La condamnation de Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison ferme, assortie d’une exécution provisoire, a provoqué une vague d’indignation chez Les Républicains comme au Rassemblement national. Marine Le Pen, déjà frappée en mars d’une peine d’inéligibilité immédiatement applicable, y a vu une atteinte au « double degré de juridiction ». Les ténors de LR crient à l’injustice. Tous qui, depuis des décennies, fustigent une justice « trop laxiste » et appellent à la fermeté sans concession.
Découverte du monde réel
Oui, l’exécution provisoire existe. Oui, elle permet qu’une peine s’applique même en cas d’appel, précisément pour éviter que les procédures interminables ne vident les condamnations de leur substance. Ce mécanisme, prévu par la loi, vise à éviter l’impunité. Quand il s’agissait d’appliquer cette sévérité aux « délinquants ordinaires », ils l’applaudissaient des deux mains. Et là, soudainement ils se découvrent une âme de garant des libertés publiques.
Les amnésiques patentés.
Marine Le Pen parle de « négation du droit », Nicolas Sarkozy se dit victime d’un complot judiciaire, et les élus LR dénoncent une justice politique. Mais qui donc a renforcé sans cesse l’arsenal pénal ? Qui a fait campagne sur le thème de la répression, au nom de la sécurité des Français ? Ce double discours éclate désormais au grand jour : les lois seraient faites pour les autres, jamais pour soi. La formule d’un député de la majorité sonne juste : « sacrés faux culs ».
L’égalité devant la loi, enfin réelle
Il faut le rappeler : l’appel reste possible, mais n’empêche pas le début de l’exécution. Rien n’est confisqué, sinon le privilège d’une élite qui croyait pouvoir échapper aux règles communes. L’exécution provisoire est l’un des rares outils qui rendent enfin concret le principe républicain proclamé en 1789 : nul n’est au-dessus des lois.
Plutôt que de reconnaître cette avancée démocratique, LR et RN préfèrent ressortir un vieux disque : celui de la « tyrannie des juges ». Comme si la justice devenait soudain suspecte dès qu’elle applique aux puissants ce qu’elle inflige chaque jour aux anonymes. Ce réflexe en dit long : derrière les protestations, c’est moins l’État de droit qui est défendu que le droit à l’impunité.
Gérard Dorwling-Carter



