« Dans les Outre-mer, l’efficacité de la justice repose sur sa capacité à répondre rapidement, fermement et humainement aux réalités du terrain. »
Hier 20 février 2026, Gérard Darmanin, le garde des Sceaux, ministre de la Justice, a signé une circulaire consacrée à la politique pénale territoriale dans les Outre-mer. Ce texte fixe les grandes orientations que devront suivre les juridictions ultramarines face aux formes spécifiques de délinquance rencontrées dans ces territoires. Il vise à renforcer la lisibilité de l’action judiciaire, à mieux protéger les victimes et à lutter plus efficacement contre les phénomènes criminels, dans un contexte marqué par des fragilités économiques et sociales.
Des territoires confrontés à des réalités particulières
Les territoires ultramarins présentent des caractéristiques géographiques, sociales et économiques qui influencent directement la nature de la délinquance. L’insularité, l’éloignement, la précarité ou encore le morcellement territorial peuvent compliquer la prévention, la détection et le traitement des infractions.
Ces spécificités nourrissent parfois un sentiment de distance avec l’action de l’État. La circulaire rappelle ainsi que l’État de droit s’applique pleinement en Outre-mer et que la justice doit y être aussi présente, visible et efficace que partout ailleurs.
Les juridictions sont invitées à tenir compte de ces réalités locales, tout en s’inscrivant dans une politique pénale cohérente à l’échelle nationale.
La priorité donnée à la protection des personnes
La lutte contre les violences du quotidien constitue un axe central du texte. Les violences intrafamiliales, sexuelles et conjugales y occupent une place particulière, en raison de leur fréquence dans certains territoires et des difficultés rencontrées par les victimes pour se signaler.
La circulaire encourage la généralisation des dispositifs de prise en charge dans les établissements de santé, afin de faciliter les dépôts de plainte et de préserver les droits des victimes. Elle insiste également sur l’importance d’un suivi régulier des procédures, pour éviter le sentiment d’abandon.
Une réponse pénale ferme et rapide est attendue, accompagnée de mesures de protection et d’éloignement des auteurs lorsque cela est nécessaire.
« Protéger les victimes et garantir leur suivi constitue le socle d’une justice crédible et respectée. »
Lutter contre la criminalité organisée et les trafics
La criminalité organisée représente une menace majeure dans plusieurs territoires ultramarins. Narcotrafic, circulation des armes, blanchiment de capitaux et réseaux transnationaux font partie des priorités identifiées.
La circulaire appelle à intensifier les investigations patrimoniales, à renforcer la saisie et la confiscation des avoirs criminels et à améliorer la coordination entre services. Elle souligne aussi l’importance du partage d’informations entre juridictions ultramarines et métropolitaines.
L’implication croissante des mineurs dans certaines formes de criminalité, notamment l’exploitation sexuelle, fait également l’objet d’une vigilance renforcée, avec des poursuites systématiques prévues.
Préserver l’autorité publique et l’environnement
Les atteintes portées aux institutions, aux élus et aux agents publics sont considérées comme particulièrement graves. La circulaire demande une réponse pénale visible et dissuasive face à ces comportements.
Elle met aussi l’accent sur la protection de l’environnement ultramarin. Les infractions liées aux déchets, à l’orpaillage illégal ou à la destruction de la biodiversité doivent faire l’objet d’un traitement rigoureux, en lien avec les services administratifs concernés.
Les pôles régionaux de l’environnement et les juridictions spécialisées sont appelés à jouer un rôle renforcé dans ce domaine.
Une coopération renforcée et un suivi régulier
La dimension internationale de certains trafics impose une coopération accrue avec les partenaires étrangers. Le développement du réseau de magistrats de liaison et des échanges internationaux s’inscrit dans cette logique.
La circulaire prévoit également un suivi régulier de sa mise en œuvre. Les juridictions devront informer l’administration centrale des actions menées et des difficultés rencontrées.
« Une politique pénale lisible, coordonnée et suivie dans le temps est indispensable pour restaurer durablement la confiance. »





