De la chute de Bayrou à l’arrivée précipitée de Lecornu
La décision des députés antillo-guyanais de voter la chute du gouvernement de François Bayrou apparaît comme un choix politicien, dont les effets boomerang risquent de frapper de plein fouet la France et l’outre-mer. Le contexte budgétaire, déjà d’une extrême fragilité, rend l’exercice périlleux.
Un modèle social à bout de souffle
Le système français, très dépendant de la dépense publique, n’est plus finançable tel quel. Derrière les compromis affichés entre forces politiques et syndicats se cache une logique dangereuse : « lâchons tout », en réponse au « bloquons tout » de la rue. Or, une relance incontrôlée, même financée par une taxation accrue, pourrait précipiter une crise de solvabilité.
La menace des agences de notation
Le 12 septembre, Fitch doit réévaluer la note française, aujourd’hui AA- avec perspective négative. Une dégradation à A+ aurait des conséquences lourdes pour les banques françaises et, par ricochet, pour le crédit en outre-mer.
La leçon oubliée des « gilets jaunes »
En 2018, Emmanuel Macron avait calmé la contestation par un plan de 17 milliards financés à crédit. Si cette réponse avait évité l’explosion sociale, elle a aggravé le déficit et repoussé les réformes structurelles. Aujourd’hui, le scénario semble se répéter, mais avec des marges de manœuvre encore plus limitées.
Lecornu face au piège de la dépense
En promettant un effort budgétaire moindre que celui envisagé par François Bayrou, Sébastien Lecornu s’expose à creuser encore la dette. Chaque concession supplémentaire alimente la défiance des marchés et renchérit le coût de financement de l’État.
Un double choc en perspective
La combinaison d’une contestation sociale prolongée et d’une relance budgétaire incontrôlée pourrait provoquer un double choc : contraction de la croissance et emballement de la dette. L’expérience des « gilets jaunes » a déjà montré l’impact direct sur la consommation, le tourisme et l’activité économique.
Pouvoir d’achat : une fuite en avant
La revendication de « pouvoir vivre après le 15 du mois » reste centrale. Mais répondre par une ouverture illimitée du robinet budgétaire est une illusion dangereuse. Elle masque les vrais problèmes : chômage persistant, productivité en berne, dépenses publiques excessives.
L’équation explosive de 2026
Entre attentes sociales et blocage institutionnel, la tentation d’acheter la paix civile par des milliards d’euros sera forte. Mais à force de gagner du temps, la France risque de perdre sa crédibilité financière et d’être placée sous la tutelle des marchés.
L’aveuglement volontaire de la classe politique
La séquence Bayrou-Lecornu révèle une contradiction insoutenable : apaiser la rue sans réformer, promettre la rigueur tout en distribuant des aides, revendiquer l’Europe tout en défiant ses règles. Le vrai danger n’est pas l’excès de solidarité mais le déficit de production et de travail. Comme le rappelait George Orwell : « En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. »
Jean Marie Nol économiste et juriste en droit public



