A l’heure où les grands médias nationaux et la presse en général essuient de nombreuses critiques et suscitent de la défiance quant et à leur dépendance à la finance et au politique, à l’heure où le public a l’impression de pouvoir accéder à une information instantanée sur les réseaux sociaux, il est temps de se poser la question de l’éthique et des influences dans les métiers de la presse et du journalisme. Et qui de mieux placé que les attachés de presse pour en parler, puisque ce sont eux, hors presse d’investigation bien entendu, qui proposent la plupart du temps les sujets d’actualité aux journalistes. Edyna Ndebani, directrice de l’agence de relations presse Média Relais (Martinique – Guadeloupe) a justement choisi d’éclairer le public à propos du rôle de l’attaché de presse, à l’occasion de cette semaine de la Presse. Elle parle des ficelles de son métier en proximité avec le nôtre.
Pourquoi avoir choisi cette thématique, le rôle de l’attaché de presse, dans le cadre de la semaine de la presse ?
C’est un métier qui me passionne. J’aime raconter des histoires. Et j’ai le sentiment que mon métier permet de raconter l’histoire des gens et qu’il contribue à mieux connaître son territoire. Je travaille sur tous types de sujets. Ce que j’aime c’est identifier un fait, une actualité et voir comment elle a du sens pour l’intérêt général, quelle est sa valeur. Ensuite je transmets cette information aux journalistes en espérant qu’ils aient envie d’en parler
Y-a-t-il parfois des affinités avec des journalistes qui facilitent votre travail ?
Absolument. Le rôle d’attaché de presse est de servir d’interface complexe entre des humains. Nous sommes là pour créer du lien, nous sommes une sorte de pont, de facilitateur. Nous ne faisons pas le travail du journaliste, en revanche nous travaillons main dans la main. Nous préparons les informations, nous identifions, collectons, trions et une fois que nous sommes sûr que c’est une information et pas de la pub par exemple, nous transmettons au journaliste. En cela c’est une relation de confiance. Quand j’envoie un contenu, j’ai déjà fait tout le travail de tri pour que le journaliste ne se retrouve pas dos à son éthique professionnelle. Quand le journaliste se rend sur un lieu j’ai préparé le terrain pour qu’il puisse faire son travail.

Est-ce que l’attaché de presse peut exercer une sorte d’influence sur le travail du journaliste, par les sujets, les personnes et les angles choisis ?
Si je suis une bonne attachée de presse, je fais un travail sur les angles et les orientations, je sélectionne aussi les personnes qui prennent la parole. En revanche, le journaliste doit faire aussi son travail d’investigation. Je ne peux que proposer c’est lui qui dispose. Dans cette perspective, l’influence est minimale. Nous essayons de coller à l’actualité, nous ne l’influençons pas. Chacun reste dans son périmètre. Mais j’attends du journaliste qu’on se challenge, qu’on discute.
Quel est ton sentiment à propos de l’état actuel de la presse qui subit des critiques à propos de ses accointances politiques, son manque d’éthique ?
C’est un vrai sujet mais le métier de journaliste aujourd’hui est un métier difficile parce qu’il est de plus en plus difficile d’en vivre. On voit bien que dans une rédaction il y a une partie qui relève de l’information et une régie publicitaire. Le plus difficile pour une rédaction est de faire la part des choses, d’être dans une forme d’impartialité pour être capable d’identifier ce qui relève de l’information ou de la publicité. Même nous, les attachés de presse, nous avons cette pression-là. Mais nous sommes toujours à la recherche de personnes intelligentes, qui font appel à leur bon sens qui vont creuser les sujets. Dans le monde actuel même si c’est difficile, il y a de l’avenir dans ce métier qui est en grande mutation. Pour nous aussi, au niveau des relations presse, avant nous étions sur des outils assez figés, maintenant nous travaillons sur l’image digitale, la E-réputation, on a dû se former à l’IA, pour rédiger mieux et plus vite, être plus performant. A partir du moment où on comprend ce que l’humain apporte on peut travailler de façon intelligente et efficace.
Qu’en est-il des formes d’information instantanées, les gens n’arrivent plus à faire la différence entre ce qu’ils trouvent chez les créateurs de contenu, les influenceurs, et la presse traditionnelle ? Ils vont pêcher tout seul les informations, et les font circuler, que penses-tu de ce bouleversement, en réalité, assez récent.
En toute franchise, je travaille aussi avec des créateurs de contenu, mais je cadre mes collaborations avec eux. A côté de notre mission d’attaché de presse, nous travaillons aussi sur de la relation publique et avec des entreprises qui ont besoin de visibilité, et là je pense plutôt à la publicité. Je crois qu’on trouve de tout et qu’il faut être capable de faire le tri. Avec les usages qui consistent à aller chercher de l’information sur les réseaux sociaux, le plus compliqué est de faire la part des choses entre l’information et ce qui est inventé. Mais il y a aussi des créateurs de contenu qui se différencient et qui sont capables de prendre un sujet, l’analyser, le décortiquer et le restituer de façon vulgarisée pour leur communauté sur les réseaux. Tout le monde n’est pas capable de savoir où se trouve la vérité. Il y a aussi, à présent, une plus grande adhésion des médias classiques au digital, cela pourrait rééquilibrer le tout. Le but est que l’information soit vérifiable et utile au grand public, en tous cas c’est comme cela que je travaille.
Propos recueillis par Nathalie Laulé





