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« On n’a pas le choix pour continuer à vivre » : ruée sur la vaccination en France, malgré les réticences

« On n’a pas le choix pour continuer à vivre » : ruée sur la vaccination en France, malgré les réticences
August 07
02:46 2021
Temps de lecture : 4 minutes

Les mesures coercitives annoncées par Emmanuel Macron ont poussé de nombreux hésitants ou réticents à la vaccination à franchir rapidement le pas. Sur le parvis de l’Hôtel de ville de Paris, le centre de vaccination a été pris d’assaut mercredi.

Par et

Mercredi 14 juillet, on a fait la queue toute la journée sur le parvis de l’Hôtel de ville de Paris. Pour visiter, sans passe sanitaire, les blindés stationnés après le défilé ou pour prendre en main les Famas sous la tente dressée par le 1er régiment d’infanterie de Sarrebourg (Moselle). Mais là où il fallait vraiment s’armer de patience, c’était pour pénétrer dans l’immense barnum blanc planté au milieu de la place : le centre de vaccination géré par la Croix-Rouge. Contrairement à la plupart des centres, on peut aussi s’y présenter sans rendez-vous. Faute de pouvoir en trouver sur la plate-forme Doctolib, des centaines de Franciliens ont tenté leur chance en ce jour de Fête nationale.

Sasha, 23 ans, sa sœur Salomé, 21 ans, et leur cousin Valerian, casquette noire vissée sur la tête, poireautent depuis « plus de trois heures… et ça n’avance pas ». Ils sont venus de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) : « Les centres près de chez nous ne proposent pas de rendez-vous avant début août. » Les billets pour Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) sont déjà pris : départ le 7 août. A l’origine, les cousins n’avaient pas l’intention de se faire vacciner. « On a tous changé d’avis, dit Sasha. Après ce qu’a dit Macron, on n’a pas le choix si on veut aller au restaurant, au ciné ou même prendre le train. » Dans la file, parqués derrière cinq rangées de barrières, certains s’énervent. Avec leurs gilets orange, des médiatrices de lutte anti-Covid-19 tentent de désamorcer les tensions : « C’est mieux de revenir la semaine prochaine. »

Lire notre décryptage : Emmanuel Macron contraint de mettre un coup de frein au virus… et à ses réformes

Nabil, chemise blanche et pantalon noir impeccables, était là à 9 h 30, soit une heure et demie avant l’ouverture du centre. Trois heures plus tard, il a dû abandonner sa place dans la file d’attente. Coup de téléphone du patron : il faut rappliquer fissa, les clients se bousculent. Nabil est serveur place du Châtelet. Il ne voulait pas se faire vacciner – « c’est n’importe quoi, leur truc, ça n’empêche même pas de l’avoir ni de le transmettre » –, mais il ne voulait pas non plus « faire un test PCR tous les deux jours pour pouvoir aller travailler ». Alors Nabil est revenu tenter sa chance après le service. « Franchement, ce vaccin, c’est une obligation sans l’être : si on ne le fait pas, on ne peut plus entrer nulle part, même pour faire les courses. »

« On enchaîne, ça n’arrête pas »

Depuis l’intervention du président de la République, lundi soir, le centre est pris d’assaut. Environ 1 000 personnes vaccinées mercredi, comme la veille, contre un rythme de croisière entre 600 et 700 par jour la semaine dernière. « C’est la ruée, le raz de marée, on n’a jamais vu ça, dit, presque essoufflée, entre deux injections, le docteur Djazira Cerbah, l’une des deux médecins du centre. On enchaîne, ça n’arrête pas. »

Le record a été battu lundi soir, lorsque plusieurs millions de personnes se sont connectées en même temps dans toutes les régions sur Doctolib, mais aussi Maiia et Keldoc. Malgré leur empressement à remplir les conditions exigées par le passe sanitaire qui se profile, les personnes qui ont obtenu un créneau libre cette semaine ne devraient être considérées comme intégralement protégées qu’à partir de la mi-août, si l’on compte que l’intervalle minimal entre deux doses est de trois semaines et qu’une semaine supplémentaire (contre deux auparavant) sera nécessaire pour obtenir le sésame.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : le dernier pari d’Emmanuel Macron

C’est d’ailleurs le principal problème de Benoît, 30 ans, qui travaille dans l’immobilier dans la région de Dijon. Alors qu’il hésitait depuis plusieurs semaines à se faire vacciner, les mesures annoncées par Emmanuel Macron l’ont immédiatement convaincu de hâter ses démarches. « Je n’ai pas hésité une seconde. On n’a pas d’autre choix si on veut continuer à vivre notre vie », témoigne Benoît. « Je pense qu’il faut qu’on se vaccine tous pour sortir de l’épidémie, mais c’est le timing des annonces qui me dérange. On nous a fait croire qu’on avait le choix, mais, en fait, non », s’agace-t-il.

Même en s’y prenant le plus tôt possible, il sait que son mois d’août va être rythmé par les tests PCR pour pouvoir continuer à aller à la salle de sport deux fois par semaine. « Il y a une boule qui grandit en moi : que ce soit le confinement, le couvre-feu ou le passe sanitaire, on est toujours hors des clous, on croit que c’est fini mais, à chaque fois, on rajoute une couche », confie le trentenaire dans un souffle.

« J’en ai marre d’être pointée du doigt »

Dans les Côtes-d’Armor, c’est une formation en breton prévue pour septembre qui a poussé Anne, 61 ans, à franchir le pas. Avec l’impression désagréable d’être au pied du mur, elle a obtenu un rendez-vous pour samedi. Mais elle regrette déjà cette vaccination qu’elle n’a jamais désirée. Manque de recul sur les vaccins, parole scientifique décrédibilisée sur les plateaux télé et communication politique contradictoire… Depuis un an, Anne ne sait plus à qui accorder sa confiance.

A Saint-Brieuc, un territoire relativement peu touché par l’épidémie, elle ne se sent pas menacée et cela ne la dérange pas de garder le masque avec sa mère de 80 ans. Alors, c’est « en colère » qu’elle ira se faire vacciner et aussi pour « acheter la paix sociale ». « Si je me fais vacciner, c’est aussi parce que j’en ai marre d’être pointée du doigt comme une mauvaise élève », clame l’énergique sexagénaire.

Retranchée dans son ermitage de Beaumont, en Haute-Savoie, Virginie Bohl, 56 ans, a fait son choix : mieux vaut se couper des interactions sociales que se soumettre à ces injonctions sanitaires. Cette ancienne fonctionnaire des Nations unies s’est vaccinée toute sa vie professionnelle, mais le Covid-19 sera sa limite. « J’ai consacré vingt-cinq ans de ma vie à mes enfants et à mon travail, maintenant je veux être libre de faire ce que je veux, je ne veux pas subir les contraintes des gens qui se comportent mal et ne respectent pas les règles de distanciation physique », assure tranquillement Virginie.

Quitte à ne pas aller voir son père en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Si l’extension du passe sanitaire a fini de convaincre certains hésitants, elle a aussi durci les positions de nombreux réticents.


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