S’agissant de la première audition de Naïma Moutchou en tant que ministre déléguée chargée des Outre-mer, tenue devant la commission des lois de l’Assemblée nationale, consacrée à la présentation de sa feuille de route et à l’examen des priorités de l’action gouvernementale dans les territoires ultramarins.
La première audition de Naïma Moutchou comme ministre des Outre-mer avait valeur de test. Test de crédibilité, d’abord, pour une responsable appelée à prendre la mesure de dossiers lourds, urgents et politiquement inflammables. Test de méthode, ensuite, dans un contexte où l’État est sommé de prouver qu’il ne se contente plus de gérer les Outre-mer à distance, par à-coups et par procédures.
Sur le fond, le diagnostic posé par la ministre est largement partagé. Vie chère structurelle, insécurité préoccupante, dépendance économique aux importations, fragilités institutionnelles non résolues : rien de tout cela n’est contesté. Le fait même que la ministre juge le projet de loi sur la vie chère « trop léger » acte, pour une fois, l’écart entre l’affichage politique et la réalité vécue dans les territoires.
Mais cette audition révèle aussi les limites d’une approche qui mise d’abord sur la méthode. Groupes de travail territoire par territoire, concertation sans calendrier, refus du « grand soir » institutionnel : l’exécutif avance avec prudence, parfois avec retenue. Trop, peut-être, au regard de la pression sociale. En Martinique, en Guadeloupe comme en Guyane, l’attente n’est plus seulement celle d’un dialogue renouvelé, mais celle de décisions identifiables, mesurables, et rapidement perceptibles.
Sur la sécurité, le discours est ferme, classique, attendu. Sur l’économie, l’horizon est posé — souveraineté productive, production locale, réduction des importations — mais les instruments restent flous. Sur l’Europe, en revanche, un point stratégique affleure : l’adaptation des normes aux réalités des régions ultrapériphériques. Là se trouve peut-être un levier concret, à condition qu’il soit investi politiquement et non traité comme une variable technique.
Au fond, cette audition dit une chose essentielle : l’État cherche à gagner du temps politique, quand les territoires manquent de temps social. La méthode est nécessaire. Elle n’est pas suffisante. Sans arbitrages clairs sur la vie chère, les transports, l’emploi et les leviers économiques, la concertation risque de s’installer dans une routine procédurale familière aux Outre-mer.
L’enjeu, désormais, est simple : transformer une feuille de route prudente en actes visibles. Faute de quoi, la méthode annoncée pourrait être perçue non comme un nouveau départ, mais comme une manière policée de différer encore les réponses attendues.
Gérard Dorwling-Carter




