Outre-mer : derrière la convergence statistique, la fracture sociale
Créée en janvier 2026 à l’initiative du groupe communiste, la commission d’enquête sénatoriale a tenu ses premières auditions publiques en février 2026. Elle vise à analyser la persistance des écarts entre les territoires ultramarins et l’Hexagone, ainsi qu’au sein même des sociétés ultramarines.Un débat sémantique qui masque un enjeu structurel
Les intervenants auditionnés – Vincent Bouvier, Sophie Brocas et Olivier Jacob – ont exprimé des réserves sur la notion « d’inégalités systémiques ». Selon eux, les écarts relèvent davantage de contraintes structurelles (géographiques, historiques, économiques) que d’un système volontairement producteur d’inégalités.
Toutefois, au-delà de la querelle des mots, le constat demeure : les inégalités sociales sont profondes et persistantes. Si l’écart de PIB par habitant s’est réduit depuis les années 1970, la convergence macroéconomique ne se traduit pas par une convergence sociale réelle.
La grande fracture : pauvreté et dualisation
Les taux de pauvreté restent massifs : 36 % à La Réunion, 34 % en Guadeloupe, 27 % en Martinique, 53 % en Guyane et 77 % à Mayotte, contre environ 28 % dans le département hexagonal le plus touché.
Le modèle économique demeure dual : poids central du secteur public, sur-rémunérations protectrices pour certains, fragilité du secteur privé, productivité inférieure d’environ vingt points et densité d’emplois privés plus faible d’un tiers.
Le coût de la vie : symptôme et révélateur
Le surcoût moyen de la vie outre-mer est estimé à +13 %, avec des écarts plus marqués sur l’alimentation. L’octroi de mer, conçu pour financer les collectivités et protéger la production locale, produit parfois des effets pervers lorsqu’il frappe des biens non produits localement.
Les auditions ont montré qu’aucune réforme brutale n’est envisageable, mais que le statu quo entretient des distorsions structurelles.
Des services publics fragilisés
Les dysfonctionnements des services publics essentiels – eau potable, logement, transports, santé – alimentent un sentiment d’abandon. Les intervenants ont souligné la faiblesse des moyens administratifs de la DGOM (139 agents) pour piloter efficacement les politiques ultramarines.
Trois axes de transformation
1. Approche différenciée et territorialisée des politiques publiques.
2. Intégration régionale accrue et adaptation des règles européennes.
3. Valorisation stratégique de la ZEE et développement d’une économie maritime durable.
En définitive, la question centrale n’est pas celle du volume des transferts publics, mais de leur efficacité et de leur capacité à transformer durablement les structures économiques et sociales ultramarines.
Gdc




