Depuis le 1er janvier 2026, les entreprises des Outre-mer peuvent recourir partiellement au Titre Emploi Service Entreprise pour gérer leurs salariés occasionnels. Une évolution réclamée de longue date par la FEDOM, qui voit dans cette flexibilité un outil concret contre le travail informel.
C’est une victoire discrète mais aux effets potentiellement considérables pour le tissu économique ultramarin. La Fédération des Entreprises des Outre-mer (FEDOM) a annoncé, dans un communiqué daté du 18 février 2026, que le Titre Emploi Service Entreprise — le TESE — a enfin été adapté aux spécificités des territoires ultramarins. Une réforme technique attendue depuis des années, qui ouvre désormais la voie à une lutte plus efficace contre le fléau du travail informel.
Un outil rigide, longtemps inadapté
Le TESE est un dispositif proposé par l’Urssaf destiné à simplifier les démarches sociales liées à l’embauche et à la gestion des salariés. Il succède au Titre de Travail Simplifié (TTS), créé par la loi d’orientation pour l’Outre-mer du 13 décembre 2000 et qui avait rencontré à l’époque un franc succès. Mais dans sa forme récente, le TESE souffrait d’un défaut majeur : une entreprise adhérente ne pouvait l’utiliser que pour la totalité de ses salariés, sans aucune possibilité de gestion sélective.
Cette contrainte s’est avérée rédhibitoire pour la plupart des employeurs ultramarins. Dans des secteurs comme la restauration, le tourisme ou l’événementiel, la réalité du marché du travail repose largement sur une main-d’œuvre mixte : une équipe permanente gérée par un expert-comptable ou un tiers déclarant, et des renforts ponctuels — extras, saisonniers, « jobeurs » — dont la gestion administrative représente une charge disproportionnée. Le TESE, dans son ancienne configuration, imposait de tout basculer dans un même système ou d’y renoncer complètement. La majorité des employeurs choisissaient la seconde option.
Un blocage technique enfin levé
La FEDOM avait identifié le problème et s’était mobilisée sur plusieurs fronts. Dès sa contribution au Comité interministériel des Outre-mer (CIOM) de mars 2023, la fédération patronale avait plaidé pour une adaptation du dispositif. En parallèle, elle avait interpellé directement le directeur général de l’ACOSS et le directeur de la sécurité sociale au ministère des Affaires sociales.
La réponse de ces derniers était claire : le blocage résidait dans un problème de paramétrage informatique. Le logiciel ne permettait pas à une même entreprise de choisir alternativement deux modes de déclaration pour ses différents salariés. Des travaux techniques étaient en cours. Ils ont abouti.
Depuis le 1er janvier 2026, la flexibilité est acquise. Un restaurateur peut désormais confier la gestion des formalités sociales de son équipe permanente à son expert-comptable, tout en gérant lui-même — gratuitement et en ligne via le TESE — les embauches ponctuelles de ses extras ou de ses employés saisonniers.
Un levier contre le travail informel
L’enjeu dépasse la simple commodité administrative. Dans un territoire comme la Martinique, où le chômage au sens du BIT concerne 11 % de la population active et où le taux de chômage des moins de 30 ans atteint près d’un quart de la population active de 15 ans ou plus, la tentation du travail non déclaré est structurellement forte, tant du côté des travailleurs précaires que de certains employeurs confrontés à des charges élevées et à des procédures administratives complexes.
Le phénomène des « jobeurs » — ces travailleurs occasionnels payés en dehors de tout cadre légal — constitue une concurrence déloyale pour les entreprises qui, elles, jouent le jeu de la déclaration. En simplifiant radicalement les formalités liées à l’embauche ponctuelle, le TESE adapté retire l’un des arguments récurrents qui conduisent à l’informalité : la lourdeur administrative disproportionnée par rapport à la durée ou à la nature de la mission.
La FEDOM ne s’y trompe pas. Dans son communiqué, la fédération indique que cette mesure « permettra sans nul doute de favoriser la déclaration des emplois occasionnels, précaires et clandestins ». Une déclaration qui profite à tout le monde : au salarié, qui cotise et accède à ses droits sociaux ; à l’employeur, qui se protège juridiquement ; et aux finances publiques, qui récupèrent des cotisations jusqu’alors invisibles.
Une victoire de l’engagement patronal
Pour la FEDOM, cette avancée illustre l’efficacité d’une action collective et persistante auprès des pouvoirs publics. Créée en 1986, la fédération regroupe les organisations patronales de l’ensemble des territoires français d’Outre-mer ainsi que les entreprises de toute taille qui y opèrent. Sa mission : défendre les intérêts des entreprises ultramarines dans les évolutions législatives et réglementaires, et contribuer au développement d’outils adaptés à leurs réalités.
L’adaptation du TESE s’inscrit dans cette logique. Elle démontre que les spécificités des marchés du travail ultramarins — caractérisés par une forte saisonnalité, une économie de services prépondérante et une proportion élevée d’emplois précaires — méritent des dispositifs conçus sur mesure, et non des solutions standardisées pensées depuis l’Hexagone.
La FEDOM se dit satisfaite. Reste à espérer que la simplification ainsi obtenue se traduira rapidement dans les pratiques, et que les employeurs, longtemps découragés par la rigidité du système, s’approprieront pleinement cet outil renouvelé.
Philippe PIED, suite à communiqué FEDOM





