Un enjeu stratégique dans le cadre du CFP 2028-2034
Dans la perspective des négociations du Cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034 de l’Union européenne, l’accélération de la Recherche et Développement (R&D) agricole constitue pour la Martinique un levier structurant de sécurisation budgétaire, de modernisation productive et d’adaptation climatique. La capacité du territoire à démontrer une dynamique d’innovation mesurable conditionnera sa crédibilité dans les arbitrages européens à venir.
Le maintien du Programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité (POSEI) demeure vital pour l’équilibre économique des filières banane et canne-sucre-rhum.
En 2024, 325,7 millions d’euros ont été versés au niveau national au titre du POSEI, financés principalement par le Fonds européen agricole de garantie (FEAGA) et complétés par des crédits nationaux issus du Comité interministériel des Outre-mer (CIOM). Pour la Martinique, ces soutiens représentent un socle de stabilité indispensable.
Des vulnérabilités structurelles persistantes
L’économie agricole martiniquaise demeure confrontée à des contraintes structurelles majeures. L’insularité génère des surcoûts logistiques importants et une dépendance significative aux intrants importés. L’exposition aux aléas climatiques – cyclones, épisodes de sécheresse, dérèglement pluviométrique – accentue la fragilité des exploitations. L’héritage sanitaire et environnemental du chlordécone continue par ailleurs d’influencer les pratiques agricoles et la perception des filières. Enfin, la faible diversification productive renforce la dépendance à quelques productions dominantes.
Les données publiées par l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) pour 2024 illustrent cette vulnérabilité conjoncturelle : recul de 1,1 % des cannes broyées, diminution de 1,5 % de la production de rhum, baisse de 8,2 % des exportations de rhum et contraction globale des abattages de 5,2 %. Ces indicateurs soulignent l’urgence d’une transformation productive appuyée sur l’innovation.
Les finalités opérationnelles de l’accélération de la R&D
L’accélération de la R&D doit prioritairement viser le développement de variétés végétales résistantes aux stress climatiques et aux maladies émergentes, la mise au point d’alternatives phytosanitaires adaptées aux sols tropicaux, ainsi que le déploiement de pratiques agroécologiques innovantes. Elle suppose également une modernisation technologique des exploitations par l’agriculture de précision, la digitalisation des données culturales et l’utilisation de capteurs et de drones.
Au-delà de la production primaire, la diversification vivrière et le renforcement de la transformation locale doivent être intégrés dans une logique de souveraineté alimentaire partielle.
Le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER), doté d’une enveloppe d’environ 85 millions d’euros pour la période 2023-2027 en Martinique, constitue à cet égard un instrument clé de financement des investissements, de la formation et du transfert d’innovation.
Capacité scientifique et ancrage territorial
La Martinique dispose d’un socle scientifique significatif. Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) mobilise environ quarante agents permanents sur le territoire, dont une dizaine de chercheurs, et accueille chaque année plusieurs dizaines de stagiaires et doctorants. L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), à travers son centre Antilles-Guyane, dispose d’un budget annuel de 17,7 millions d’euros, de 88 hectares de surfaces expérimentales et d’infrastructures de serre permettant le développement de recherches appliquées.
La valorisation stratégique de ces capacités suppose une articulation renforcée entre recherche fondamentale, expérimentation en milieu réel et diffusion rapide vers les exploitations. La R&D ne peut produire d’effet systémique que si elle s’inscrit dans une logique de transfert accéléré et d’appropriation par les acteurs économiques locaux.
Dimension européenne et positionnement stratégique




