Dominica on line
Note de la Rédaction (Antilla) : Créé en 1972 par les États de la CARICOM, le CXC est l’organisme régional chargé de : concevoir, administrer, corriger les examens scolaires et certificats officiels dans la majorité des pays anglophones de la Caraïbe. Il joue, pour la Caraïbe, un rôle comparable à celui : du baccalauréat en France, des GCSE / A-levels au Royaume-Uni. t internationale des jeunes Caribéens.
Les parents avertissent que l’équité, une gouvernance plus forte et une véritable responsabilisation doivent être au cœur du programme éducatif de la région.
Si 2020 a été l’année où des milliers d’élèves et de parents caribéens ont tiré la sonnette d’alarme quant à la fiabilité, la validité et l’équité des examens du CXC, 2025 a été celle où la région a enfin obtenu des réponses. À la Barbade et dans toute la CARICOM, l’éducation et les droits de l’enfant ont dominé le débat public, sous l’effet de la baisse des résultats scolaires, des inégalités persistantes, de la violence en milieu scolaire et d’une exigence croissante de responsabilité de la part des institutions envers les enfants qu’elles accueillent.
Les résultats du CXC 2024 – avec seulement 4,9 % des 200 000 élèves ayant réussi cinq matières CSEC ou plus, dont les mathématiques et l’anglais, et un taux de réussite régional en mathématiques de 36 % – ont brutalement rappelé que la crise de l’apprentissage dans la région s’aggrave.
Ces résultats, similaires à ceux de la décennie précédente et à peine meilleurs en 2025, ont révélé des faiblesses structurelles dans l’enseignement primaire fondamental, l’harmonisation des programmes, la qualité de l’enseignement et la fiabilité des évaluations. Les inégalités socio-économiques continuent d’influencer les résultats scolaires. Parents, enseignants et élèves partageaient cette inquiétude et, en 2025, les responsables régionaux ont commencé à réagir.
Repositionnement de CXC en avril 2025 : bienvenu, nécessaire et attendu depuis longtemps.
En avril 2025, le CXC a annoncé un repositionnement stratégique visant à rendre l’institution plus « adaptée à sa mission ». L’initiative proposée comprend la modernisation des structures de gouvernance et l’élargissement de la représentation des parties prenantes – une
reconnaissance attendue depuis longtemps des préoccupations soulevées des années avant 2020.
Mais les détails comptent. La proposition limite la représentation des parents aux délégués des associations de parents d’élèves. Ces associations rendent un service inestimable, mais elles ne reflètent pas toute la diversité des opinions parentales dans la région. Si l’objectif est une véritable responsabilisation, la représentation des parents doit être large, indépendante et leur donner les moyens d’agir – et non pas symbolique.
Le CXC a déclaré avoir un « devoir de vigilance » envers ses élèves. Comme nous, parents, le disons depuis longtemps, « c’est à l’usage qu’on juge la qualité d’un enseignement ». La réforme de la gouvernance doit s’accompagner d’indicateurs de performance clairs, d’une communication transparente et de mécanismes garantissant une participation effective des parents à l’élaboration de l’avenir des examens régionaux.
Assurance qualité et communication CXC : le fossé de confiance se creuse
Tout au long de l’année 2025, des préoccupations ont persisté concernant :
Des anomalies dans la notation
Des erreurs dans les sujets d’examen et chez les surveillants
Le déploiement des tests électroniques malgré une infrastructure TIC inadéquate
Des processus de révision des notes lents ou opaques
Une réactivité limitée aux demandes des parties prenantes
Pour les élèves dont l’avenir repose sur ces résultats, ces difficultés ne sont pas de simples désagréments administratifs ; elles bouleversent leur vie. Les parents signalent régulièrement des difficultés à obtenir des réponses rapides et pertinentes de la part du CXC. Dans un contexte aussi crucial, le silence n’est pas neutre ; il est préjudiciable.
Ces problèmes d’assurance qualité révèlent d’importantes lacunes en matière de fiabilité, de validité et d’équité – éléments fondamentaux des examens. À moins d’y remédier concrètement, le repositionnement stratégique du CXC aura une efficacité limitée et la CARICOM risque de perdre en compétitivité à l’échelle mondiale. Nos établissements d’enseignement doivent faire preuve à la fois de compétence et de rigueur.
Recommandations de l’équipe d’examen indépendante de 2020 : Toujours pas de transparence
L’équipe d’examen indépendante (EEI), réunie en 2020, a formulé plusieurs recommandations clés suite aux vives inquiétudes exprimées par le public de la CARICOM concernant les processus de notation et de modération du CXC. Ces recommandations portaient notamment sur le renforcement de l’assurance qualité, l’amélioration de la transparence et de la communication, ainsi que sur la mise en place de procédures d’appel plus claires.
Cinq ans plus tard, le CXC n’a toujours pas indiqué publiquement si ces recommandations ont été mises en œuvre, partiellement mises en œuvre ou abandonnées.
Sans transparence, la confiance ne peut être rétablie.
L’absence de rapports publics soulève une question plus profonde : comment la CARICOM peut-elle évaluer les progrès accomplis lorsque l’institution responsable des examens n’est pas tenue de rendre compte de ses propres réformes ?
