Dans son quatrième rapport annuel remis le 12 février 2026 au ministre de l’Économie Roland Lescure, la Caisse Centrale de Réassurance (CCR) alerte sur le déficit structurel du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles. Avec un ratio sinistres/primes (S/P) de 119 % sur la période 2016-2024 et une sinistralité moyenne annuelle passée de 1,42 milliard d’euros à 2,52 milliards d’euros, le modèle apparaît durablement déséquilibré.
Si cette dérive concerne l’ensemble du territoire national, ses implications sont particulièrement sensibles en Outre-mer, et notamment en Martinique et en Guadeloupe, territoires fortement exposés aux aléas climatiques.
Une vulnérabilité climatique structurelle
Les Antilles françaises cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité : exposition cyclonique récurrente, pluies intenses générant des phénomènes de ruissellement et d’inondation, érosion littorale et montée du niveau marin. Chaque saison cyclonique rappelle la fragilité du bâti, des réseaux et des infrastructures publiques.
À ces risques s’ajoute désormais une attention accrue portée au retrait-gonflement des argiles (RGA), phénomène amplifié par les épisodes de sécheresse. Les alternances de sécheresse et de fortes pluies provoquent des mouvements différentiels des sols susceptibles d’affecter un nombre croissant d’habitations individuelles.
Un régime assurantiel sous pression
La CCR absorbe aujourd’hui 60 % de la charge du régime en 2024, confirmant son rôle central de réassureur public. Toutefois, le rapport évoque des signes de tensions dans certains territoires exposés, avec un risque de carence de marché : modulations tarifaires, franchises plus élevées, voire stratégies d’exclusion de la part d’assureurs privés.
Dans des économies ultramarines marquées par une forte dépendance aux transferts publics et une structure de revenus plus fragile que dans l’Hexagone, toute hausse significative des primes d’assurance ou restriction de couverture aurait des conséquences sociales directes. La soutenabilité du régime devient ainsi un enjeu d’équilibre territorial et de cohésion sociale.
Des coûts appelés à croître
Selon les projections de la CCR, les coûts pourraient progresser de 40 % à 60 % d’ici 2050 sous l’effet du changement climatique. Pour la Martinique et la Guadeloupe, cette trajectoire pose une double question stratégique : celle du financement durable du régime d’indemnisation et celle du renforcement des politiques de prévention, d’aménagement du territoire et d’adaptation climatique.
Cela implique une montée en puissance des plans de prévention des risques naturels, une révision des règles d’urbanisme en zones inondables ou littorales, ainsi qu’un contrôle renforcé des normes de construction.
Un débat structurant pour les collectivités




