Jocelyne Béroard a, à plusieurs reprises, exprimé une analyse critique de La Compagnie créole, le groupe et de ce qu’il a incarné dans la représentation médiatique des Antilles, notamment dans un documentaire récent diffusé sur le réseau La 1ère, consacré à l’histoire de La Compagnie créole.
Jocelyne Béroard est l’une des figures centrales du groupe Kassav’ depuis le début des années 1980. Elle est indissociable de l’essor du zouk, devenu un marqueur culturel majeur de la Caraïbe francophone. Elle a construit un parcours artistique fondé sur la valorisation de la langue créole, des rythmes endogènes et d’une esthétique revendiquant une authenticité culturelle, en rupture avec certaines formes de variété dite « exotique ».
Dans le documentaire La Compagnie créole, le bal manqué, Jocelyne Béroard explique que, selon elle, La Compagnie créole ne représente pas la musique antillaise dans toute sa profondeur, mais une version simplifiée et édulcorée, principalement destinée au public métropolitain. Son propos ne vise pas les artistes à titre individuel, mais le dispositif culturel et médiatique dans lequel le groupe s’est inscrit : textes volontairement légers, imagerie carnavalesque appuyée, représentation des Antilles réduite à la fête et à l’exotisme.
Cette critique s’inscrit dans un débat plus large sur la folklorisation des cultures antillaises dans l’industrie culturelle française, notamment dans les années 1980. Jocelyne Béroard interroge la manière dont certaines productions ont contribué à occulter les réalités sociales, historiques et politiques des sociétés créoles, au profit d’une image consensuelle et festive. Pour elle, la musique antillaise peut rester populaire et joyeuse sans se déraciner, c’est-à-dire sans renoncer à ses langues, ses rythmes, ses récits et ses tensions propres.
Au-delà des trajectoires artistiques, cette divergence révèle une tension structurelle persistante entre deux logiques : celle de la visibilité commerciale, souvent associée à une « variété exotique », et celle d’une représentation plus fidèle et exigeante des cultures antillaises. Ce débat demeure central dans les discussions contemporaines sur la place des cultures ultramarines dans l’espace médiatique et culturel français.



