“…dans les prochaines semaines, la route ne sera plus un espace de tolérance implicite. Prévenir, contrôler, sanctionner : l’État veut reprendre la main, et faire reculer un bilan devenu intenable.”
Sur le bord des routes martiniquaises, les gyrophares ne sont plus seulement un signal d’arrêt : ils deviennent, en ce début d’année, un marqueur de fermeté. À l’occasion d’une série de points de contrôles routiers menés en présence du préfet Etienne Desplanques, les autorités ont voulu faire passer un message clair :
“la situation n’est plus acceptable, et la réponse sera à la fois plus visible, plus régulière et plus sévère.”

« Ils ne sont pas là seulement pour nous contrôler, mais pour notre sécurité »
Au fil des échanges avec des conducteurs interceptés, une même idée revient : le contrôle routier n’est pas uniquement vécu comme une contrainte, mais aussi comme une mesure de protection collective. Plusieurs automobilistes interrogés y voient une action de prévention utile, notamment pour repérer les comportements dangereux et stopper à temps des conducteurs potentiellement à risque.
L’un d’eux insiste sur le fait que ces contrôles permettent aussi « d’arrêter quelqu’un » avant qu’un drame ne survienne. Un autre, motard, décrit une procédure “normale” : présentation des papiers, vérification, questions sur la consommation d’alcool ou de stupéfiants. Pour ces usagers, le dispositif a un intérêt évident… et devrait être encore plus fréquent, notamment tôt le matin ou à des horaires où le risque est élevé.
2025 : 39 morts, le pire bilan depuis 2007
Le préfet dresse un constat sans détour : le bilan 2025 n’est pas satisfaisant. Certes, le nombre d’accidents est comparable aux années précédentes, mais leur gravité augmente nettement, avec 10% de blessés hospitalisés en plus et surtout 39 décès sur les routes, un niveau inédit depuis 2007.
Pour les services de l’État, ce chiffre est un signal d’alerte majeur. « Trente-neuf morts sur les routes, c’est trente-neuf de trop », résume le préfet, qui appelle à un réveil collectif.
Pensez-vous que les contrôles routiers doivent être renforcés en Martinique pour faire baisser le nombre de morts sur les routes ? (Oui / Non)
Prévention et sanctions : une stratégie assumée
Face à cette situation, l’État annonce une montée en puissance des contrôles dans les semaines et les mois à venir, aussi bien en zone police qu’en zone gendarmerie. Objectif : marquer le terrain, dissuader, sanctionner et faire reculer les comportements à risque.
Le préfet insiste sur un équilibre : renforcer la prévention, mais aussi assumer la sanction, en particulier contre ce qui tue le plus sur les routes martiniquaises.
Alcool et stupéfiants : première cause
Il rappelle que la première cause d’accidents mortels reste l’alcool et les stupéfiants, avec une détermination à intensifier les dépistages et les interpellations.
Vitesse : une cause “un peu oubliée”, mais toujours meurtrière
Deuxième cause : la vitesse, qui reste impliquée dans “un accident sur deux”, selon les propos tenus lors du contrôle. Les autorités veulent donc remettre cette problématique au centre de la lutte.
Deux-roues : une hécatombe chez les jeunes
Autre point particulièrement préoccupant : 17 des 39 décès concernent des conducteurs de deux-roues, majoritairement des hommes jeunes, entre 18 et 34 ans. Et un facteur continue d’aggraver les conséquences : le casque trop souvent absent, rendant les chocs plus souvent fatals.
« Ce ne sont pas les routes, ce sont les comportements »

Interrogé sur la répartition des accidents, le préfet souligne que la mortalité touche l’ensemble du territoire martiniquais. Si certains secteurs apparaissent plus marqués selon les périodes, l’État refuse de réduire le problème à la seule configuration des routes.
Le message est direct : la majorité des drames sont liés à des fautes de comportement. Alcool, stupéfiants, vitesse : à chaque fois, c’est le conducteur qui engage sa responsabilité.
