Jusqu’au 2 novembre, la fondation Clément verra la vie en bleu. L’exposition posthume « A l’affût du monde » retrace le terreau fertile que sont les œuvres du plasticien et poète Serge Goudin-Thébia. D’Agen à la Guyane en passant évidemment par la Martinique, plus d’une centaine de pièces racontent l’artiste guyanais.
Bleu. Les salles de la fondation Clément sont plongées dans le bleu. Le bleu de Serge Goudin-Thébia, couleur fétiche de l’artiste plasticien et poète. Il est à l’honneur dans les murs de la distillerie jusqu’au 2 novembre. Tout l’espace muséal lui est consacré. C’est bien ce qu’il fallait pour exposer l’œuvre de toute une vie. Plus d’une centaine de pièces de Serge Goudin-Thébia sont présentées. De ses premières peintures figuratives à ses assemblages en passant par ses gravures, l’artiste est « à l’affût du monde ».

Afin de guider le parcours du visiteur, l’exposition présente le travail de Serge Goudin-Thébia en trois cheminements : Chercheur de l’or du temps, Géopoétique, Là où nous allons tous. « À l’affût du monde » a été conçue et pensée par Franck Doriac, le commissaire de l’exposition et ami proche de Serge Goudin-Thébia décédé en 2013. L’exposition rétrospective et posthume retrace son évolution artistique.
« La fondation fait une véritable rétrospective des œuvres de jeunesse et de ses œuvres mûres »
, précise Franck Doriac. Pour traduire les différentes facettes de l’artiste, le commissaire a repris des chemins déjà esquissés par Serge Goudin-Thébia. « Chercher l’or du temps est saisir l’insaisissable. Ce qui fait la valeur de l’art c’est qu’il y a des choses qu’on ne peut pas comprendre mais pourtant elles sont là. Tout ce qui était de l’absolu, de l’insaisissable et de l’incompréhensible, c’est cela qui l’intéressait. » Avec un père guyanais, Serge Goudin-Thébia s’est attaché à saisir l’amérindianité qu’il avait en lui. Lui qui a grandi sans connaître son père dans la région d’Agen. Franck Doriac aime à raconter qu’avec son artiste et ami une œuvre n’était jamais finie. « Après 10 ans, il pouvait revenir sur une œuvre avec un élément datant de 5 ans auparavant. »

Une volonté contradictoire et paradoxale d’être éphémère et pérenne
La nef abrite deux pièces majeures de l’artiste guyanais. Une immense flèche bleue, Piaye avec en son sein une figure totémique qui marque le début de sa période bleue en 1986-1987. Puis une représentation des Guerriers de l’absolu « ce sont des feuilles de coccoloba qu’il a travaillées en personnages archaïques ». L’œuvre en tant que telle n’existe plus traduisant une volonté de ne pas faire des œuvres pérennes. « On retrouve aussi dans ces poèmes cette volonté contradictoire et paradoxale d’être éphémère et pérenne. »

Son lien avec la Martinique se crée en 1986, lorsque Serge Goudin-Thébia s’y installe pour travailler. « Sa période de création est finalement assez courte puisqu’elle va de 1986 à 2008. Mais elle était intense. On le surnommait cyclone. » C’est en Martinique que son œuvre connaîtra sa période la plus faste.
« Son travail atteindra sa pleine maturité en Martinique, lieu qui l’a largement inspiré et qui lui a fourni la quintessence de son œuvre. »
Deux années auront été nécessaires à Franck Doriac pour monter « À l’affût du monde ». En plus du fonds Serge Goudin-Thébia de la fondation Clément, des œuvres ont fait le chemin du sud de la France hexagonale. « J’ai voulu l’ancrer en tant que poète, d’ailleurs reconnu par Aimé Césaire mais aussi en tant que plasticien. C’est ce qui lui donnait une véritable force créatrice. »
Laurianne Nomel



