À la veille des élections municipales de 2026 et de la présidentielle de 2027, l’UNICEF France publie une photographie nationale inédite et consolidée des droits de l’enfant. Ce premier rapport de l’Observatoire des droits de l’enfant dresse un constat préoccupant : des milliers d’enfants restent invisibles des statistiques publiques, empêchant toute politique réellement efficace. Une partie spécifique du rapport est consacrée aux territoires d’Outre-mer, où les besoins sont souvent plus marqués mais encore insuffisamment documentés. En Martinique comme ailleurs dans les Outre-mer, ce travail met en lumière une réalité trop souvent ignorée et pose une question centrale : comment garantir l’égalité des droits des enfants sans données fiables, complètes et territorialisées ?
Pour la première fois, l’UNICEF France se dote d’un outil de suivi national structuré et consolidé des droits de l’enfant. Avec la publication du premier rapport de l’Observatoire des droits de l’enfant, l’organisation propose une lecture globale, transversale et documentée de la situation des enfants en France, à un moment charnière du calendrier démocratique. Municipales en 2026, présidentielle en 2027 : les choix politiques à venir pèseront lourdement sur les conditions de vie de millions d’enfants.

Dans un monde traversé par des bouleversements profonds — crise climatique, transformation numérique accélérée, tensions sociales et géopolitiques — les droits de l’enfant apparaissent de plus en plus fragilisés. Le rapport met surtout en évidence un obstacle majeur à toute politique efficace : l’absence de données complètes, fiables et couvrant l’ensemble du territoire. Une lacune qui laisse dans l’ombre des milliers d’enfants, et empêche de concevoir des réponses publiques adaptées.
Des enfants invisibles, donc insuffisamment protégés

L’un des constats les plus préoccupants du rapport tient à l’invisibilité statistique de nombreux enfants. Enfants vivant dans la pauvreté, mineurs non accompagnés, enfants en situation de handicap, enfants non scolarisés ou encore enfants des territoires d’Outre-mer : autant de réalités insuffisamment documentées, voire absentes des outils nationaux de suivi.
Cette invisibilité n’est pas neutre. Sans données consolidées, il devient impossible d’anticiper, de cibler ou d’évaluer les politiques publiques. Les droits inscrits dans la Convention internationale des droits de l’enfant restent alors théoriques, faute d’un pilotage fondé sur la connaissance fine des situations vécues.
Un observatoire inédit pour structurer et éclairer l’action publique

L’Observatoire des droits de l’enfant constitue une avancée majeure. Pour la première fois, une plateforme nationale centralise, structure et analyse l’ensemble des données disponibles relatives aux droits et au bien-être des enfants en France. L’outil s’appuie sur des sources multiples — agences gouvernementales, organisations internationales, enquêtes nationales et internationales — afin de proposer un suivi global et cohérent.
Au total, 76 indicateurs clés ont été retenus, répartis en 12 grandes thématiques : éducation, santé, santé mentale, protection de l’enfance, pauvreté, migrations, nutrition, numérique, petite enfance, opinion de l’enfant, démographie et environnement. L’ambition est claire : rendre les données accessibles, comparables dans le temps et exploitables pour la décision publique, tout en identifiant précisément les zones où l’information fait défaut.
La plateforme en ligne, pensée comme un outil dynamique et interactif, est complétée par un rapport de fond. Ce document propose une analyse transversale des données à l’aune de la Convention internationale des droits de l’enfant et de l’Agenda 2030, et met en évidence les angles morts qui freinent encore un pilotage efficace des politiques de l’enfance.
Pauvreté, logement, alimentation : des droits fondamentaux fragilisés
Les chiffres rassemblés dressent un tableau préoccupant. La pauvreté et le logement constituent une urgence majeure. Près de 32 000 enfants vivent aujourd’hui sans domicile ou à l’hôtel. En 2024, 38 enfants sans domicile sont décédés. Ces situations portent directement atteinte aux droits fondamentaux à la survie, à la santé et au développement.
Le droit à l’alimentation est également fragilisé. Près de 23 % des enfants interrogés dans le cadre de la Consultation nationale de l’UNICEF France déclarent ne pas manger trois repas par jour. Une réalité qui interroge la capacité du pays à garantir un socle minimal de protection à tous les enfants, indépendamment de leur situation sociale.
Le droit à l’éducation, pourtant central, n’est pas garanti pour tous. Plusieurs milliers d’enfants demeurent non scolarisés, sans qu’il n’existe de visibilité statistique nationale précise. Là encore, l’absence de données empêche d’identifier l’ampleur du phénomène et de construire des réponses adaptées.
Outre-mer : une rupture d’égalité persistante
Le rapport pointe avec force la situation des territoires d’Outre-mer, largement sous-documentés malgré des besoins souvent plus importants. Les données disponibles y sont fragmentaires, rendant difficile toute comparaison ou évaluation sérieuse des politiques publiques.
À Mayotte, par exemple, 1 860 enfants ont encore été enfermés en 2024. Un chiffre qui illustre des violations persistantes des droits de l’enfant et une rupture d’égalité territoriale majeure. L’absence de suivi statistique homogène contribue à banaliser ces situations, alors même qu’elles devraient constituer une alerte permanente.
Faire de la donnée une boussole politique
Au-delà du constat, l’UNICEF France formule un appel clair : refonder structurellement le suivi national des droits de l’enfant. Cela passe par une amélioration de la collecte de données, une approche multisectorielle, une meilleure couverture territoriale, l’intégration systématique des territoires d’Outre-mer et la prise en compte des enfants aujourd’hui absents des statistiques.
L’objectif est de faire de la donnée un levier de protection, mais aussi un outil de décision publique. « Comment garantir les droits de chaque enfant sans disposer de données complètes, fiables et actualisées permettant de connaître leurs réalités et leurs situations ? » interroge Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France. Pour elle, l’Observatoire des droits de l’enfant doit devenir une boussole, capable de guider l’action des décideurs présents et futurs.
À l’heure où les politiques locales et nationales s’apprêtent à être redéfinies, ce rapport rappelle une évidence trop souvent négligée : sans connaissance précise des réalités vécues par les enfants, il ne peut y avoir ni justice sociale, ni égalité territoriale, ni respect effectif des droits de l’enfant.





