« A travers cet échange, à travers ce tissage patient de liens entre art, territoire et humanité, nous honorons ceux qui viennent, avec humilité et talent, ouvrir notre horizon, faire vibrer notre imaginaire, et inscrire ensemble une page vivante de l’art contemporain »
Voici presque trente ans que le tandem d’artistes, Habdaphaï et Martine Baker, œuvrent à la diffusion de l’art pour tous. Au sein de leur association Ôdis7, ils ont travaillé sans relâche pour aboutir aujourd’hui à la création d’un lieu pérenne ouvert à la création pour le plus grand nombre, dans l’ancienne école de Cap Macré. C’est aussi un centre de ressource puisque le public pourra y découvrir une collection de 700 œuvres, une cinquantaine d’artistes de tous horizons et un important fond documentaire. Une salle de coworking, deux lieux d’exposition, un atelier photo et encadrement, et un espace bibliothèque seront bientôt à la disposition du public. L’ancienne école devient un tiers lieu qui partage ses espaces entre différentes associations artistiques du Marin, mis à disposition et soutenu par la commune. L’ouverture officielle de cet espace est prévue début avril 2026.

Les amateurs d’art et le public en général se souviennent de l’engouement généré par le Marché de l’Art du Marin qui a vu se succéder nombre d’artistes de toute la Caraïbe. L’aventure avait commencé par la création d’un espace d’exposition partagé, sur le front de mer, la galerie Ôdis7, fondé par cinq plasticiens, dont l’artiste marinois Habdaphaï. De cette espace est née une dynamique collective qui n’a jamais cessé de grandir et a tissé des liens artistiques partout dans le monde. Il y a quelques années, un projet d’ateliers d’art contemporain à la portée de tous a pris forme. D’abord durement avorté au sein du quartier Volga Plage, le projet voit le jour aujourd’hui grâce à la vision partagée d’un maire et d’artistes déterminés.
Un projet Open Art et un centre de ressources
Les Ateliers d’Art Contemporain du Marin, ATACM, forment un ensemble d’espaces dédiés à la création, à l’exploration et à la rencontre entre artistes, œuvres et publics. Pensés comme des lieux vivants et accessibles à tous, ils invitent chaque visiteur à entrer dans un dialogue sensible avec l’art. Loin de l’idée intimidante d’un espace élitiste, ces lieux se présentent comme des jardins imaginaires où chaque œuvre devient une porte ouverte sur un univers singulier, stimulant l’émotion, la curiosité et l’imaginaire. « C’est un lieu ouvert à tous » insiste le directeur artistique, Habdaphaï. « Avec Martine, nous avons travaillé à un projet équivalent à Fort de France qui était de mettre l’art contemporain à la portée de tous car tout le monde ne peut pas aller dans les galeries de peinture, les gens ont besoins d’un lieu qui leur semble à leur portée. Mais, le projet n’a pu voir le jour et comme il ne faut pas fâcher une contrariété, nous avons à présent ce que nous souhaitions en mieux ! Il fallait avoir la foi pour tout recommencer ! Notre premier public ce sont les enfants, c’est pour cela que nous créons ici une salle d’interprétation pour le jeune public. Il y a une salle d’exposition temporaire, dédiée à tous les artistes caribéens et ceux qui viendront en résidence. Nous fêtons les 20 ans de notre association Odys7, notre but est aussi de montrer une collection de 700 pièces constituée depuis 40 ans par des échanges et des actions faites avec les différents artistes rencontrés. Dans le cadre de notre exposition Artiviste, nous présentons dans la salle d’exposition permanente, 130 pièces pour que les gens puissent voir vraiment, car chaque œuvre a une histoire. Cette collection a toujours été destinée à montrer le rapport entre les artistes. Il y aura aussi des ateliers, des portes ouvertes, des actions ponctuelles. Les martiniquais ont besoin de vivre cela. Les différents ateliers seront animés par les membres de l’association et aussi par les artistes en résidence. Dans le cadre de leur résidence, ils iront dans toutes les écoles du Marin montrer leur travail. »

Un lieu ancré dans son quartier :
« C’est comme un tiers lieu ou tout le monde peut se sentir chez soi, un espace de recherche et de création. »
L’espace permanent d’art contemporain et d’interprétation propose des expositions et des dispositifs conçus pour accompagner la compréhension des œuvres : installations immersives, outils interactifs, supports sensoriels… L’objectif n’est pas de simplifier l’art, mais d’offrir des clés de lecture, de provoquer l’émerveillement et d’encourager une approche active, intuitive et plurielle de la création. Cette vision, « L’art contemporain pour tous », met l’accent sur une médiation inventive et sur la dimension pédagogique et humaine de l’art. Ce lieu favorise la transmission, l’échange et l’exploration intérieure, permettant au public de découvrir non seulement des œuvres, mais aussi des récits et des imaginaires. « Ce projet est un projet des populations qui habitent sur le site, qu’ils se l’approprient, c’est un projet Open Art !» s’amuse Habdaphaï.
« Nous pensons que l’art peut apporter quelque chose de très important surtout pour les enfants, qu’ils puissent voir que des martiniquais ont passé leur vie à construire des choses. Nous nous trouvons actuellement dans une situation dramatique en Martinique par manque de repère et je pense que l’art peut servir de repère parce qu’on est obligé d’être debout, en situation de verticalité pour dialoguer avec l’œuvre, on se met en dialogue avec soi-même et c’est très important pour nous de faire ce cadeau. Ce qui est super important c’est que la municipalité est avec nous, elle soutient le projet, mais elle ne se l’approprie pas car c’est dur pour un porteur de projet quand un tiers s’approprie un projet qu’il ne connait pas. Après notre déconvenue à Fort de France, j’avais rencontré le maire du Marin qui ne l’était pas encore, il m’avait reçu plusieurs fois pour parler de ce projet. Il y a d’autres associations marinoises sur le site, l’Université Populaire, l’association Carnaval, l’Union marinoise, un atelier théâtre ect… »

Un projet évolutif
Un projet qui émerge à la sueur de leur front sans financement et avec leurs propres moyens, « Nous montrons ce que nous savons faire sans argent. Par la suite, nous allons chercher des bénévoles pour nous aider pendant les ouvertures du mercredi au samedi, et bien sûr du financement. La notion d’atelier est ici très importante parce que c’est le lieu où l’on construit. L’essentiel est de montrer les savoir-faire, ce n’est pas notre lieu exclusif, toux ceux qui ont un projet et qui pensent que l’on peut les aider sont les bienvenus. Tout le monde peut venir faire des propositions.»
Pour Martine Backer, plasticiennes, scénographe des expositions, cheville ouvrière de ce projet, c’est l’aboutissement d’un long travail de construction :
« Ici on a gagné en énergie positive avec la nature autour et les autres associations. Cela va créer un dynamisme incroyable »,
dit-elle.
Les ATACM, bien ancrés dans leur territoire marinois, voudraient donner à chacun les clés de la création, remplissant ainsi le rôle fondamental d’éveilleur de l’artiste dans sa cité…
Nathalie Laulé

Contact : Ancienne école de Cap Marin. 97290 le Marin.
Mail : associationodis7@gmail.com



