À l’approche des élections municipales, l’environnement et le développement durable occupent une place centrale dans les discours : propreté, gestion des déchets, eau potable, assainissement, lutte contre les nuisances, protection du littoral, prévention des risques, transition énergétique, cadre de vie. En Martinique comme ailleurs, ces enjeux sont devenus des critères majeurs dans le choix des électeurs.
Pourtant, les pouvoirs réels du maire en matière environnementale restent souvent mal connus. Le maire n’est pas un « ministre local de l’écologie ». Il dispose de leviers importants à l’échelle communale, mais ses compétences sont encadrées par la loi et partagées avec l’État, l’intercommunalité et la Collectivité Territoriale de Martinique. En période préélectorale, il est donc essentiel de distinguer ce qui relève réellement de l’action municipale de ce qui dépend d’autres niveaux de décision.
La police municipale : un outil central pour la protection de l’environnement
Le premier levier du maire en matière environnementale est son pouvoir de police administrative. À ce titre, il est chargé d’assurer le bon ordre, la sécurité, la tranquillité et la salubrité publiques sur le territoire de sa commune.
Ce pouvoir lui permet d’agir directement contre les dépôts sauvages, les nuisances sonores, les pollutions locales, les encombrements, les brûlages illégaux, les atteintes à l’hygiène publique ou les comportements dégradant l’environnement. Il peut, pour cela, prendre des arrêtés municipaux, imposer des mesures de prévention, faire cesser des troubles et engager des procédures de sanction.
En zone littorale, cette compétence s’étend également au rivage, ce qui confère au maire un rôle important dans la gestion de la propreté et des usages du bord de mer.
Ce pouvoir reste toutefois encadré. Lorsque les enjeux dépassent le cadre communal ou en cas de défaillance, l’État peut intervenir par l’intermédiaire du préfet.
Déchets et propreté : une compétence partagée
La gestion des déchets repose aujourd’hui largement sur l’intercommunalité. En Martinique, ce sont les communautés d’agglomération qui organisent la collecte, le traitement et les équipements.
Cela ne prive pas pour autant le maire de moyens d’action. Il reste compétent pour faire respecter la propreté sur sa commune, lutter contre les dépôts illégaux, identifier les responsables et engager des procédures.
Le maire peut également mobiliser des outils administratifs contraignants pour obliger les pollueurs à nettoyer les sites dégradés, payer les frais de remise en état ou cesser leurs activités nuisibles.
En période électorale, promettre une « tolérance zéro » contre les dépôts sauvages n’a donc de sens que si un dispositif concret est prévu : contrôles, agents formés, procédures juridiques, coordination avec l’intercommunalité.
Eau, assainissement et santé environnementale
L’eau potable et l’assainissement sont des services publics essentiels pour la santé et l’environnement. Ils concernent directement la qualité des milieux naturels, la prévention des pollutions et la protection des ressources.
Ces compétences sont souvent exercées à l’échelle intercommunale, mais le maire reste un acteur central, notamment dans :
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le contrôle des raccordements,
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l’assainissement non collectif,
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la prévention des rejets polluants,
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la lutte contre les situations d’insalubrité,
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la gestion des eaux pluviales.
Par ailleurs, le maire dispose de pouvoirs pour lutter contre les nuisances sonores, les mauvaises odeurs, les installations dangereuses ou les conditions de vie dégradées.
Ces actions participent pleinement au développement durable, en reliant environnement, santé publique et attractivité du territoire.
Urbanisme : le levier stratégique du développement durable
L’urbanisme constitue sans doute le principal outil environnemental du maire à long terme. Par les documents de planification et les autorisations de construire, la commune façonne durablement son territoire.
À travers ces décisions, le maire agit sur :
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l’étalement urbain,
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la densification,
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la protection des espaces naturels,
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la gestion des risques,
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la préservation des paysages,
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la limitation de l’imperméabilisation des sols,
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la cohérence des réseaux et équipements.
Les permis de construire, d’aménager ou de démolir sont autant d’actes qui engagent l’avenir écologique d’une commune pour plusieurs décennies.
Un projet refusé ou accepté aujourd’hui peut avoir des conséquences environnementales durables.
Risques naturels, adaptation et gestion de crise
Dans un territoire exposé comme la Martinique, marqué par les cyclones, les inondations, les séismes et les glissements de terrain, l’environnement est indissociable de la sécurité civile.
Le maire est responsable de la préparation aux crises à travers :
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le plan communal de sauvegarde,
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l’organisation de l’alerte,
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l’information préventive des habitants,
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la coordination des secours,
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la gestion de l’après-crise.
Il doit également mettre à disposition des citoyens des informations sur les risques naturels et technologiques, et veiller à leur mise à jour.
Une commune « résiliente » ne se construit pas par des slogans, mais par un travail permanent d’anticipation, d’équipement et de formation.
Le cadre spécifique de la Martinique
En Martinique, les maires disposent des mêmes pouvoirs fondamentaux que dans l’Hexagone. Le droit national s’y applique, avec certaines adaptations liées aux réalités locales.
La particularité institutionnelle tient à l’existence de la Collectivité Territoriale de Martinique, qui exerce les compétences du département et de la région. Elle joue un rôle majeur dans l’aménagement, les infrastructures, la planification environnementale et les grands projets.
Par ailleurs, l’intercommunalité occupe une place centrale dans la gestion des déchets, de l’eau et de l’assainissement. Le poids politique d’un maire dépend donc aussi de sa capacité à peser dans ces instances.
Évaluer un programme municipal « vert » suppose ainsi d’analyser non seulement les propositions communales, mais aussi la stratégie intercommunale et territoriale.
Ce que l’électeur doit retenir
En matière d’environnement et de développement durable, le maire dispose de pouvoirs réels, mais encadrés :
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police et arrêtés municipaux,
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propreté et salubrité,
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urbanisme,
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gestion des risques,
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information des citoyens,
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action locale de proximité.
En revanche, de nombreuses politiques structurantes dépendent aussi de l’intercommunalité, de la CTM et de l’État.
Pour les électeurs, l’enjeu est donc clair : distinguer les promesses qui relèvent effectivement du pouvoir municipal de celles qui nécessitent des coopérations plus larges.
Un projet crédible n’est pas celui qui promet tout, mais celui qui s’appuie sur les compétences réelles, les moyens disponibles et une capacité à travailler avec l’ensemble des acteurs du territoire.
Philippe Pied