L’appel à l’action de l’UNICEF pour 2021 : toujours sans réponse
En 2021, les représentants de l’UNICEF dans les pays de la CARICOM ont publiquement exhorté le CXC et les ministères de l’Éducation à répondre aux inquiétudes généralisées concernant l’équité, la transparence et la procédure d’appel des examens. L’UNICEF a plaidé pour une communication plus claire et plus rapide, un soutien psychosocial renforcé et des mécanismes de notation plus transparents.
Quatre ans plus tard, ces préoccupations demeurent en grande partie non résolues. Leur persistance souligne la nécessité d’une réforme systémique et durable, et non de solutions temporaires. L’intervention de l’UNICEF a révélé que la gouvernance des examens devait être renforcée. Le fait que ces problèmes continuent de surgir en 2025 suggère que la région n’a pas encore remédié aux faiblesses structurelles qui minent la confiance des élèves et des parents.
Une crise régionale de l’apprentissage aux conséquences économiques
Les partenaires internationaux continuent de tirer la sonnette d’alarme. En 2025, Lilia Burunciuc, directrice de la Banque mondiale, a souligné que le faible niveau de compétences en calcul et en lecture-écriture menaçait la résilience économique à long terme. Améliorer les apprentissages fondamentaux est essentiel à l’innovation, à la productivité et à la réduction de la pauvreté.
Les résultats du CSEC 2024 doivent donc être compris non seulement comme un enjeu éducatif, mais aussi comme un impératif de développement.
La CARICOM doit revoir sa propre gouvernance du CXC
Un problème crucial, mais souvent négligé, concerne la structure de gouvernance du CXC. En tant qu’institution de la CARICOM, le CXC relève en dernier ressort des chefs de gouvernement régionaux. Or, le système actuel semble lui conférer une grande autonomie. Lorsque le COHSOD a constaté en 2021 que le pouvoir de modifier les examens du CXC relève exclusivement de ce dernier, il l’a de fait confirmé.
Cette structure de gouvernance établie de longue date – dépourvue de contrôle externe et indépendant et d’une véritable implication des parties prenantes – est probablement à l’origine de nombreux problèmes de responsabilité non résolus.
Pour que le CXC regagne la confiance du public, la CARICOM doit revoir et modifier sa gouvernance, en instaurant un contrôle renforcé, des obligations de déclaration plus claires et des mécanismes de prévention des conflits d’intérêts. La gouvernance des examens régionaux ne peut reposer sur une surveillance interne ; elle exige des structures indépendantes, transparentes et responsables devant un organe externe. La CARICOM ne peut plus considérer le CXC comme à la fois arbitre et acteur.
2025 : Une année charnière pour le partenariat parental
Cette année a été marquée par d’importants investissements régionaux visant à renforcer concrètement l’engagement parental :
• Février 2025 : les soussignés ont présenté directement les préoccupations des parents aux chefs de gouvernement de la CARICOM.
• Avril 2025 : le repositionnement du CXC a effectivement reconnu la validité des préoccupations des parties prenantes.
• Septembre-octobre 2025 : le Symposium sur l’éducation de la CARICOM, organisé par le CDB et accueilli par le gouvernement de la Barbade,
a placé le partenariat avec les parents au cœur de ses discussions.
Ces évolutions témoignent de la reconnaissance officielle du rôle indispensable des parents dans l’éducation. Le plaidoyer parental n’est pas une opposition, il est essentiel.
Progrès de la Barbade en matière d’inclusion parentale en 2025
La Barbade a pris des mesures significatives pour renforcer la participation des parents à l’élaboration des politiques éducatives, notamment :
• Nomination de parents aux comités nationaux d’élaboration des programmes scolaires
• Inclusion de parents au sein des comités des parties prenantes du CXC
• Participation de représentants des parents aux discussions sur les modifications apportées à la loi sur l’éducation
Ces mesures témoignent d’une évolution louable vers une gouvernance inclusive et sont conformes aux meilleures pratiques mondiales.
Toutefois, la récente proposition du ministère de présenter aux parents un relevé des coûts de l’éducation sous forme de facture a soulevé des questions quant à son efficacité pour susciter l’adhésion des parents. Elle risque d’être perçue comme symbolique plutôt que stratégique.
Programme de transformation de l’éducation de la Barbade à l’horizon 2025
Le programme de transformation de la Barbade vise à optimiser les résultats scolaires de nos enfants grâce à un plan stratégique de modernisation des programmes et de la législation, de renforcement de la professionnalisation des enseignants, de refondre les structures de gouvernance et de mise à niveau des infrastructures physiques et numériques. L’ambition de devenir le meilleur système éducatif au monde en cinq ans témoigne d’un leadership audacieux, mais l’ampleur des réformes souligne la complexité d’atteindre un tel objectif dans un délai aussi court, compte tenu notamment des ressources limitées et des problèmes de gouvernance persistants.
L’échec n’est pas envisageable. Nous devons tous veiller à ce que cette transformation soit stratégique, réaliste et efficace.
Un appel à l’action pour 2026
Parents, enfants et enseignants ne réclament pas la perfection ; nous demandons l’équité, la transparence et le respect. Si nos institutions nous écoutent – si elles nous écoutent vraiment –, 2026 peut être l’année où nous collaborerons pour rétablir la confiance, moderniser nos systèmes et réaffirmer notre engagement envers les droits et l’avenir des enfants des Caraïbes.
Nos enfants ne méritent pas moins.
PaulaAnne Moore est porte-parole et coordinatrice du Groupe de parents concernés de la Barbade et de la Coalition caribéenne pour la réparation des examens.



