Il y a des périodes où la Martinique donne le sentiment d’enchaîner les temps forts avec une intensité rare. À peine sortis de la ferveur du carnaval, et d’une magnifique 34eme Semaine Nautique Internationale à Schœlcher avec des équipages internationaux, voilà que notre île accueille une nouvelle compétition d’envergure, tournée vers la mer et l’exigence sportive.
Et l’on (je me) se surprend à rêver : et si, chaque mois, la Martinique vibrait au rythme d’une régate internationale ? Et si nos baies, nos communes littorales, devenaient régulièrement le théâtre de rencontres sportives, musicales et culturelles ouvertes sur la Caraïbe et le monde ?
C’est dans cet élan que s’inscrit le Martinique Wingfoil Adventure 2026. Bien plus qu’une simple compétition, cette première édition a confirmé le potentiel exceptionnel de notre territoire pour accueillir des formats nautiques ambitieux, capables d’attirer un plateau international tout en faisant émerger la relève locale. Pendant une semaine, du 22 au 28 février, la Martinique a démontré qu’elle pouvait être à la fois un terrain d’exigence sportive et un espace de projection pour une véritable stratégie d’animation et de rayonnement territorial.
Philippe PIED – Photo © PIERRICKCONTIN.FR
Pendant une semaine, du 22 au 28 février, la Martinique a accueilli la première édition du Martinique Wingfoil Adventure 2026, une compétition articulée autour d’un format encore rare dans la discipline : le raid longue distance en conditions open ocean.
Du Robert à Grand Rivière, du Marin au Rocher du Diamant, les riders ont évolué sur des parcours exigeants mêlant navigation au large, effets de côte, longues remontées au près et descentes engagées dans une houle atlantique formée.
Cette première édition, conclue le 28 février à la marina du Robert, marque une étape structurante pour le développement du wingfoil dans l’arc caribéen.
Voler au-dessus de l’eau : comprendre le wingfoil
À mi-chemin entre la voile, le surf et le vol, le wingfoil est une discipline nautique récente où le pratiquant évolue debout sur une planche équipée d’un foil — une aile immergée qui permet de décoller au-dessus de l’eau dès que la vitesse augmente.
Dans les mains, une aile gonflable légère, indépendante de la planche, capte le vent et offre une liberté de mouvement inédite. Résultat : une glisse silencieuse, presque aérienne, où la planche semble flotter au-dessus de la surface.
Accessible en initiation dans des conditions modérées, le wingfoil devient un sport extrêmement technique en format longue distance. Lecture du plan d’eau, gestion des trajectoires, endurance physique, stratégie au près, choix d’options dans la houle : le rider ne se contente pas de glisser, il navigue, il analyse, il décide.
C’est précisément cette dimension stratégique et exigeante qu’a mise en lumière le Martinique Wingfoil Adventure 2026, en proposant un format raid encore rare à l’échelle internationale.
Un format encore peu exploité en wingfoil
Née d’une expérimentation menée en 2025 dans le cadre du Martinique Cata Raid, l’idée d’un raid structuré exclusivement dédié au wingfoil a rapidement pris corps.
En 2026, l’organisation — portée par le Club Nautique WIND Force — propose un dispositif complet :
- un prologue,
- quatre étapes longue distance,
- une régate finale en baie du Robert,
- une direction de course expérimentée,
- un encadrement sécurité adapté aux conditions open sea.
Le positionnement est clair : proposer une épreuve qui dépasse le format slalom ou racing court habituellement observé sur le circuit, et tester la discipline dans une logique d’endurance, de lecture stratégique du plan d’eau et de gestion physique sur plusieurs heures. Le pari était ambitieux. Il s’est avéré pertinent.
Des conditions exigeantes, un révélateur sportif
La semaine a été marquée par des conditions météorologiques typiques des alizés de fin février, oscillant entre 15 et 25 nœuds établis selon les zones et les journées, avec une mer progressivement formée sur les façades exposées Atlantique et Sud Caraïbe.
Les étapes ont confronté les riders à une grande variété de situations : longues descentes sous houle croisée, remontées au près stratégiques dans des zones de dévente côtière, effets de site marqués au pied du Rocher du Diamant, passages techniques dans les chenaux et gestion des courants le long des pointes nord.
Certaines sections ont imposé une navigation dans une houle pouvant dépasser deux mètres, exigeant engagement physique, lecture fine du plan d’eau et gestion énergétique sur la durée.
Sportivement, la semaine a confirmé la capacité du wingfoil à s’inscrire dans un format endurance structuré : hiérarchie claire en tête, densité du plateau derrière le leader, et progression visible des riders locaux au fil des manches. Plus qu’un simple enchaînement de courses, cette première édition a servi de révélateur du niveau international sur un terrain naturel à haute intensité.
Un plateau international solide
Dès les premières manches, le niveau sportif s’est affirmé.
