La fin silencieuse d’un monde
La politique étrangère française connaît une mutation profonde. Il ne s’agit plus d’un simple ajustement diplomatique, mais d’un basculement stratégique : la France se détache progressivement de son ancien pré carré africain pour investir de nouveaux centres de gravité, notamment les puissances issues des sphères britannique et portugaise. Ce mouvement ne relève pas d’un accident conjoncturel, mais d’un choix structurant.
Le budget 2026 : acte fondateur d’un désengagement
La loi de finances 2026 constitue le marqueur central de cette inflexion. La baisse cumulative de près de 2,3 milliards d’euros entre 2024 et 2026, la chute de l’APD à environ 0,38 % du RNB, la réduction drastique de l’aide humanitaire (–67 %) et la division par trois des contributions volontaires aux Nations unies traduisent un changement de philosophie. La solidarité multilatérale recule au profit d’une approche plus sélective et stratégique.
L’AFD : continuité affichée, redéploiement discret
Si l’Agence française de développement maintient ses volumes globaux, la réduction de l’enveloppe consacrée à l’Afrique francophone révèle un déplacement des priorités. L’aide devient un instrument de politique étrangère orienté vers le rendement géopolitique.
Le crépuscule de la Françafrique
Le système d’interdépendances asymétriques structuré après les indépendances africaines est aujourd’hui à bout de souffle. Les retraits militaires au Sahel, les revendications souverainistes au Sénégal et la brouille persistante avec l’Algérie témoignent d’une rupture profonde. La Françafrique ne disparaît pas par décision unilatérale : elle s’effrite sous la pression des sociétés africaines.
L’Inde : pivot d’une nouvelle architecture stratégique
La séquence diplomatique franco-indienne illustre la nouvelle orientation. Coopérations industrielles, contrats de défense et investissements dans l’intelligence artificielle s’inscrivent dans une logique de partenariat d’égal à égal. L’Inde devient un acteur central de la stratégie indo-pacifique française.
Multipolarité et realpolitik : un choix à haut risque
Dans un monde fragmenté où la Russie, la Chine et les États-Unis redéfinissent les équilibres, la France tente de passer d’une puissance post-coloniale à une puissance d’équilibre. Le risque demeure toutefois réel : perdre son influence historique sans consolider durablement ses nouvelles alliances.
Jean-Marie NOL




