1. Un angle mort des municipales : la soutenabilité du modèle français
À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars, les Guadeloupéens s’apprêtent à choisir leurs édiles dans un climat politique qui laisse paradoxalement de côté une question pourtant centrale : l’avenir économique et financier de la France et ses conséquences directes sur la Guadeloupe et la Martinique. La campagne électorale se concentre sur les enjeux de proximité et la gestion communale sans interroger la trajectoire globale du pays auquel ces territoires sont institutionnellement, financièrement et socialement arrimés.
Pour des territoires ultramarins largement dépendants des subventions publiques, des transferts sociaux et des choix budgétaires de l’État, l’évolution de la situation française devrait constituer une préoccupation majeure. Les dépenses sociales ont atteint 954 milliards d’euros en 2024, la dette publique 3 637 milliards d’euros et la charge de la dette 73 milliards d’euros. À l’horizon 2027, le risque devient systémique : on ne peut durablement promettre localement ce que le national ne pourra plus financer.
2. Une dépendance structurelle aux choix budgétaires de Paris
La Guadeloupe et la Martinique, départements français et régions ultrapériphériques de l’Union européenne, sont structurellement dépendantes des orientations économiques et budgétaires décidées à Paris. Toute dégradation durable de la situation française se traduit par des tensions accrues sur les dotations aux collectivités, les politiques de l’emploi et la capacité d’investissement.
Depuis 1946, ces territoires bénéficient d’un niveau de protection sociale comparable à celui d’un pays riche, alors même que la France s’appauvrit relativement depuis plus de vingt ans. La croissance peine à dépasser 1 % en moyenne, loin des 2 à 3 % nécessaires pour financer durablement l’État-providence. Cette contradiction structurelle, longtemps masquée par l’endettement, devient aujourd’hui impossible à ignorer.
3. Une France fragilisée dans un monde plus compétitif et instable
La France entre en 2026 dans une zone de turbulences marquée par l’instabilité politique, la stagnation économique et des pressions financières croissantes. Face à la concurrence de la Chine et des États-Unis, capables de mobiliser des politiques industrielles offensives, l’Union européenne peine à se réinventer.
L’endettement public constitue l’un des risques majeurs de cette trajectoire. Les déficits persistent, la compétitivité s’érode, le commerce extérieur demeure déficitaire et le chômage frôle 8 % fin 2025. Plusieurs pays européens ont engagé des réformes structurelles que la France tarde à assumer, creusant l’écart de performance.
4. Un choc social annoncé pour les Outre-mer
La fragilisation économique alimente un climat social anxiogène : pouvoir d’achat en recul, crise du logement, tensions sanitaires et éducatives. Pour la Guadeloupe et la Martinique, ces évolutions annoncent une pression accrue sur les finances publiques et une possible remise en cause des transferts sociaux.
Si la France devait entrer dans une phase de rigueur budgétaire sévère, les territoires ultramarins, déjà fragilisés par des économies peu diversifiées et un chômage structurel élevé, en subiraient les conséquences de plein fouet. L’enjeu dépasse les municipales : il s’agit de relier les enjeux locaux aux défis nationaux et internationaux afin d’engager une réflexion lucide sur l’avenir économique et social des territoires.
Jean-Marie Nol
Économiste et juriste en droit public




