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Il est des dates que l’on commente. D’autres que l’on conteste. Et puis il y a celles que l’on tente, parfois, de réécrire. Le 19 mars 1946 appartient à cette dernière catégorie.
Certains, aujourd’hui, parlent d’illusion. D’égalité inachevée. De dépendance persistante. Le constat n’est pas entièrement faux. Mais il est, souvent, profondément incomplet.
Car avant 1946, il ne s’agissait pas d’une égalité imparfaite. Il n’y avait tout simplement pas d’égalité.
Il n’y avait pas de droits sociaux universels. Pas de citoyenneté pleine et entière. Pas de garanties juridiques équivalentes à celles des Français de l’Hexagone. Il y avait un système colonial. Un ordre fondé sur la hiérarchie, l’arbitraire et l’injustice.
C’est cela que la loi du 19 mars 1946 est venue briser, en affirmant un principe simple mais fondamental : les anciennes colonies deviennent des départements français, et leurs habitants des citoyens à part entière.
Comme l’écrivait Aimé Césaire : « Il ne s’agit pas d’assimiler pour nier, mais d’assimiler pour égaliser. »
La départementalisation n’a pas tout réglé. Mais elle a tout changé.
Elle a ouvert l’accès à l’école pour tous. Elle a permis la structuration d’un système de santé digne de ce nom. Elle a introduit les retraites, les protections sociales, les droits du travail.
Césaire rappelait aussi : « L’assimilation, si elle est bien comprise, est un moyen et non une fin. »
Oui, tout n’est pas achevé. La vie chère persiste. Les dépendances économiques sont réelles.
Mais la départementalisation n’a jamais été conçue comme un aboutissement. Elle est un point de départ.
Refuser aujourd’hui le mouvement vers davantage de responsabilités et de pouvoir d’agir revient à figer la société dans l’inachèvement.
Empêcher l’autonomie réelle, ce n’est pas protéger : c’est enfermer.
Et ce refus d’avancer rappelle, étrangement, les blocages d’avant 1946.
Refuser d’avancer aujourd’hui, c’est reproduire autrement les résistances d’hier.
Le 19 mars 1946 n’est pas un point final. C’est une étape.
Une étape qui oblige à transformer l’égalité en dignité réelle.
Il ne s’agit pas de choisir entre départementalisation et émancipation, mais de faire de l’une le levier de l’autre.
Le reste n’est que discours. Et parfois, retour en arrière.
Gérard Dorwling-Carter




