de l’usine à l’habitation, le promeneur doit se dire qu’il est sur l’unique habitation qui n’a jamais changé de propriétaire : la famille Eustache devenue Bougenot  et enfin pour la postérité « les héritiers Bougenot ». Un empire qui a succédé à un autre, au tournant des abolitions : les Dubuc qui règneront sur l’île, jusqu’à la Révolution de 1789. Qui s’évanouiront du paysage pour réapparaître fortuitement sous la dénomination de « De Buc ». Mais la dynastie Eustache-Bougenot avait déjà débuté son implantation.

Deuxième spécificité. Au cours de la période dite « classique » de la colonisation de l’île, les Français, Anglais, Juifs maranes émigrés du Brésil, s’nstalleront, deviendront « habitants » et à la troisième génération pourront prétendre à l’appellation de « blanc créole ou béké » avec les particules d’habitation liées aux « étages de peuplement y affairant ( lire Moreau du Temple à ce sujet). C’est ainsi que dans la famille Dubuc, on connaitra  les « cousins », des Etages, de Rivery, Létang et bien d’autres ; les descendants d’unions inter-raciales n’ayant droit qu’ à la particule….

Encore une fois, les héritiés Bougenot tireront leur épingle du jeu : la lignée familiale, en ce qui concerne les leucodermes n’est pas créole et revendique clairement le statut de « Français de Métropole, ayant des activités en Martinique ».

Et Dieu sait qu’elle en a ! Des plus diversifiées et jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat. Mais à chaque naissance, dans le clan on apprend que tout est parti d’une boutique à Saint-Pierre. Un vrai conte de fées bâti sur l’esclavage.

Car au début, Eugène Eustache, ce Belge d’Anvers, est ce que l’on appelle un « négociant ». Une autre manière polie de dire qu’outre les vivres, les alcools, et les fanfreluches, il achète et vend des esclaves ; ces captifs venus d’Afrique qui sont considérés comme du mobilier.

Commerce lucratif, s’il en est qui permettra à Eugène Eustache de s’enrichir, d’une manière interdite de nos jours : il vend aux habitants ce dont ils ont besoin à l’année à un prix variable, inconnu de l’habitant, mais gagée sur l’habitation.

Au 18ème siècle, l’habitation  » Le GALION  » située à l’embouchure de la rivière du même nom appartient comme toute la région à la célèbre et puissante famille des Dubuc. Au XIXè tout va mal et c’est la famille Lalanne qui est aux manettes. Et fait  appel à Eugène Eustache qui leur propose son système. Car quoiqu’ étranglé, l’habitant continue à diriger l’exploitation… Jusqu’à en devenir géreur. C’est de là que vient la haine que vouent les habitants aux négociants, en Martinique.

Le système Eustache sera appliqué à toute l’ile et sera l’origine d’un « turn over » effréné dans les habitations.

Très vite, l’homme d’affaire réalise que les machines des habitations sont dépassées : il faut appliquer la Révolution industrielle à la Martinque.

Et c’est ainsi qu’un ingénieur de l’usine Cail, arrive en Martinique.

Profil d’un Belge aux dents longues

Né à Anvers en Belgique en 1807, il vit

difficilement au cours des 20 premières années de sa vie. En 1820, il s’embarque comme mousse pour la Guadeloupe. Il y demeure pendant 6 ans, puis recommence à naviguer en qualité de matelot sur le navire négrier  » LA FORTUNE « . Il se fixe ensuite définitivement à Saint-Pierre de la Martinique et

entre au service d’un négociant de cette ville.

Il ne tarde pas à fonder sa propre maison de Commerce. Il faut comprendre qu’il n’est ni juif, ni catholique, mais protestant luthérien : austérité dans la vie et passion pour les affaires, qui sont la récompense de Dieu sur terre.

Lorsqu’il devient propriétaire en 1853 des 2 habitations, il abandonne le négoce pour mener la vie de  » l’habitant  » sur ses terres.

Rusé comme un Bougenot

Si Eugène Eustache a dû forcer le destin, pour ne serait-ce qu’exister, il n’en est pas de même pour Emile Bougenot

Né en 1838 dans un petit village de la Côte d’Or, issu d’un milieu paysan aisé, Emile Bougenot poursuit des études d’ingénieur et entre en 1859 au service de la Maison CAIL.

L’année suivante, il est envoyé en Martinique

pour diriger le montage de l’installation de l’usine du LAREINTY ; C’est à lui que E. EUSTACHE fera appel pour monter  » L’USINE DU GALION  » à Grand Fond.

Il épousera la fille du propriétaire. N’oublions pas qu’en pur luthérien, le Belge qui n’a qu’une fille, doit assurer l’avenir de sa progéniture et garantir la pérennité du patrimoine.

Cette œuvre faite, il retournera en Belgique attendre sa mort.

Les années suivantes sont celles d’une ascension sociale et patrimoniale rapide pour Emile Bougenot. Sur les 21 usines sucrières en activité dans la 2ème moitié du 20ème siècle, il a été gérant de 9, actionnaire de 15, et copropriétaire de celle du Galion, touchant ainsi des revenus importants.


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1 Commentaires

  1. ALEXIS
    ALEXIS septembre 18, 20:58

    Article interressant. Mais je crois important de rappeler le cote patrimonial du pavillon qui a traversé le 19 ème de maniere notoire.
    Le terrain est acquis par Charles liot en 1834.
    Maison détruite lors du SMHV de 1839.
    Reconstruite en 1841.
    Vendue en 1872 à Eugène Eustache..

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