La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) ambitionne de transformer l’usine du Galion, dernier pilier de l’industrie sucrière de l’île. Bien qu’elle bénéficie d’un contingent de 11 613 hectolitres d’alcool pur (HAP), l’usine peine à capter la valeur ajoutée qu’elle génère en amont. L’objectif est d’en faire une plateforme agro-industrielle rentable via un rééquilibrage contractuel, une gouvernance modernisée et une ouverture du capital aux acteurs économiques locaux. Une marge industrielle potentielle, après restructuration et intégration de l’aval, est estimée entre 8 et 12 millions d’euros par an.
Une rente fiscale captée en aval
L’impasse du Galion est structurelle : l’usine produit la matière première (sucre et mélasse) mais ne maîtrise pas la commercialisation du produit fini.
Le dispositif fiscal du « Rhum des DOM » génère un avantage global estimé entre 55 et 60 millions d’euros par an pour l’ensemble des producteurs ultramarins. Pour Le Galion, son contingent de 11 613 HAP représente un avantage fiscal direct d’environ 10,5 millions d’euros (basé sur le différentiel de taxation sur le marché hexagonal).
Pourtant, cette manne bénéficie peu à l’outil industriel de Trinité. Une grande partie de la mélasse produite alimente des rhums commercialisés par des tiers, notamment le groupe COFEPP. Alors que la valeur de marque et la marge commerciale se concentrent chez les distributeurs, Le Galion reste seul exposé aux aléas climatiques, agricoles et aux surcoûts énergétiques.
Reprendre la maîtrise de la chaîne de valeur
La production de sucre brut est structurellement déficitaire face à la concurrence mondiale. L’équilibre économique réside dans la transformation : le passage du stade de fournisseur de mélasse à celui de producteur de rhum de marque.
L’investissement dans des colonnes de distillation modernes et la constitution de stocks de vieillissement sont des leviers critiques. En créant une marque intégrée « Le Galion » forte, l’usine pourrait capter une part significative des bénéfices aujourd’hui exportés. Si les marchés traditionnels sont matures, les perspectives de croissance en Amérique du Nord et en Asie pour des produits authentiques à forte identité territoriale sont réelles.
Sécuriser l’amont et le foncier
La pérennité du site repose sur la maîtrise de son environnement immédiat. Les 12 hectares de foncier stratégique attenants à l’usine constituent un enjeu majeur de développement. Une gestion concertée ou un rachat de ces zones permettrait de sécuriser l’apport en canne et d’installer de nouveaux exploitants.
Parallèlement, la structuration d’une CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole) adossée à l’usine permettrait de mutualiser les coûts mécanisés, d’améliorer les rendements à l’hectare et de garantir un revenu plus stable aux planteurs.
Un patrimoine vivant au service d’une stratégie intégrée
Dernière sucrerie de l’époque coloniale encore en activité, Le Galion possède un potentiel patrimonial unique. Le développement d’un pôle muséal et d’un circuit de “tourisme rhumier” offrirait une source de revenus complémentaires tout en renforçant l’image de marque à l’international.
L’articulation des dimensions foncière, énergétique (valorisation de la bagasse), industrielle et patrimoniale forme une équation cohérente. En maîtrisant l’ensemble de la filière — de la terre à la bouteille — Le Galion peut enfin retenir localement les bénéfices du cadre fiscal et sécuriser les 5 à 7 millions d’euros de soutiens publics actuellement nécessaires à sa survie.
:Le Galion ne doit plus être géré comme un site sous perfusion, mais comme un actif stratégique. La transformation de ce fleuron est la condition sine qua non pour passer d’une économie de rente à une véritable souveraineté productive.
Gdc




