Des chiffres et statistiques connus, une situation sociale économique qui ne change guère, qui a plutôt tendance à se dégrader : voici le chantier auquel, le gouvernement parisien, nos élus devront s’atteler. Pour notre part, nous devons encore une fois espérer…
La situation sociale de la Martinique ne peut être comprise à travers quelques indicateurs isolés ou à la lumière d’événements conjoncturels. Elle s’inscrit dans une trajectoire longue, façonnée par des choix économiques, institutionnels et démographiques spécifiques. À partir des données disponibles, cet article propose une lecture élargie du diagnostic social martiniquais, en le replaçant dans le cadre national et dans les dynamiques contemporaines.
Une dynamique démographique contraignante
Avec environ 355 000 habitants, la Martinique connaît une décroissance démographique continue, liée à la fois au vieillissement rapide de la population et à l’émigration des jeunes actifs.
Plus d’un quart des habitants ont aujourd’hui plus de 60 ans, tandis que les classes d’âge actives se contractent. Cette évolution pèse directement sur le marché du travail, le financement des services publics et la soutenabilité du modèle social.
Marché du travail : chômage, sous-emploi et faible intensité d’activité
Le taux d’emploi des 15–64 ans s’établit autour de 61 %, contre près de 69 % en France hexagonale. Le chômage reste structurellement élevé, autour de 12 %, et touche de manière disproportionnée les jeunes. Environ un quart des 15–29 ans est au chômage et plus d’un jeune sur cinq est ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET). À ces chiffres s’ajoutent le sous-emploi et le temps partiel subi, qui traduisent une faible intensité globale du travail.
Revenus, pouvoir d’achat et vie chère
Le revenu médian mensuel avoisine 1 450 euros, soit un écart de près de 500 euros avec la France hexagonale. Cet écart de revenus, combiné à des niveaux de prix plus élevés sur de nombreux biens essentiels, explique la persistance d’un sentiment aigu de vie chère. Le pouvoir d’achat réel des ménages martiniquais demeure durablement inférieur à celui observé dans l’Hexagone.
Pauvreté et inégalités : une réalité de masse
Entre 26 et 28 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, contre environ 14 % en France hexagonale. La pauvreté infantile avoisine 35 %, révélant une reproduction sociale préoccupante. La présence importante de travailleurs pauvres montre que l’accès à l’emploi ne garantit pas une sortie durable de la précarité.
Protection sociale : pilier du modèle, révélateur de ses limites
La protection sociale joue un rôle central d’amortisseur. Environ un adulte sur cinq en âge de travailler perçoit le RSA, et la part des bénéficiaires de l’AAH est élevée. Si ces transferts limitent les effets les plus durs de la pauvreté, ils témoignent aussi de la faiblesse de la base productive et de la dépendance du territoire à la redistribution nationale.
Logement, santé et cadre de vie
Près de 30 % des ménages résident en logement social, un niveau nettement supérieur à la moyenne hexagonale. La sur-occupation des logements et la dégradation du parc ancien constituent des facteurs aggravants de précarité. Sur le plan sanitaire, la Martinique cumule vieillissement, prévalence élevée des maladies chroniques et enjeux de santé environnementale, faisant de la santé un marqueur social majeur.
Lecture politique et institutionnelle
Pris dans leur ensemble, ces indicateurs révèlent un déséquilibre structurel durable. La Martinique combine une forte redistribution sociale avec une base productive limitée, ce qui conduit à une reproduction des écarts avec la France hexagonale. Le débat politique se focalise souvent sur le niveau des aides ou sur la vie chère, sans toujours interroger les fondements économiques du modèle.
Quels horizons pour sortir de l’impasse ?
L’enjeu central n’est pas de réduire artificiellement les écarts statistiques, mais de créer les conditions d’une transformation économique et sociale durable : montée en compétences, diversification productive, meilleure insertion régionale, sécurisation des parcours professionnels et amélioration de la gouvernance publique. Sans inflexion structurelle, les indicateurs sociaux continueront de traduire les mêmes fragilités.
En conclusion , la situation sociale de la Martinique appelle moins des réponses ponctuelles que des choix politiques clairs et assumés. Les chiffres ne condamnent pas le territoire, mais ils rappellent que la solidarité, si nécessaire soit-elle, ne peut se substituer indéfiniment à une stratégie de développement. C’est à cette condition que les données sociales cesseront d’être des constats répétés pour devenir les signes d’un redressement durable.
Jean-Paul BLOIS