Accepteriez-vous davantage de contrôles routiers, plus fréquents et plus stricts, y compris très tôt le matin ou en soirée, si cela permettait de réduire durablement les accidents graves et les décès sur les routes de Martinique ? (Oui / Non)
Des contrôles renforcés… et des délits plus lourdement réprimés
Le préfet a demandé aux forces de l’ordre de sanctionner sévèrement, notamment grâce à l’évolution du cadre juridique : certains grands excès de vitesse sont désormais des délits pouvant conduire à des peines de prison, des amendes importantes, et même des mesures allant jusqu’à la suspension du véhicule.
L’objectif assumé est de mettre fin à une forme de banalisation : la Martinique ne peut pas accepter de retrouver des chiffres “d’il y a vingt ans”.
Radars détruits : remise en service accélérée
Autre annonce forte : la remise en fonctionnement des radars. Le préfet juge inacceptable que des équipements soient inutilisables “depuis de longs mois”, au moment même où la vitesse pèse lourdement dans les accidents.
Il note toutefois “avec satisfaction” que la réponse judiciaire a été ferme après l’interpellation et la condamnation d’individus impliqués dans ces dégradations. Aujourd’hui, deux radars seraient opérationnels, et d’autres doivent être redéployés dans les prochaines semaines.
Pour l’État, les radars ne sont pas une punition symbolique, mais un outil de protection : leur retour doit contribuer à sauver des vies.
Sur le terrain : 30 policiers engagés, trois contrôles simultanés
Lors de l’opération évoquée, le dispositif était conséquent : trois points de contrôle déployés en même temps (notamment rond-point, autoroute, et un contrôle vitesse), mobilisant 30 policiers, entre compagnies d’intervention, motocyclistes et radar.
Un premier cas a marqué la séquence : un automobiliste circulant avec sa femme et son enfant en bas âge a été interpellé pour conduite sous l’emprise de stupéfiants, puis ramené au commissariat, en vue d’une garde à vue et de vérifications sur la nature du produit détecté. La situation a pu rester sous contrôle car la compagne, titulaire du permis, a pu repartir avec l’enfant et le véhicule.
Sécurité routière… mais aussi lutte contre la délinquance
Le contrôle routier sert également d’outil de sécurité plus large. Les forces de l’ordre rappellent que certains deux-roues peuvent être des vecteurs de délinquance : motos volées, conduite à risque, parfois présence d’armes. Sans stigmatiser l’ensemble des motards, le dispositif vise aussi à lutter contre la prolifération des armes à feu.
Cette double logique explique le ciblage particulier des deux-roues : protéger les usagers, mais aussi sécuriser l’espace public.
Pensez-vous que la lutte contre l’alcool, les stupéfiants et les excès de vitesse doit devenir une priorité collective, avec des sanctions plus lourdes, même si cela implique davantage d’interpellations et de retraits de permis en Martinique ? (Oui / Non)
Vitres teintées : une infraction rappelée et sanctionnée
Au cours des échanges, un autre point est rappelé : la teinte excessive sur le pare-brise avant et sur les vitres latérales avant est interdite pour des raisons de visibilité et de sécurité. Les forces de l’ordre doivent pouvoir vérifier le port de la ceinture, et le conducteur ne doit pas être gêné par un film opaque.
La sanction annoncée : 135 euros d’amende, assortie de l’obligation de remettre le véhicule en conformité.
Une mobilisation qui doit devenir durable
Derrière la communication et les statistiques, l’enjeu est humain : les victimes des routes martiniquaises ne sont pas des chiffres abstraits. « Ce sont nos frères, nos sœurs, nos amis », rappelle le préfet, évoquant des familles entières touchées par ces drames.
Ces contrôles sont appelés à se multiplier. Et le message final est simple :
“…dans les prochaines semaines, la route ne sera plus un espace de tolérance implicite. Prévenir, contrôler, sanctionner : l’État veut reprendre la main, et faire reculer un bilan devenu intenable.”
Lors de ces opérations, plus de 300 véhicules ont été contrôlés et 2 véhicules ont été immobilisés. Le bilan de ces contrôles a permis de sanctionner :
- 9 conduites sous usage de stupéfiants
- 12 défauts de permis de conduire
- 6 défauts d’assurance
- 6 excès de vitesse dont 2 avec rétention du permis de conduire
- 1 non port de ceinture
- 1 non port du casque
- 4 plaques d’immatriculation non conformes
- 24 défauts de contrôle technique





