Mis en cause par deux anciennes employées pour des faits présumés de viols et d’agressions sexuelles, Julio Iglesias cristallise en Espagne une fracture ancienne : celle qui oppose la protection des icônes à l’écoute des violences sexuelles. L’enquête judiciaire agit comme un révélateur brutal.
Une plainte qui fissure le consensus
La plainte déposée devant la justice espagnole par deux femmes ayant travaillé pour Julio Iglesias en République dominicaine et aux Bahamas a provoqué un choc immédiat. Depuis sa révélation, mardi 13 janvier, le pays se divise. D’un côté, une partie de l’opinion se dit sidérée par les accusations visant une figure tutélaire de la culture populaire espagnole. De l’autre, une Espagne plus critique rappelle qu’une enquête n’est ni un verdict ni une condamnation, mais une étape légitime de l’État de droit.
L’intouchable patrimoine national
À 82 ans, Julio Iglesias demeure pour beaucoup une icône hors d’atteinte. Le chanteur des années 1980 et 1990, systématiquement décrit comme « Don Juan », « latin lover » ou « homme à femmes », bénéficie d’un imaginaire collectif qui transforme la séduction en excuse culturelle. La célébrité fonctionne ici comme un capital symbolique dissuasif : accuser, ce serait profaner.
Le réflexe politique de défense
La première réaction officielle est venue du camp conservateur. Isabel Díaz Ayuso, présidente de la Communauté de Madrid (Parti populaire), a affirmé que la région ne participerait « jamais au discrédit des artistes », qualifiant Julio Iglesias « d’artiste le plus universel de tous ». Dans la foulée, le maire de Madrid, José Luis Martínez-Almeida, a exclu tout retrait de distinctions honorifiques : « Pourquoi ferions-nous cela ? »
L’affect contre le judiciaire
Dans le monde du spectacle, la défense s’est faite plus émotionnelle. L’animatrice Ana Obregón a invoqué sa relation personnelle avec le chanteur pour garantir son « respect » et dénoncer une injustice. Ce type de réaction illustre une confusion persistante : l’homme privé, connu et apprécié, est opposé à l’homme public mis en cause, comme si l’un annulait l’autre.
Au-delà du cas Iglesias
Julio Iglesias a nié les faits sur Instagram et demeure juridiquement présumé innocent. Mais l’essentiel est ailleurs. L’affaire révèle une Espagne encore hésitante entre deux exigences démocratiques : protéger la réputation de ses figures emblématiques ou accepter qu’aucune célébrité ne puisse se situer hors du champ de la loi. JPB




