Les chiffres 2025 de l’état civil martiniquais confirment une tendance lourde : pour la sixième année consécutive, l’île enregistre plus de décès que de naissances. Derrière ce constat démographique se profilent des enjeux considérables pour les finances publiques, le système de santé et le marché du travail. Un tableau qui place la Martinique dans une situation sans équivalent au sein des territoires français.
Par notre rédaction • 27 mars 2026
Un solde naturel négatif pour la sixième année de suite
En 2025, la Martinique a enregistré 2 920 naissances et 3 732 décès, soit un solde naturel négatif de − 812 personnes. La légère hausse des naissances par rapport à 2024 ne suffit pas à masquer l’essentiel : depuis 2020, l’île ne se renouvelle plus par ses propres naissances. La population totale, estimée à moins de 340 000 habitants en 2025, continue de s’éroder sous le double effet d’une natalité faible et d’une émigration structurelle des jeunes actifs vers l’Hexagone.
Le chiffre le plus frappant reste le profil d’âge de la population : 36 % des Martiniquais ont plus de 60 ans. C’est un record national absolu, devant la Corse (31 %) et très loin de la moyenne française (26 %). À titre de comparaison, la Guadeloupe affiche un taux de 29 %, la Guyane moins de 10 %. La Martinique vieillit plus vite que n’importe quel autre territoire français, y compris les départements métropolitains les plus âgés.
Des finances publiques soumises à une pression croissante
Le vieillissement accéléré de la population produit mécaniquement une équation budgétaire de plus en plus défavorable. La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), déjà fraégilisée par une situation financière tendue, voit augmenter les dépenses liées à la dépendance et aux services à la personne âgée, tandis que la base fiscale se réduit avec le départ des jeunes actifs. Les projections de l’INSEE Martinique indiquent qu’en 2040, un Martiniquais sur deux pourrait avoir plus de 55 ans.
Les transferts sociaux de l’État — allocations vieillesse, APA, prestations de santé — représentent d’ores et déjà une part anormalement élevée du revenu disponible des ménages martiniquais. Un territoire dont la structure démographique se dégrade sans politique publique correctrice risque de basculer dans un cercle vicieux : moins d’actifs, moins de recettes fiscales, moins de services, davantage d’émigration des jeunes, et donc encore moins d’actifs.
Le marché du travail sous tension structurelle
Le paradoxe martiniquais est saisissant : l’île enregistre simultanément un chômage persistant — autour de 16 % selon les dernières données disponibles — et des difficultés de recrutement croissantes dans des secteurs clés comme la santé, le bâtiment, le tourisme et les services à la personne. Ce paradoxe s’explique en partie par l’inadaquation entre les compétences disponibles et les besoins des employeurs, mais aussi par l’hémorragie silencieuse des actifs qualifiés : médecins, infirmiers, ingénieurs et enseignants partent vers la métropole, attirés par des salaires et des conditions de vie jugés plus favorables.
Dans le secteur de la santé, la tension est particulièrement visible. Le CHU de la Martinique fait face à des vacances de postes chroniques, alors même que la demande de soins explose sous l’effet du vieillissement. Le même phénomène se reproduit dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), structurellement sous-dotés face à une demande en forte hausse.
Seule dans sa catégorie : la Martinique sans équivalent dans les DOM
La comparaison avec les autres départements d’outre-mer est éclairante. La Guyane, avec son taux de fécondité de 3,5 enfants par femme et sa population jeune à forte croissance, représente le cas diamentralement opposé. La Réunion, qui affichait des indicateurs proches de la Martinique il y a vingt ans, a réussi à maintenir une natalité légèrement supérieure et bénéficie d’un dynamisme économique plus marqué. La Guadeloupe partage certains traits avec sa voisine martiniquaise, mais son solde naturel reste moins dégradé.
Face à ce constat, les économistes et démographes préconisent depuis plusieurs années des réponses structurelles : politique d’attractivité pour les jeunes diasporas martiniquaises en métropole, diversification économique pour créer des emplois qualifiés sur place, et investissement massif dans les services à la dépendance pour anticiper le choc à venir. Ces préconisations se heurtent à la réalité budgétaire d’une collectivité dont les marges de manœuvre restent étroitées.
Les chiffres 2025 ne sont pas une surprise : ils confirment, année après année, une trajectoire que les projections de l’INSEE avaient anticipée dès les années 2010. Ce qui manque encore, c’est la réponse politique à la hauteur de l’enjeu. Le vieillissement structurel de la Martinique n’est pas une fatalité — mais l’absence de stratégie démographique cohérente pourrait, elle, en devenir une.
Sources : État civil Martinique 2025 • INSEE Martinique • CTM • comparatifs DOM-métropole





