– Gestion des déchets en Martinique
La situation actuelle du Syndicat martiniquais de traitement et de valorisation des déchets (SMTVD) met en lumière des fragilités qui dépassent le seul conflit social déclenché il y a quelques mois.
Un contexte conflictuel.
Le mouvement conduit par la CGTM-SOEM s’inscrit dans une série de revendications concernant les conditions de travail, la gestion des carrières et l’organisation interne, que le syndicat décrit comme marquées par un manque de transparence et des dysfonctionnements persistants.
Selon les représentants du personnel, l’organisation du travail, la gestion des promotions et les conditions d’hygiène et de sécurité sur certains sites ne répondent pas aux exigences qu’ils jugent nécessaires au regard de l’activité exercée. Ces critiques s’accompagnent d’accusations de management défaillant et de non-respect de certaines obligations internes, notamment en matière d’entretiens professionnels et de suivi de carrière. Les syndicats considèrent ainsi que le conflit révèle un déficit plus large de gouvernance interne, qu’ils estiment ne plus pouvoir corriger par de simples mesures ponctuelles.
Une direction au bout du rouleau
La direction du SMTVD, pour sa part, rejette cette analyse et insiste sur le caractère minoritaire du mouvement, qu’elle attribue à un noyau d’agents particulièrement revendicatifs. Elle affirme avoir multiplié les propositions de rencontre et de discussion, tout en dénonçant les blocages de sites et les perturbations du service comme autant de pressions inacceptables sur la collectivité et les usagers. Dans ce climat tendu, les démarches de médiation engagées à la suite des décisions de justice ordonnant la levée des barrages ont rapidement marqué le pas, les syndicats estimant que les échanges n’apportaient aucune avancée réelle.
Un organisme en difficulté financière
Sur le plan financier, le SMTVD reste sous vigilance renforcée des autorités de contrôle, qui ont relevé un déficit important et l’absence d’équilibre réel dans le budget récent de l’établissement. Les analyses disponibles soulignent la nécessité d’un redressement fondé sur la révision de certains tarifs, l’amélioration du recouvrement des créances et un suivi plus rigoureux de l’exécution budgétaire. Le retour à l’équilibre demeure conditionné à la mise en œuvre effective de ces mesures et à une stabilité suffisante de l’outil de collecte et de traitement des déchets.
Trouver une solution radicale.
Dans ce contexte, la continuité du service public apparaît fragilisée dès lors que les mouvements sociaux entraînent des blocages de sites et une paralysie partielle de l’activité. Les limites techniques de la filière, marquée par des infrastructures déjà fortement sollicitées, accentuent la vulnérabilité du dispositif. À ce stade, plusieurs élus et responsables locaux évoquent, à titre hypothétique, un recours accru à des opérateurs privés ou une éventuelle délégation de service public, sans qu’aucune décision formelle ne soit arrêtée.
Les rapports de force demeurent évolutifs. Le syndicat conserve une légitimité sur les questions de conditions de travail, mais reste minoritaire au sein de l’établissement. La direction bénéficie d’un appui institutionnel, notamment au travers des procédures engagées devant la justice et du cadrage budgétaire assuré par l’État, mais son image se trouve fragilisée par la récurrence des tensions sociales. À terme, les collectivités membres devront arbitrer entre une réforme interne approfondie et un recours plus marqué au secteur privé.
Plusieurs trajectoires restent envisageables.
Une stabilisation interne pourrait se concrétiser si la médiation est réellement relancée, si l’organigramme et les responsabilités sont clarifiés et si des investissements ciblés sont réalisés pour améliorer les conditions de travail et la sécurité. À l’inverse, une crise de confiance persistante entre agents, direction et partenaires institutionnels pourrait prolonger les tensions, entraînant de nouveaux blocages et une dégradation du service rendu au public. Dans ce cas, la délégation de service public ou la privatisation partielle de certaines activités pourrait devenir une option politiquement recevable pour certains élus, au prix d’un débat social sensible.
Les pistes d’action évoquées portent sur un renforcement de la fonction ressources humaines, une actualisation de l’organigramme, un audit des conditions de sécurité et une programmation pluriannuelle d’investissements adossée à un contrôle budgétaire étroit. Concernant l’hypothèse d’une DSP, les discussions à venir pourraient s’appuyer sur des études comparatives, une évaluation des risques sociaux et une clarification des objectifs poursuivis. Au-delà du conflit actuel, l’avenir du SMTVD se joue entre un modèle de service public réformé et une ouverture plus poussée au secteur privé.
–Jean-Paul BLOIS.




