Le politologue Pierre Martin, chercheur à Sciences Po Grenoble, voit aujourd’hui confirmée sa thèse développée en 2018 dans Crise mondiale et systèmes partisans : les démocraties représentatives occidentales ne sont plus structurées par une bipolarisation gauche/droite, mais par une tripolarisation articulée autour de trois blocs – un bloc démocrate-écosocialiste, un bloc libéral-mondialisateur et un bloc conservateur-identitaire.
Cette recomposition s’explique, selon lui, par la mondialisation économique et culturelle amorcée dans les années 1970 puis amplifiée après la crise de 2008.
Elle a produit de nouveaux clivages identitaires contre cosmopolites, altermondialistes contre libéraux –
et accéléré le déclin des grands partis de gouvernement.
La crise politique actuelle en France, marquée par la chute du gouvernement Bayrou et l’incapacité à dégager une majorité stable à l’Assemblée nationale, illustre cette dynamique.
Pierre Martin attribue une large part de responsabilité au pôle central (les élites politiques, économiques et culturelles proches du macronisme) qui refuse à la fois l’alternance franche et les coalitions réelles, alimentant l’instabilité.
Ses analyses, étudiées dans les universités et débattues dans les cercles intellectuels, rappellent que les divisions actuelles sont historiques et structurelles : elles relèvent d’ancrages sociologiques et culturels profonds, difficilement surmontables par un simple discours de compromis.
S’il observe des expériences étrangères (comme les sociaux-démocrates scandinaves) qui parviennent à contenir ces fractures, Pierre Martin reste pessimiste sur la capacité des élites françaises à dépasser cette polarisation. Il critique leur tendance à considérer que « les électeurs votent mal » et rappelle que seule une réorientation vers le bien commun, notamment écologique, pourrait régénérer la démocratie représentative.