Podium Open
- Bastien Escofet – Victoire sur l’ensemble des manches
- Thomas Proust
- Alan Fedit
Bastien Escofet s’est imposé avec une régularité remarquable, maîtrisant aussi bien les longues descentes sous houle que les remontées tactiques au près dans des zones à fort effet de relief.
« Ce format longue distance est exigeant physiquement et mentalement. Il faut savoir gérer son effort, lire le plan d’eau et prendre les bonnes options stratégiques. La Martinique offre un terrain incroyable pour ça », confie-t-il.
Thomas Proust et Alan Fedit ont animé un duel constant derrière le leader, confirmant la densité du plateau.
Une dynamique féminine affirmée
Trio féminin
- Kylie Bellœuvre
- Enoha Laurent
- Orane Ceris
Kylie Bellœuvre, membre de l’équipe de France 2026, s’impose comme première féminine de cette édition.
« Naviguer ici, c’est intense. Les conditions sont variées, techniques, parfois engagées. Ce type de compétition nous pousse à être complètes : physique, tactique et mentale », explique-t-elle.
À 15 ans, la Guadeloupéenne Enoha Laurent confirme déjà un potentiel sérieux sur un format exigeant. Au-delà du classement, la présence féminine sur ce format longue distance souligne l’évolution du wingfoil vers une pratique mixte à haut niveau.
U19 : la relève déjà au rendez-vous
La compétition a également mis en lumière la catégorie U19, véritable incubateur de talents.
- Ruben Sulty
- Arthur Le Bouvier
- Enoha Laurent
Au-delà du classement, c’est surtout l’état d’esprit qui a marqué cette catégorie : engagement total, progression rapide et capacité à évoluer dans des conditions exigeantes aux côtés des meilleurs mondiaux.
Ces jeunes riders ont navigué sur les mêmes parcours que les leaders, affrontant houle formée, transitions tactiques et longues remontées au près. Une immersion grandeur nature qui confirme que la nouvelle génération caribéenne grandit vite — très vite.
Le message est clair : la relève est déjà en mouvement.
Transmission et émergence locale
L’un des marqueurs forts de cette édition reste l’intégration de jeunes riders martiniquais au contact direct du plateau international.
Alexandre Dongar (16 ans) résume l’expérience :
« Naviguer en haute mer aux côtés des meilleurs nous oblige à sortir de notre zone de confort. On progresse techniquement et mentalement. »
Lucas Poirriez (18 ans) évoque quant à lui une « école grandeur nature », où l’observation, les échanges et les conseils des leaders internationaux deviennent des leviers d’apprentissage.
Autre profil remarqué : Anthony Smith (CN Schœlcher).
Sans monter sur le podium général, il s’est régulièrement positionné au contact du trio de tête sur plusieurs manches, confirmant la montée en puissance de la scène locale.
« Ce niveau d’opposition nous tire vers le haut. Chaque manche est un apprentissage. »
La confrontation directe semble déjà produire ses effets.
Un territoire stratégique pour le wingfoil longue distance
Au-delà du sport, le Martinique Wingfoil Adventure s’inscrit dans une dynamique plus large de structuration nautique.
Gérard JOSEPHA, président de la Ligue de Voile de Martinique, rappelle :
« Le wingfoil fait partie de notre feuille de route 2020–2030 et de l’héritage des transatlantiques et des grandes régates qui nous motivent à développer des disciplines à fort impact territorial. »
La Martinique offre un terrain de jeu rare :
- diversité des plans d’eau sur un périmètre réduit,
- exposition aux alizés réguliers,
- alternance baie abritée / open ocean,
- relief générant des effets tactiques complexes.
Corinne CALIARI (Ville du Robert) salue la vision du club organisateur, évoquant un « travail structurant mené depuis plus de vingt ans ».
Sylvain René-Corail, président du Club WIND Force, assume l’ambition :
« Cette première édition pose les bases. L’objectif est de faire grandir ce format et d’ancrer la Martinique dans le calendrier international. »
La première édition referme son chapitre.
Mais elle laisse entrevoir une perspective claire : celle d’un rendez-vous appelé à s’inscrire durablement dans le paysage international du wingfoil.
“Sportivement, cette première édition est un véritable succès. Le niveau international était au rendez-vous, les conditions ont permis une confrontation exigeante et le format longue distance a démontré toute sa pertinence. En revanche, aux yeux du grand public martiniquais et de celles et ceux qui pourraient accompagner et soutenir cette discipline, le wingfoil reste encore confidentiel”. Sylvain RENE-CORAIL président du WIND Force.
Nous devons continuer à le mettre en lumière, à l’expliquer, à la rendre accessible. Parce que ce sport peut devenir un formidable outil de rayonnement pour la Martinique. »
explique Gérard Josépha à Edyna NDEBANI, sur la scène de remise de prix
La Martinique ne se contente plus d’être un décor. Elle s’affirme comme un terrain d’expérimentation et de performance a conclu Sylvain RENE-CORAIL président du WIND Force.








