« Je suis pour le pouvoir normatif autonome. » Serge Letchimy
Vendredi 11 juillet, à l’hôtel Arawak au Gosier (Guadeloupe) a eu lieu une conférence-débat de sur l’évolution institutionnelle des Outre-mer. Organisée à l’initiative du Rassemblement Unitaire Gosiérien, la rencontre a réuni plus de 200 citoyens autour de l’invité d’honneur: Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM).

Modérée par le politologue Georges Calixte, la conférence s’est articulée autour de deux thématiques centrales :
- « La Collectivité Territoriale de Martinique… et après ? »
- « La loi sur l’indivision : un exemple concret de responsabilité politique »
Une salle comble et une participation citoyenne dynamique

Dès l’ouverture, la mobilisation du public a surpris par son ampleur. Des jeunes, des professionnels, des élus locaux et des citoyens engagés sont venus échanger librement avec Serge Letchimy, preuve de l’intérêt croissant pour les questions institutionnelles en Guadeloupe comme en Martinique.
La conférence a permis à l’orateur principal d’exposer les fondements de la CTM, mais aussi ses limites actuelles, tout en ouvrant la réflexion vers de nouveaux horizons institutionnels.
« Il faut modifier structurellement notre fonctionnement, aller plus loin, créer une culture institutionnelle qui nous responsabilise »,
a affirmé Serge Letchimy avec conviction.

La CTM : un modèle perfectible à enrichir
Si la création de la Collectivité Territoriale de Martinique a constitué une étape majeure de la décentralisation ultramarine, son président a souligné la nécessité d’évoluer vers un pouvoir normatif plus autonome : « Je suis favorable à ce que la Martinique puisse modifier et initier les textes dans nos domaines de compétence, de manière encadrée mais réelle. »
« La culture institutionnelle nouvelle doit d’abord nous responsabiliser. »
Ce souhait d’autonomie réglementaire mais aussi législative a suscité des interrogations parmi les participants, notamment sur la différence entre une collectivité unique et une assemblée unique, ou encore sur l’articulation entre le président de l’Assemblée de Martinique et celui du Conseil exécutif.
« L’indivision n’est pas une fatalité. Il faut anticiper. »
Une réflexion partagée sur l’indivision
La seconde partie de la conférence s’est centrée sur la loi sur l’indivision, enjeu majeur dans les territoires ultramarins, où de nombreux biens familiaux restent juridiquement figés du fait de l’absence de succession claire.
Serge Letchimy a défendu cette loi, adoptée en 2018, comme un outil de justice sociale et de transmission efficace du patrimoine, notamment pour éviter les blocages notariaux. Il a rappelé que des outils existent pour anticiper les situations d’indivision et que la loi encourage les héritiers à s’organiser avant le décès des parents :
« Il y a un imaginaire autour de l’indivision qui freine les démarches. Il faut vulgariser les solutions existantes. »
Des interventions politiques de premier plan

Plusieurs personnalités locales ont enrichi le débat. Parmi elles :
- Christian Baptiste, député de la 2e circonscription de la Guadeloupe, est intervenu pour insister sur l’importance d’un cadre fiscal adapté, condition nécessaire au développement territorial.
- Mehdi Keita, secrétaire général du Parti Socialiste Guadeloupéen, a posé une question directe sur la capacité des collectivités à détenir une vraie autonomie fiscale, soulignant les limites actuelles du système constitutionnel français à cet égard.
- André Atallah, maire de Basse-Terre, a interrogé Serge Letchimy sur le rôle des EPCI, strates intermédiaires qui, selon lui, manquent de lisibilité et de moyens adaptés.


Une conférence pour fédérer les luttes et les idées
L’événement a permis non seulement de renforcer les liens entre militants guadeloupéens et martiniquais, mais aussi d’illustrer une volonté commune de dépasser les blocages historiques. La question posée en filigrane tout au long des échanges était claire : comment bâtir une gouvernance locale qui conjugue efficacité, responsabilité et justice sociale ?
En conclusion, Serge Letchimy a appelé à un sursaut politique et à une « réforme profonde du modèle institutionnel » pour que les territoires ultramarins disposent d’une véritable capacité de décision sur les sujets qui les concernent directement. Pour lui :
“L’exigence qui s’impose, c’est la coexistence du droit à l’égalité et du droit à la différenciation ».
Philippe PIED



