À quelques mois du scrutin municipal, la France renforce sa vigilance face aux risques d’ingérences. La Commission nationale des comptes de campagne alerte les candidats, tandis que le ministère des affaires étrangères adopte une stratégie offensive de contre-désinformation.
Le conseil de défense consacré à la lutte contre la manipulation de l’information a été reporté, mais le sujet reste au cœur des préoccupations.
La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a présenté un guide à l’usage des candidats rappelant les règles de transparence financière. Dans un encadré inhabituel, elle les avertit du « contexte actuel de possibles ingérences étrangères » et les appelle à la plus grande vigilance.
Son président, Christian Charpy, met en garde contre le risque d’« ingérences communautaires », susceptibles d’être activées par certains États via les réseaux sociaux, mais aussi contre l’influence du narcotrafic, qualifié de « pieuvre extrêmement efficace ». Selon lui, obtenir l’élection de maires moins attentifs au trafic de drogue pourrait constituer un levier pour ces réseaux. La CNCCFP rappelle l’interdiction de tout financement étranger et exhorte les candidats à signaler sans délai toute approche suspecte aux autorités compétentes.
De son côté, le Quai d’Orsay a dévoilé une stratégie de riposte inédite. Baptisé French Response, un compte officiel sur le réseau X a été créé pour contrer directement les campagnes de désinformation visant la France. Doté d’une part d’automatisation, il doit permettre de répondre en temps réel aux contenus hostiles et de « redresser les perceptions », selon la secrétaire générale du ministère, Anne-Marie Descôtes. « Nous n’avons plus le luxe de nous enfermer dans un silence stratégique. Nous devons nous engager pour gagner la bataille des perceptions », a-t-elle insisté.
Ce virage traduit une rupture avec la tradition de retenue diplomatique française.
Paris estime être devenu, avec l’Ukraine, l’une des cibles prioritaires de la Russie en matière de désinformation, notamment en Afrique, où Moscou mène des campagnes hostiles sous couvert de médias locaux. La diplomatie française dénonce également des offensives venues de la sphère trumpiste américaine. Ces attaques pourraient encore s’intensifier à l’approche de l’Assemblée générale des Nations unies, alors que la France envisage de reconnaître l’État de Palestine.Jean-Paul BLOIS



