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    Home » Il y a 200 ans, la France extorquait une « indemnité » à Haïti: les Haïtiens réclament toujours des réparations
    Repère

    Il y a 200 ans, la France extorquait une « indemnité » à Haïti: les Haïtiens réclament toujours des réparations

    août 10, 2025Aucun commentaire
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    Un bicentenaire qui ravive les mémoires

    Le 17 avril 2025 a marqué les 200 ans d’un épisode qui pèse encore sur l’histoire d’Haïti : le jour où la France a imposé à la jeune république une « indemnité » colossale, en échange de la reconnaissance de son indépendance. Cette dette, contractée sous la menace militaire, a appauvri durablement le pays.

    En 2002, le président haïtien Jean-Bertrand Aristide avait chiffré cette dette à 21 milliards de dollars, réclamant officiellement son remboursement. Plus récemment, en janvier 2025, Leslie Voltaire, alors président du Conseil présidentiel de transition, a renouvelé l’appel, demandant à Paris de « rembourser la dette de l’indépendance et d’effectuer des réparations pour l’esclavage ». En mars, la joueuse de tennis Naomi Osaka, d’origine haïtienne, a relayé cette demande sur les réseaux sociaux.

    Une indépendance sous conditions

    Haïti proclame son indépendance le 1er janvier 1804, après avoir vaincu les troupes napoléoniennes. Mais la France refuse de reconnaître ce nouvel État, tout en caressant l’espoir de rétablir l’esclavage.

    En 1825, Charles X change de stratégie. Il propose la reconnaissance de l’indépendance, mais exige en contrepartie 150 millions de francs-or pour indemniser les anciens colons esclavagistes — soit près du double de la somme payée par les États-Unis pour l’achat de la Louisiane. Le baron de Mackau, envoyé spécial du roi, arrive en Haïti escorté de 14 navires de guerre et de plus de 500 canons. Il ne s’agit pas de diplomatie : Haïti doit signer ou affronter la guerre et un blocus.

    Le 11 juillet 1825, le président Jean-Pierre Boyer cède et accepte un paiement en cinq versements.
    Pour honorer cette dette écrasante, Haïti est contraint d’emprunter massivement auprès de banques françaises, hypothéquant son avenir économique.

    Une spirale d’endettement

    Dès 1838, face aux défauts de paiement, la France revient à la charge. Le montant est réduit à 60 millions de francs, mais les prêts continuent de saigner le Trésor haïtien. Les taxes imposées pour rembourser la dette étranglent l’économie.

    Cette « rançon de l’indépendance » empêche durablement le financement de l’éducation, des infrastructures et de la santé publique. Selon une enquête du New York Times en 2022, Haïti a versé au total plus de 112 millions de francs — l’équivalent actuel de 560 millions de dollars —, pour un coût économique estimé en pertes de croissance entre 21 et 115 milliards de dollars.

    L’économiste Thomas Piketty estime que la France devrait au minimum restituer 30 milliards d’euros.

    Un refus persistant de réparer

    Les présidents français successifs — Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande — ont esquivé la question des réparations. En 2015, François Hollande a parlé de « solder la dette », avant de préciser qu’il s’agissait d’une dette uniquement « morale ».

    Pour les historiens, nier que les conséquences de l’esclavage et de la dette soient matérielles revient à effacer une réalité économique : en France hexagonale, 14 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, contre 38 % en Martinique et 46 % en Guadeloupe. En Haïti, ce taux grimpe à 59 %, pour un PIB par habitant inférieur à 1 700 dollars, contre près de 45 000 en France.

    Macron rompt le silence… sans aller jusqu’aux réparations

    Le 17 avril 2025, Emmanuel Macron a reconnu, pour la première fois, la « lourde indemnité financière » imposée par la France à Haïti. Il a annoncé la création d’une commission mixte franco-haïtienne chargée d’examiner « toutes les dimensions » de ce passé commun. Mais il n’a pas évoqué de compensation économique.

    Pour beaucoup d’Haïtiens, cette position est insuffisante : seule une proposition concrète de restitution financière permettrait, selon eux, de refermer cette plaie vieille de deux siècles.

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