La Jamaïque donne un cap important quant à la direction qu’elle souhaite donner au tourisme.
Le gouvernement de l’île a dévoilé une feuille de route stratégique pour l’exercice financier 2026/2027, conçue pour diversifier considérablement les marchés sources du tourisme de l’île et positionner la Jamaïque pour atteindre 8 millions de visiteurs annuels et 10 milliards de dollars de recettes touristiques d’ici 2030.
C’est un objectif ambitieux, qui s’accompagne d’un changement d’orientation clair : la Jamaïque souhaite que sa croissance provienne davantage d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Inde.
L’objectif le plus précis de ce plan concerne l’Amérique latine. Les responsables affirment vouloir porter la part de marché de la région de 2 % à 10 % d’ici 2027.
Il s’agit d’une progression spectaculaire en si peu de temps, qui indique que la Jamaïque considère l’Amérique latine comme un moteur de croissance à court terme, et non comme une simple possibilité à long terme. De tels objectifs impliquent généralement davantage de vols directs, des partenariats plus étroits avec les compagnies aériennes et une stratégie marketing adaptée à la région, où la Jamaïque, bien que déjà connue, doit néanmoins rivaliser d’ingéniosité pour attirer les touristes.
L’Inde et le Moyen-Orient sont également considérés comme des marchés prioritaires, dans le cadre d’une stratégie long-courrier visant à attirer des voyageurs qui séjournent plus longtemps et dépensent davantage. Le principal défi réside bien sûr dans la distance. La croissance dans ces régions dépend fortement de la connectivité, que ce soit par le biais de nouvelles liaisons, de partenariats aériens internationaux renforcés ou de correspondances facilitées via les hubs. Elle dépend également de la capacité de la Jamaïque à offrir un voyage sans encombre dès l’arrivée, notamment pour les visiteurs traversant plusieurs fuseaux horaires.
Cette feuille de route intervient après une année qui a mis à rude épreuve la résilience du secteur touristique jamaïcain. Les autorités ont indiqué que le secteur avait connu une forte reprise au cours de l’exercice 2025/26 avant les perturbations causées par l’ouragan Melissa. Malgré cette interruption, le gouvernement a enregistré 3,7 millions de visiteurs et 3,8 milliards de dollars de recettes. Il a salué le travail du Groupe de travail pour la relance du tourisme, qui a piloté une réponse nationale rapide permettant la réouverture complète du secteur dès la mi-décembre, avec une reprise rapide des activités des principaux établissements d’Ocho Rios, de Negril et de Montego Bay.
Au-delà du nombre de visiteurs, le gouvernement insiste sur l’importance de la croissance touristique pour les entreprises jamaïcaines. Pour le prochain exercice financier, les autorités prévoient de privilégier l’initiative « Priorité au local », lancée en octobre 2025. Cette initiative vise à stimuler l’approvisionnement local et à renforcer les liens avec les micro, petites et moyennes entreprises (MPME), afin que les nouveaux investissements touristiques se traduisent par des emplois et des contrats pour les Jamaïcains.
Autre mesure politique majeure : l’approbation par le gouvernement du Cadre et de la Stratégie d’assurance des destinations. Les responsables l’ont décrit comme la première politique d’assurance des destinations codifiée au monde, conçue pour garantir des expériences touristiques sûres, fluides et de grande qualité, tout en renforçant les normes insulaires liées à l’ordre public. Concrètement, cela signifie une volonté d’harmoniser les normes dans les différents axes touristiques, au-delà des hôtels et complexes touristiques.
La feuille de route prévoit également des travaux législatifs sur une nouvelle loi relative aux offices de tourisme, une loi modernisée sur les agences de voyages et des amendements aux lois sur les bains de l’Apôtre et les bains de Milk River, visant à permettre de nouveaux partenariats public-privé.
Le plan de la Jamaïque mise gros sur la croissance, la diversification et le renforcement des normes nationales. Les chiffres sont censés attirer l’attention. Les prochaines années permettront de voir à quelle vitesse le pont aérien, les investissements et les changements de politique pourront être mis en œuvre pour atteindre ces objectifs.