Les échouages massifs d’algues brunes continuent d’empoisonner le quotidien des Martiniquais. Un rapport récent met en lumière le rôle déterminant des conditions météo-marines dans l’émission d’hydrogène sulfuré (H2S), ce gaz toxique libéré par la décomposition des sargasses. Si certaines corrélations apparaissent nettes, les chercheurs appellent à la prudence et à de nouvelles investigations.
Depuis plus de dix ans, les nappes de sargasses s’échouent sur les côtes atlantiques de Martinique, transformant plages et baies en zones de nuisance. Leur décomposition libère du H2S, responsable d’odeurs nauséabondes, mais surtout de risques sanitaires. Pour mieux comprendre ces émissions, l’organisme Madininair a croisé, entre 2020 et 2022, les données de capteurs fixes, d’images satellites et de stations météo.
Le site de Frégate-Est 2, au François, a servi de laboratoire naturel. Ce lieu, particulièrement touché, concentre les niveaux les plus élevés de H2S. L’analyse a révélé un facteur clé : la marée. Lorsque les algues échouées sont réhumidifiées par la mer, les émissions de gaz augmentent sensiblement. À l’inverse, de fortes pluies tendent à diluer les concentrations.
La température joue aussi un rôle. Les pics de chaleur entre juillet et septembre, période où les arrivages de sargasses sont les plus massifs, coïncident avec des hausses de H2S. Toutefois, l’étude nuance ce lien : l’amplitude thermique en Martinique reste faible, rendant difficile l’établissement d’une causalité stricte. De même, l’humidité relative, lorsqu’elle oscille entre 70 et 80 %, favorise les émissions, avant que les pluies ne les réduisent.
Si les alizés contribuent à disperser le gaz, leur affaiblissement en saison humide laisse parfois les riverains sans répit. « Les paramètres environnementaux agissent en synergie, rendant complexe la prédiction des épisodes toxiques », résument les auteurs.
Mais le rapport insiste sur les limites de l’exercice : l’étude ne repose que sur un site, dont la configuration particulière (présence d’un canal et d’un barrage flottant) empêche toute généralisation. Pour progresser, les experts recommandent l’installation de stations météo dédiées et la poursuite des mesures sur d’autres zones à risque.




