À la suite de la publication en ligne, depuis plusieurs mois, d’une série d’articles à caractère polémique, jugés par certains acteurs comme destructeurs pour une organisation économique et sociale martiniquaise déjà fragile, TRADINGREEN a souhaité adresser cette contribution à ANTILLA. De nombreux citoyens, chefs d’entreprise et responsables engagés dans la recherche de solutions aux difficultés de la Martinique s’étonnent de la virulence d’attaques portées par un site à caractère politique, situé hors du territoire, et prétendant imposer une lecture simplificatrice de réalités complexes. La Martinique mérite un débat de fond, des diagnostics sérieux, des analyses situées et des solutions opérationnelles. Nous publions ci-dessous, sans aucune modification, la prise de position de TRADINGREEN.
Contribution de TRADINGREEN
La Martinique mérite un débat de fond.
Elle mérite des diagnostics sérieux, des analyses situées, et surtout des solutions. Elle ne mérite ni les procès d’intention, ni les récits à charge, ni les mises en scène d’une « unanimité » décrétée depuis l’extérieur, au fil d’une série d’éditoriaux qui prétendent résumer à eux seuls la complexité d’un territoire.
TRADINGREEN prend la parole parce que la situation économique et sociale de la Martinique est trop grave pour être réduite à des caricatures.
Oui, l’économie est sous tension. Oui, les entreprises subissent des coûts structurels, une logistique fragile, une demande instable, une concurrence asymétrique, et un climat social parfois explosif. Oui, la décision publique doit être discutée, challengée, améliorée.
Mais non : la Collectivité Territoriale de Martinique ne peut pas être transformée en bouc émissaire permanent, ni son président et ses élus réduits à des figures d’« étouffement » de l’économie.
La CTM n’est pas une variable périphérique. Elle est, de fait, un amortisseur social, un investisseur public majeur, un acteur de stabilisation, et parfois le dernier rempart face à la rupture sociale.
Dans un territoire insulaire exposé à des risques systémiques, les politiques publiques ne se conduisent pas comme sur un tableau Excel décontextualisé.
Sans action sociale structurante, sans continuité des services publics, sans investissements territoriaux, la Martinique bascule.
C’est une réalité, pas une opinion. L’équilibre est perfectible, souvent contraint, parfois maladroit, mais il demeure structurant.
Le problème, aujourd’hui, c’est la facilité avec laquelle certains commentateurs posent un récit « simple » sur une réalité « complexe », en distribuant les bons et les mauvais points, en alignant des organisations économiques comme si elles parlaient mécaniquement d’une seule voix, et en se présentant comme porte-parole d’un monde économique qui n’a pas besoin de porte-voix auto-désignés.
Les organisations consulaires et patronales ont leurs instances, leurs positions, leurs nuances, leurs débats internes. Les instrumentaliser dans un récit de rupture permanente n’aide ni les entreprises, ni les salariés, ni les décideurs publics.
La vérité, c’est que la Martinique porte des fragilités anciennes, parfois séculaires, qui ne se résument pas à une taxe ou à un vote.
La dépendance structurelle, l’économie de rente, les mécanismes de captation de valeur, l’étroitesse de marché, les surcoûts logistiques, la faiblesse de l’investissement productif, la défiance généralisée, la violence des cycles sociaux, les héritages institutionnels, et l’épuisement des forces vives : voilà le cœur du sujet.
Et cette complexité, transmise de génération en génération dans les organisations et les mentalités, asphyxie trop souvent l’initiative, l’innovation, et la sortie des sentiers battus de l’économie de comptoir.
Dans ce contexte, la critique n’est utile que si elle s’accompagne d’un engagement :
proposer, co-construire, exécuter.La Martinique n’a pas besoin d’un énième tribunal médiatique.
Elle a besoin d’une ingénierie de solutions, d’outils de financement, de méthodes de pilotage, de trajectoires bas carbone crédibles, de projets « bancables », et d’une stratégie collective de reconquête productive.
Notre position est claire : la Martinique a besoin d’un pacte de responsabilité et d’action entre institutions, entreprises, filières et citoyens.
La CTM doit être challengée sur ses méthodes, ses choix, sa concertation, ses études d’impact, mais elle doit aussi être soutenue, accompagnée et respectée dans sa mission, parce qu’elle tient une part essentielle de la cohésion du territoire.
L’entreprise doit être protégée quand elle investit et crée de l’emploi, mais elle doit aussi s’engager dans la transparence, l’innovation, la transformation et l’effort collectif.
Et surtout, chacun doit arrêter de chercher une victoire symbolique dans le conflit permanent : la seule victoire qui compte est celle de la production, de l’emploi, de la baisse des vulnérabilités et de la stabilité sociale.




