Dans un entretien accordé à Outremers360 le 9 janvier 2026, Étienne Desplanques, préfet de Martinique, dresse un panorama des priorités de l’État : lutte contre la violence armée, action contre la vie chère, chlordécone, sargasses et leviers de relance économique. Il défend une stratégie de long terme et affirme qu’« il n’y a aucune raison pour que la Martinique ne puisse retrouver un chemin de croissance économique durable ».
Sécurité d’abord.
Face à une année 2025 marquée par 40 homicides, dont 34 par arme à feu, l’État a déployé une « triple stratégie » : empêcher l’arrivée des armes et des stupéfiants, renforcer les capacités d’enquête à terre et durcir la sécurisation du port et de l’aéroport. Contrôles nocturnes du trait de côte, interceptions de yoles, radars côtiers et coopération régionale ont permis une hausse significative des saisies. Les forces de sécurité ont enregistré une augmentation de 60 % des saisies d’armes à feu en 2025, et plusieurs filières ont été démantelées. La lutte contre le blanchiment constitue désormais un axe prioritaire pour 2026.
Sur le front de la vie chère, le préfet met en avant les effets mesurables du protocole signé en octobre 2024. La baisse à zéro de l’octroi de mer sur des milliers de produits, conjuguée à l’effort des distributeurs et aux contrôles de la CCRF, a conduit à une baisse d’un peu plus de 10 % sur les familles de produits concernées dans les hypermarchés. Le Bouclier Qualité Prix a été élargi à 180 produits, incluant fournitures scolaires et bricolage. En 2026, l’État souhaite explorer un BQP dédié à l’automobile et s’attaquer aux écarts persistants sur certains tarifs bancaires.
Concernant la chlordécone, l’État reconnaît sa part de responsabilité dans ce problème environnemental. Le plan Chlordécone IV, doté d’environ 130 millions d’euros jusqu’en 2030, vise le « zéro chlordécone » dans l’alimentation, la protection sanitaire et l’indemnisation. En 2025, près de 5 000 contrôles ont été réalisés, avec 98 % de conformité pour les produits alimentaires. La chlordéconémie gratuite a permis 60 000 analyses et l’identification de personnes nécessitant un suivi. Une évaluation indépendante est prévue en 2026 pour préparer l’après-2030.
Les échouages de sargasses ont atteint en 2025 une ampleur inédite, avec une hausse estimée à 70 % des volumes sur la zone Atlantique. L’État a collecté 7 700 tonnes en mer, contre 1 500 en 2024, et prévoit de renforcer le dispositif dès 2026 avec un Sargator de plus grande capacité. La remise en état et le déploiement de nouveaux barrages, notamment au Robert, constituent une priorité, appuyée par des financements nationaux et européens. Une coopération régionale est engagée, et des projets de valorisation, comme la production de terreau, sont à l’étude.
Sur le plan économique, après le choc de la crise sociale de 2024, 2025 reste atone. Plus de 500 entreprises ont bénéficié d’aides de trésorerie. Pour 2026, la relance du BTP est identifiée comme un levier central, via le logement social et la rénovation parasismique. Le tourisme et l’industrialisation de filières locales soutenues par France 2030 figurent également parmi les priorités, de même que la structuration de la filière végétale et la remise en culture de terres en friche.
« Il faut se méfier des discours trop déclinistes », insiste Étienne Desplanques. « La Martinique dispose d’atouts, de talents et d’une jeunesse sur lesquels elle peut s’appuyer. Il n’y a aucune raison pour que le territoire ne puisse retrouver un chemin de croissance économique durable. » JPB




