Finances publiques, responsabilités institutionnelles et vérité des chiffres
Présenté le 12 février devant un parterre de chefs d’entreprises investis dans le développement du territoire, le plan économique de la CTM n’était ni une mise en scène ni un exercice rhétorique. Il s’agissait d’une séquence de travail adressée aux forces productives de la Martinique.
Pourtant, le site Opinion Internationale a choisi d’y voir une diversion opportuniste et le symptôme d’une gestion prétendument défaillante.
Cette lecture polémique appelle une réponse. Dans un territoire confronté à des déséquilibres économiques structurels majeurs, le débat public ne peut se réduire au soupçon permanent et au procès d’intention.
Le calendrier n’est pas un argument juridique
La proximité entre la rencontre du 12 février et une échéance judiciaire que subit le président de la collectivité alimente un récit commode.
En politique publique, la validité d’une politique ne se mesure pas à son calendrier médiatique ou à l’émotion du moment. Elle se mesure à sa base juridique, à son inscription budgétaire et à la réalité des crédits engagés et surtout, à la nécessité qu’elle porte.
Un dispositif mobilisant 65,8 millions d’euros d’ingénierie financière pour 550 TPE/PME d’ici 2030 ne se juge pas en réaction à une actualité. Le réduire à une manœuvre relève de l’insinuation et non de l’analyse. Une telle manière de mesurer les choses ne sert pas la Martinique.
Des chiffres que l’on ne peut ignorer
La Martinique affiche environ 4 milliards d’euros d’importations pour moins de 400 millions d’exportations. Le taux de pauvreté avoisine 26 à 27 %, soit presque le double de l’Hexagone. Les prestations sociales versées dépassent 800 millions d’euros par an. Ces déséquilibres sont structurels et anciens.
La CTM gère un budget d’environ 1,4 à 1,5 milliard d’euros, dont plus de 60 % correspondent à des dépenses obligatoires. L’investissement annuel se situe autour de 350 à 400 millions d’euros. Ces réalités budgétaires contraignent mécaniquement l’action publique.
Fonds européens : l’argument spectaculaire
L’évocation de 160 millions d’euros non consommés vise à frapper l’opinion. Certes, la programmation 2021-2027 représente près de 700 à 800 millions d’euros de crédits européens. Leur consommation dépend du cofinancement ( souvent impossible à mettre en place), de l’ingénierie et des validations successives. Sans analyse technique précise, l’accusation demeure incomplète et stagne au stade de la banale, mais insidieuse polémique.
Compétences partagées, responsabilités multiples
Eau, déchets, Galion, équipements touristiques : ces dossiers relèvent de compétences partagées ou d’héritages accumulés sur plusieurs décennies. La fragmentation institutionnelle et la fin des quotas sucriers européens ne sont pas nées d’un seul mandat.
L’agrégation de crises sans hiérarchisation ni examen des compétences brouille volontairement le débat. C’est une stratégie polémique, pas une démonstration rigoureuse. Et une fois de plus, cela n’éclaire pas le débat et fait du tort à la Martinique.
Statut et économie : un faux procès
La CTM, régie par l’article 73 de la Constitution, dispose d’une capacité d’adaptation normative. Le débat institutionnel n’est pas une distraction : il conditionne les marges fiscales, les capacités réglementaires et l’insertion régionale. Il est étroitement lié à toute stratégie économique. Opposer statut et développement économique relève d’un simplisme stratégique.
La Martinique mérite un débat adulte
Qualifier systématiquement toute initiative de sortie du paradigme mortifère dans lequel se trouve notre territoire de diversion installe un climat délétère. Si chaque plan est suspect par principe, l’action publique devient impossible. Ce n’est plus de la critique démocratique ; c’est une délégitimation systématique.
La Martinique traverse une crise économique réelle. Elle ne s’en sortira ni par la dramaturgie permanente ni par l’accusation réflexe. Elle s’en sortira par une stratégie structurée, une mobilisation efficace des ressources et un débat fondé sur les faits.
Nous demandons respectueusement, mais fermement à ce site politique de porter ses attaques destructrices ailleurs. La liste est longue de problématiques irrésolues que la république peine à résoudre en son sein.
Gérard Dorwling-Carter




