Depuis le 28 décembre 2025, un arrêté interministériel prévoit l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur environ 15 000 produits de consommation courante à La Réunion. La mesure concerne principalement des produits alimentaires, d’hygiène et d’entretien, incluant une large majorité des références du bouclier qualité prix (BQP). Cette décision s’inscrit dans un contexte de tension persistante sur le pouvoir d’achat dans les territoires ultramarins. Il convient d’analyser cette initiative à l’aune des dispositifs déjà mis en œuvre aux Antilles et en Guyane.
Un dispositif ciblé sur le pouvoir d’achat à La Réunion
L’exonération de TVA constitue un levier fiscal direct visant à réduire le prix final payé par le consommateur. En ciblant des produits de grande consommation et les références du bouclier qualité prix, l’État cherche à produire un effet rapide et visible sur le panier moyen des ménages.
Toutefois, l’efficacité réelle dépend de la répercussion intégrale de la baisse fiscale dans les prix de vente, ainsi que de la structure concurrentielle locale. Sans mécanismes de contrôle renforcés, une partie de l’avantage fiscal peut être absorbée par les marges intermédiaires.
Comparaison avec les Antilles et la Guyane
Aux Antilles et en Guyane, la politique de lutte contre la vie chère repose principalement sur le bouclier qualité prix, les accords de modération des marges, ainsi que sur des dispositifs de soutien aux filières locales via le programme POSEI.
La TVA y bénéficie déjà de taux réduits spécifiques, mais aucune exonération massive comparable à celle décidée à La Réunion n’a été mise en œuvre à ce stade. L’action publique y demeure davantage orientée vers la régulation des marges, la négociation commerciale et les aides à la production locale.
Limites structurelles des politiques de baisse des prix
Les économies antillaises et guyanaises se caractérisent par une forte dépendance aux importations, une concentration des acteurs de la distribution et un déficit commercial massif. Dans ce contexte, les mesures fiscales ponctuelles peuvent soulager temporairement les ménages, mais ne modifient pas les déterminants structurels des surcoûts.
La réduction durable de la vie chère suppose un renforcement de la production locale, une amélioration des infrastructures logistiques et une diversification économique accrue.
Vers une harmonisation ou une différenciation territoriale ?
La décision prise pour La Réunion pose la question d’une éventuelle extension aux Antilles et à la Guyane. Une harmonisation pourrait répondre à un impératif d’équité territoriale. Toutefois, la situation budgétaire nationale et les spécificités économiques propres à chaque territoire plaident également pour des réponses différenciées.
Le débat dépasse ainsi la seule question fiscale : il renvoie à la stratégie globale de souveraineté productive et de transformation du modèle économique ultramarin.
L’exonération de TVA décidée à La Réunion marque un signal politique fort en faveur du pouvoir d’achat. Pour les Antilles et la Guyane, la question centrale demeure celle de l’articulation entre mesures immédiates de soutien aux consommateurs et transformation structurelle des économies locales. Sans réforme du modèle productif et logistique, les dispositifs fiscaux risquent de demeurer des réponses conjoncturelles à un problème systémique.
Gdc




