La Collectivité Territoriale de Martinique a présenté un plan économique dont l’ambition est claire : rompre avec les logiques héritées et engager l’île sur la voie d’un développement endogène durable. Les mesures qui suivent n’ont pas vocation à s’y substituer ni à le concurrencer. Elles visent à en faciliter l’exécution, en identifiant les conditions structurelles, fiscales et sociales sans lesquelles aucune stratégie, aussi bien conçue soit-elle, ne peut produire les effets attendus.
Car un plan économique ne vaut que par les fondations sur lesquelles il repose.
La Martinique importe ce qu’elle pourrait produire, distribue ce qu’elle pourrait transformer, et consomme ce qu’elle pourrait créer. Ce paradoxe n’est pas une fatalité : c’est le résultat d’un système de prix structurellement défavorable à la production locale. Tant que l’énergie coûte trop cher, que le fret grève la compétitivité, que le foncier productif reste rare et le crédit onéreux, l’importation-distribution restera plus rentable que la transformation locale. C’est ce système qu’il faut corriger, en agissant simultanément sur plusieurs leviers.
L’énergie et la logistique constituent le premier
Aucune industrie locale ne peut se développer durablement sans un prix de l’énergie stable et prévisible, ni sans une réduction significative des coûts logistiques. Cela suppose des investissements massifs dans la production énergétique locale, le stockage, la modernisation portuaire et une régulation effective des marges. Le deuxième nœud est foncier et financier : la rareté du foncier viabilisé et le coût du risque bancaire freinent l’investissement productif. Une politique foncière offensive, un guichet unique et des mécanismes renforcés de garantie sont indispensables pour que le capital se tourne vers la création de valeur plutôt que vers la rente.
Sur le plan fiscal, la réforme est incontournable.
Le système actuel récompense l’importation et pénalise la transformation.
Il faut inverser cette logique : amortissements accélérés, crédits d’impôt ciblés, conditionnalité des aides publiques, traçabilité des marges sur les produits essentiels. Chaque euro d’avantage fiscal doit désormais être justifié par une contribution mesurable à la production locale.
Mais aucune réforme structurelle ne tient sans ancrage politique et social. L
a Martinique a besoin d’une stratégie économique contractualisée sur dix ans entre la CTM, l’État et l’Union européenne, assortie d’une gouvernance simplifiée, de délais garantis et d’indicateurs publics de performance. La confiance ne se décrète pas : elle se construit par la transparence des résultats et la régularité du compte rendu. Un mécanisme de suivi trimestriel, accessible à tous, renforcerait cette légitimité collective.
Enfin, la transition ne sera acceptée que si elle est juste.
Elle doit préserver le pouvoir d’achat, sécuriser les parcours professionnels et associer les acteurs économiques et sociaux à sa conception. Sans pacte social, le changement de modèle restera un vœu pieux.
Changer le modèle économique martiniquais, c’est substituer progressivement une économie de rente à une économie de valeur ajoutée. Ce basculement est possible. Il exige cohérence, durée et volonté.
Gérard Dorwling-Carter




